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Festival Passions Baroques à Montauban, Charpentier : Motets pour trois voix d’hommes

jeudi 3 novembre 2011 par Laurent Marty
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© Jean-Jacques Ader

Comme l’écrivait autrefois le subtil poète, « On ne devrait jamais quitter Montauban ». On garde pourtant de nos années de bachot le souvenir d’une cité, certes charmante, mais baignant au quotidien dans un ennui filandreux. C’est que l’irrésistible attraction toulousaine semble absorber toute activité culturelle – Montauban subissant ainsi le sort commun de ces cités moyennes proches d’une grande ville. D’ailleurs, l’ensemble baroque de Montauban Les Passions donne sa saison de concerts… à Toulouse, un signe qui ne trompe pas. Pourtant, il y en a des choses à Montauban : un théâtre, un festival de jazz, un autre de chanson – mais curieusement, pas grand-chose en musique classique…

Cette laborieuse dissertation pour dire qu’on est heureux de voir, enfin, un festival de musique baroque naître à Montauban autour de l’ensemble Les Passions, qui a décidé avec l’aide de la mairie de redonner un peu de couleurs à sa ville d’attache. Oh ! Bien modestement, encore : trois concerts seulement. Mais on nous promet une seconde saison plus fournie car, pour reprendre le style délicatement imagé des journaux locaux, le public s’était déplacé en nombre pour assister à cette première édition. Bien sincèrement quand on y réfléchit, ce n’était pourtant pas gagné de remplir un temple, modeste soit mais tout de même, avec un programme de motets à trois voix de Marc Antoine Charpentier. Cela prouve assez, soit dit en passant, l’attachement du public montalbanais à cet ensemble dont la notoriété commence à largement dépasser les limites de Midi-Pyrénées.

On ne dira jamais assez les beautés de la musique religieuse de Charpentier. D’Italie, il a ramené de son maître Carissimi un goût prononcé pour les modulations brusques et parfois osées, les chromatismes expressifs, les mélodies rayonnantes. Mais bien français, le goût de la juste mesure, de l’élégance et le refus du brillant démonstratif. Certaines de ces pièces à trois voix atteignent ainsi, une force expressive étonnante avec des moyens si réduits, comme l’hypnotique Magnificat sur une basse obstinée- le genre de musique qui hante vos rêves et que vous vous chantez encore au réveil !

L’approche de Jean-Marc Andrieu, d’une modestie, d’une chaleur, d’un naturel constants, restitue toute la fraîcheur de cette très belle musique. Choix parfait des tempos, phrasés élégants et souples, sans emphase aucune. La simplicité apparente de ces musiques - en réalité de beaucoup d’art - est rendue avec évidence, leurs mélodies se déploient avec patience, et une pointe de vivacité bienvenue.

Quoique très individualisés, les solistes se plient à cette heureuse discipline. Peut-être ne connaissez-vous pas encore le nom de Vincent Lièvre-Picard. Voici une véritable haute-contre à la française, c’est-à-dire un vrai ténor à l’aigu d’une facilité étonnante, au timbre très pur. Et une musicalité naturelle à l’unisson de l’approche générale. On était heureux de retrouver Howard Crook, l’un des héros musicaux de notre découverte du baroque. Le timbre s’est un peu voilé, bien sûr, mais on retrouve avec plaisir la même intériorité, le même art du chant baroque, la même science de l’ornementation. La basse Jean-Emmanuel Candenot, plus opératique, plus déclamatoire apportait en contrepoint un contraste expressif bienvenu.

Concert magnifique, émouvant même en certaines occasions, qui montre la maîtrise de l’ensemble Les Passions dans ce répertoire. Un disque reprenant les pièces présentées ici, tout aussi magnifique, paraîtra bientôt chez Ligia/Harmonia Mundi. Vous voici prévenus !

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- Montauban
- Chapelle des Carmes
- 22 octobre 2011
- Marc Antoine Charpentier (1643-1704), Motets à trois voix d’hommes : Litanies de la Vierge ; Veni Creator ; Laudate Dominum ; Salve Regina ; Hodie Salus ; Beata est Maria ; Magnificat.
- Vicent Lièvre-Picard, haute-contre ; Howard Crook, haute-taille ; Jean-Manuel Candenot, basse-taille.
- Ensemble Les Passions
- Jean-Marc Andrieu, direction











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