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Festival Pablo Casals 2012 : Hommage à Pablo Casals

dimanche 2 septembre 2012 par Gilles Charlassier

Selon une pratique qui s’est gravée dans le marbre des usages du festival de Prades, le concert de clôture rend hommage à son fondateur, au pied du mont Canigou, sous la nef de l’abbaye Saint-Michel de Cuxa, qui a bénéficié récemment d’une campagne complémentaire de réhabilitation. Introduite par le directeur actuel, Michel Lethiec, avec une anecdote sur la vie du violoncelliste catalan, la soirée met en regard l’école française et le tchèque Dvořák avant de se refermer sur le traditionnel Chant des oiseaux, transcription que Casals a réalisée d’un chant populaire catalan, confié à la plus jeune participante de cette édition de l’Académie de Prades, laquelle avait donné son concert de fin de session l’après-midi sous le clocher de Saint-Pierre.

Pablo Casals devait interpréter le Concerto pour violoncelle de Dvořák sous la direction de Gabriel Pierné quand le chef français lui témoigna son mépris pour une partition qu’il jugeait mal composée. Le musicien catalan n’étant pas homme de demi-mesure lui demanda comment il pouvait jouer une œuvre qu’il n’aimait pas, et annula le concert. Associer les deux compositeurs le temps d’une soirée n’en pouvait donc être que plus savoureux. Il faut dire que le Caprice pour violoncelle et piano de Gabriel Pierné présente une facture tout à fait française. S’ouvrant sur un andante très chantant que met en valeur l’archet fluide de François Salque, la pièce poursuit sur un allegro vif et décidé, à la fois rythmé et élégant où s’épanche une inspiration mélodique pleine de joliesse. Tribut aux célébrations Debussy, le Quatuor à cordes sonne de chaleureuse manière sous les archets des Shanghai. La sapidité du deuxième mouvement, Assez vif et bien rythmé, ne le cède en rien à la délicieuse indolence du troisième, Andantino, doucement expressif.

La transition avec l’écriture plus nerveuse et germanique de Dvořák se fait tout en douceur avec la Danse slave n°2. Les accents mélancoliques de la fameuse page se condensent dans le jeu tout en retenue d’Itamar Golan et de Natsuko Inoue, dans une pudeur qui n’aurait point offensé l’école française. Quant au Sextuor à cordes en la majeur, il réunit les plus fidèles dans une formation qui a tour l’air d’un trio doublé – ce qui ne surprendra nullement quand on sait que l’âge romantique, au sens large, a amplifié l’héritage classique, tant d’un point de vue formel que sonore. L’ouvrage recèle en son deuxième mouvement la fameuse Dumka, série assez libre de modulations qui teinte le thème initial de nostalgie – fournissant un merveilleux emblème à cette soixantième édition placée sous les auspices de la variation. Peu importe si le compositeur a la muse parfois bavarde ; l’énergie et la sincérité qui se dégage de sa plume, et qui n’a point trompé Pablo Casals, s’affirme sans réserve dans les cordes des six musiciens.

La tradition du festival refermant les agapes par Le chant des oiseaux ne pouvait mieux coïncider avec le fil directeur de cette année. La transcription de la page du folklore catatan que Casals a réalisée en exhale le lyrisme fervent, esquissant un paysage sonore qui s’illumine de nuances variées et intimistes. La fraîcheur de la jeune interprète conquiert les spectateurs, et constitue un beau symbole de transmission, passage de témoin générationnel au cœur du festival de Prades et de son académie.

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- Prades
- Abbaye Saint-Michel de Cuxa
- 13 août 2012
- Gabriel Pierné (1863-1937), Caprice pour violoncelle et piano opus 16
- Claude Debussy (1862-1918), Quatuor à cordes opus 10
- Antonín Dvořák (1841-1904), Danse slave n°2 pour piano à quatre mains opus 72 ; Sextuor à cordes en la majeur opus 48
- Pablo Casals (1876-1973), Le chant des oiseaux (transcription d’un chant populaire catalan)
- Olivier Charlier/Kyoto Takezawa, violon ; Bruno Pasquier/Hartmut Rohde, alto ; François Salque/Boris Adrianov/Philippe Muller, violoncelle ; Itamar Golan/Natsuko Inoue, piano ; Shanghai Quartet.






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