ClassiqueInfo.com




Festival Tchaïkovski à Liège : Louis Langrée dirige la Cinquième Symphonie

jeudi 27 mai 2010 par Richard Letawe
JPEG - 17.7 ko
Louis Langrée
DR

Commencé par le concert du Trio Talweg, notre compte-rendu du Festival Tchaïkovski de l’OPL se poursuit avec le deuxième des trois concerts symphoniques, au cours duquel nous avons pu entendre dans l’ordre Roméo et Juliette, le Concerto pour piano n°2 de Chostakovitch et la Cinquième symphonie, le tout sous la direction de Louis Langrée.

Alors que l’Orchestre Philharmonique de Liège a connu quelques remous ces derniers temps, avec l’annonce de l’interruption -d’un commun accord- du contrat de directeur musical de François-Xavier Roth moins d’un an après sa prise de fonction, puis le communiqué révélant quelques semaines plus tard que François-Xavier serait nommé dès la saison prochaine chef de l’Orchestre de la SWR de Baden-Baden et Fribourg –à la surprise de l’administration de l’OPL-, le retour à Liège le temps de ce festival de Louis Langrée a fait du bien. Ce retour a aussi permis de se rendre compte que depuis 2006, malgré les mérites de pascal Rophé, dont le mandat de trois ans a été trop court pour lui permettre d’imprimer sa marque, malgré le passage éphémère de François-Xavir Roth, le véritable chef de l’OPL, celui qui obtient le meilleur de l’orchestre, celui qui est l’aimé des musiciens et du public, c’est toujours Louis Langrée, quatre ans après son départ. [1]

Il suffisait pour s’en convaincre de laisser traîner ses oreilles avant le concert pour entendre dans les conversations des abonnés l’impression déjà extraordinaire qu’avait laissé le concert de l‘avant-veille ; il suffisait aussi d’assister au concert de ce samedi, qui fut un inoubliable moment, et l’un des concerts les plus aboutis, les plus décisifs et véridiques qu’on ait entendus à Liège depuis des années.

Pourtant, il y a peu d’œuvres plus rebattues que Roméo et Juliette ou que les dernières symphonies de Tchaïkovski. Et malgré cela, jamais d’ennui, aucun sentiment de déjà-vu ou de routine durant cette soirée, car les interprétations de Louis Langrée furent profondément personnelles et magistralement abouties.

Le chef retient le début de Roméo et Juliette pour créer une tension presque insoutenable, qui va ensuite se libérer dans le reste de l’ouverture, conduite avec une maîtrise dramatique et un sens tragique hors normes. Enflammé, bouillonnant, éruptif, mais jamais surchargé et toujours clair et élégant, le chef s’engouffre dans les partitions avec une sûreté, un instinct narratif et un style qu’on ne rencontre pas souvent. C’est le cas aussi dans la symphonie n°5, dont l’intensité, la générosité expressive, le grandiose sans esbroufe et le panache sont absolument convaincants car ils se doublent d’une clarté et d’un sens de la construction sans faille. Louis Langrée demande toujours plus d’engagement, de chaleur, de générosité à son orchestre, mais contrôle toujours le flot et ne verse jamais dans la surcharge. Nous en avons entendus d’autres dans ce répertoire, plus côtés, Gergiev, Jurowski pour les plus marquants ; Langrée n’a strictement rien à leur envier.

Pourtant, l’orchestre n’a pas été irréprochable : des bois assez raides dans Roméo et Juliette et dans le mouvement lent de la symphonie, où les cors pataugent un peu eux aussi, et surtout une cohésion générale qui tend à faiblir au long du concert, les problèmes se manifestant surtout dans la Valse, où les cordes perdent beaucoup en homogénéité et en justesse. Donner rois programmes différents en quatre jours est une épreuve, et les exigences du chef ne sont sûrement pas faciles à remplir, mais il nous semble que même si Louis Langrée veut les emmener peut-être plus loin aujourd’hui- il avait déjà excellemment dirigé l’OPL dans la Cinquième Symphonie en 2006- les musiciens répondaient avec plus de maîtrise et d’assurance il y a quelques années. Une chose est sûre cependant, les cordes quand elles tiennent le coup [2] retrouvent sous sa direction un lustre et une plénitude qu’elles n’ont pas sous la direction d’autres chefs.

Nous ne terminerons pas cet article sans mentionner le Concerto n°2 de Chostakovitch, œuvre qui n’a bien sûr pas le même impact émotionnel que le reste du programme, mais qu’on est heureux d’entendre car il est plutôt rare, et fort bien interprété par Anna Vinnitskaia, qui avait déjà joué le Concerto n°1 du même auteur avec l’OPL après son succès au Concours Reine Elisabeth, et qui montre une aisance digitale irréprochable, tout en faisant preuve d’une effronterie et d’un humour pince-sans-rire délectables. Ennemis de la routine, Louis Langrée et l’OPL lui offrent un accompagnement plein de verve.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Liège
- Salle Philharmonique
- 08 mai 2010
- Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893), Roméo et Juliette Ouverture-Fantaisie ; Symphonie n° 5 en mi mineur Op. 64.
- Dmitri Chostakovitch (1906-1975), Concerto pour piano n°2 Op.102
- Anna Vinitskaia, piano
- Orchestre Philharmonique de Liège
- Louis Langrée

[1Il était bien évidement revenu plusieurs fois depuis lors, avec toujours un grand succès, mais c’est aujourd’hui que nous en prenons pour notre part pleinement conscience, l’effet clarificateur peut-être de cette période compliquée.

[2essentiellement dans Roméo et Juliette et dans les deux premiers mouvements de la symphonie






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 831231

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License