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Festival d’Aix-en-Provence 2011 : La Clémence de Titus

mercredi 27 juillet 2011 par Gilles Charlassier
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© Pascal Victor / ArtcomArt

Avec le London Symphony Orchestra en résidence au festival d’Aix-en-Provence depuis l’année dernière, la baguette émérite de Colin Davis, et les standards scénographiques de David Mc Vicar, le Théâtre de l’Archevêché nous livre une Clemenza di Tito où le classicisme baigne dans une tradition en laquelle nos oreilles avaient perdu l’habitude de tremper.

L’ouverture, jouée avec une grande modération, nous avertit d’emblée : ce soir, nous n’entendrons pas de déflagrations Sturm und Drang. Cette retenue favorise l’épanouissement placide des couleurs de la partition – les airs avec cor de basset concertant apprécient particulièrement – et naturellement, le plateau vocal, quand bien même d’aucuns jugent que cela élargit le vibrato des chanteurs. Le couple Vitellia – Sesto serait celui qui tomberait sous le coup de cette accusation. Sarah Conolly démontre un matériau ample, ostentatoire dans le « Parto », qui pèche seulement par un relatif défaut d’agilité dans les vocalises à la fin de l’air. Vitellia, incarnée par les cordes de Carmen Giannattasio, séduit avec son mélange de rondeur et de nervosité, même si son ultime apparition à la fin du second acte, a plus d’intérêt sonore que dramatique. Elle n’est pas seule en cause dans ce flegme un rien excessif, qui nous fait regretter les souvenirs de la flamme d’une Catherine Nagelstad.

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© Pascal Victor / ArtcomArt

Le couple secondaire, Annius – Servilia, réserve quant à lui une agréable surprise. Remplaçant une Simona Mihai souffrante, Amel Brahim-Djelloul donne à la sœur de Sextus une sapidité fruitée et délicate. La modestie du format consonne avec la fragilité de ce personnage à la discrétion émouvante. L’Annio d’Anna Stephany constitue quant à lui une sympathique découverte. La technique ne souffre aucune approximation et l’intelligence de l’interprète n’est pas le moindre de ses atouts. En palliant la défection de John Mark Ainsley, Gregory Kunde compense l’ingratitude des ans sur le timbre par une vaillance que l’on ne saurait contester. Certes l’homogénéité est plus d’une fois malmenée, mais la science du style bonifie valablement le « Se al impero », préservant la crédibilité de l’empereur romain. Le Publio de Darren Jeffery fait quant à lui entendre une justesse rustaude.

Dès que l’œil s’écarte du premier plan pour découvrir le savoir-faire du metteur en scène écossais, il n’encoure guère le risque d’être troublé par les translations de praticables normés aux exigences d’une esthétique standardisée. Les grilles en fer forgé tutoient des panneaux sombres et un escalier blanc aux couleurs de l’âme et du costume de Titus sur fond de façade de pierre, d’où des fumigènes rougeoyants s’échappent par les fenêtres pour signaler le feu mis au Capitole – a-ton utilisé celle de la cour de l’Archevêché ; le dépouillement de la production rend en tous cas l’hypothèse crédible, et imprime au tout le charme du terroir. La fantaisie de la scénographie serpente à travers les saluts frappés sur la poitrine par la suite du souverain enclose dans des cuirasses noires et auxquelles est réservée une simili-chorégraphie à l’orée de la soirée.

Les seules réserves suscitées par ce sage spectacle se concentrent sur l’allure parfois sénatoriale du déroulement musical. Au tumulte provoqué à la fin du premier acte par l’incendie et les remords de Vitellia ne répondent qu’une succession sereine de séquences, retirant au finale le mélange d’effroi et de grandeur que l’on attend. Préparé par Mikk Üleoja, le chœur de l’Estonian Philharmonic Chamber Choir accomplit son office, peu assisté dans sa dynamique.

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- Aix-en-Provence
- Théâtre de l’Archevêché
- 10 juillet 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), La clemenza di Tito. Opera seria en deux actes, K 621. Livret de Caterino Mazzolà d’après Pietro Metastasio.
- Mise en scène et scénographie, David McVicar ; Costumes, Jenny Tiramini ; Lumière, Jennifer Tipton ; Décors, Bettina Neuhaus ; Direction des arts martiaux et collaboration aux mouvements, David Greeves ; Chef de chant, Jocelyne Dienst-Bladin ; Continuo, Andrea Marchiol.
- Tito, Gregory Kunde ; Vitellia, Carmen Giannattasio ; Sesto, Sarah Conolly ; Annio, Anna Stephany ; Servilia, Amel Brahim-Djelloul ; Publio, Darren Jeffery.
- Estonian Philharmonic Chamber Choir ; Chef de chœur, Mikk Üleoja.
- London Symphony Orchestra
- Colin Davis, direction.






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