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Festival de Montpellier 2011 : le concert Spirituel ressuscite Sémiramis

mardi 9 août 2011 par Richard Letawe

Le festival de Montpellier a toujours eu la bonne habitude de laisser une belle place aux ouvrages lyriques et choraux les plus rares. Pour sa dernière programmation, René Koering a confirmé cette tradition en choisissant encore quelques pépites, la Magicienne d’Halévy, l’oratorio le Paradis perdu de Théodore Dubois, la Fede nei tradimenti d’Ariosti. Parmi ces raretés, la Sémiramis de Charles-Simon Catel, confiée aux forces du Concert Spirituel d’Hervé Niquet.

Le nom de Charles-Simon Catel n’a pas eu l’honneur d’accéder à la renommée posthume malgré la position enviable qu’il a su se ménager au cours de la Révolution et du premier Empire. Lui-même élève de Gossec, Catel a obtenu un poste de professeur au conservatoire, et est l’auteur d’un catalogue assez abondant et varié, comportant hymnes et marches militaires, symphonies, quatuors et un bon nombre d’œuvres lyriques. Son ascension ne s’est pas faite sans qu’il se crée des ennemis, ce qui a conduit à la cabale faisant naufrager en 1802 sa tragédie lyrique Sémiramis, d’après Voltaire, qui a disparu de l’affiche dès après la première conclue sous les huées à l’Opéra de Paris.

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© Luc Jennepin

Cet échec ne fait pas de Catel un génie injustement mis de côté, mais la re-création d’une de ses œuvres est intéressante car on y entend les derniers feux d’un genre, la tragédie lyrique, qui avait connu une longue éclipse après la mort de Rameau, mais qui connaissait un regain d’intérêt sous le Directoire, cherchant à renouer avec les fastes de l’Ancien Régime. On y entend aussi la musique d’un compositeur assez original et moderne, qui n’est pas un mélodiste raffiné, cultivant un style quelque peu militaire, mais qui est un grand maître de l’orchestration et de l’harmonie, souvent variées et audacieuses ; on citera comme plus bel exemple l’ouverture, qui aurait sa place au concert, dans laquelle Catel utilise quatre cors et trois trombones pour créer des effets saisissants, qui semblent avoir inspiré Berlioz. Cette musique un peu raide, souvent pompeuse n’est donc pas d’une séduction irrésistible, mais les harmonies étranges, l’instrumentation riche et originale font souvent dresser l’oreille. Mentionnons également la forme plutôt avant-gardiste pour l’époque de la construction, où les airs, souvent les pages les moins intéressantes d’ailleurs, ont une place assez réduite par rapport à de grandes scènes mélodramatiques ponctuées par les chœurs.

Les protagonistes vocaux rendent dans l’ensemble tous justice à Catel, à commencer par les troupes vocales du Concert Spirituel, en tous point excellentes, fraîches et distinctes dans des pages qui sollicitent pourtant beaucoup leurs qualités de justesse et d’endurance. La distribution des solistes est à féliciter également, d’abord et pour chacun d’eux pour la diction, si importante dans cette œuvre très déclamatoire, qui est toujours excellente, rendant la lecture du surtitrage superflue. Deux de ses membres ont pris tardivement le train en marche, sans qu’on puisse le soupçonner au vu de leur prestation, sinon qu’ils passent un peu plus de temps- et c’est bien normal- le nez dans la partition que leurs collègues. Ainsi, Mathias Vidal, appelé à remplacer X pour tenir le rôle d’Arzace, qui, timbre clair, tenue des aigus impeccable, style parfait, confirme ici qu’il fait partie des meilleurs jeunes ténors français du moment ; de même, la jeune soprano Gabrielle Philiponet réalise un sans-faute dans le rôle plus effacé d’Azéma, qu’elle illumine de phrasés gracieux, malgré un léger manque de projection de la voix, sensible à diverses occasions.

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© Luc Jennepin

Le méchant de l’histoire, Assur, est interprété avec une belle maîtrise par Nicolas Courjal, à la voix de basse à la fois profonde et souple, conduite avec un remarquable sens des nuances ; bien-chantant pourtant, le grand-prêtre Oroès d’Andrew Foster-Williams est quant à lui un peu plus effacé, mais sans que cela ne porte un réel préjudice à la réussite de la soirée. Enfin, le rôle-titre bénéficie du talent dramatique et de l’ample tessiture de la mezzo Riccarda-Maria Wesseling, qui, à part un aigu un peu rêche dans « On n’attend plus que vous ; venez, maître du monde », domine sa partie avec une ardeur impressionnante, au point qu’on en oublie lors de chacune de ses interventions, l’absence de cadre scénique.

Sur le podium, Hervé Niquet s’en donne à cœur joie, menant d’une poigne ferme un Concert spirituel aussi précis qu’enthousiaste. Sa direction est vive, il évite de sombrer dans une solennité trop empesée, et souligne judicieusement les étrangetés de l’orchestration. On ne saurait trouver guide plus concerné et plus expert dans un tel répertoire. Reste maintenant à espérer que l’éditeur habituel du Concert spirituel ait la bonne idée de programmer la sortie discographique d’une œuvre importante du point de vue historique, mais aussi musicalement très valable.

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- Montpellier
- Le Corum- Opéra Berlioz
- 25 juillet 2011
- Charles-Simon Catel (1770-1830), Sémiramis. Tragédie lyrique en trois acte ; Livret de Philippe Desriaux d’après Voltaire
- Maria Riccarda Wesseling, Sémiramis ; Mathias Vidal, Arzace ; Gabrielle Philiponet, Azéma ; Nicolas Courjal, Assur ; Andrew Foster-Williams, Oroès ; Nicolas Maire, Cédar
- Chœur du Concert Spirituel
- Orchestre du Concert Spirituel
- Hervé Niquet, direction











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