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Festival Pablo Casals 2012 : Come...Bach

vendredi 31 août 2012 par Gilles Charlassier

Pour la soixantième édition du festival initié par Pau Casals, Michel Lethiec, le directeur artistique, a choisi de façonner sa programmation autour de la variation, forme musicale consubstantielle s’il en est à la tradition occidentale autant qu’invitation à entendre les motifs les plus fameux sous un éclairage différent. Sous le signe de Bach, grand pourvoyeur de réécritures et de réappropriations, l’avant-dernier concert de cette saison illustre cette démarche de manière exemplaire.

A la suite de la découverte du Clavier bien tempéré au début des années quatre-vingt, l’écriture de Mozart s’est considérablement enrichie, entre autres du point de vue du contrepoint et de l’harmonie, dont le Cantor de Leipzig constitue un fonds d’étude incontournable. Dans son KV 404, le génie de Salzbourg rend hommage à son aîné en transcrivant plusieurs de ses préludes et fugues pour trio à cordes, formation très en vogue à l’âge classique. Si l’inspiration initiale se laisse reconnaître, elle prend un tour plus galant, parfaitement d’époque, dans la répartition des interventions, assouplissant la sévérité de l’organisation contrapuntique, ce que rendent sensible Peter Schuhmayer, Herbert Kefer et Othmar Müller.

Avec le Concerto pour orgue en la mineur BWV 593, Bach s’est adonné à l’un de ses exercices de prédilection : l’adaptation pour l’orgue de pages de ses contemporains. Celle qu’il a donnée du Concerto pour deux violons n°8 en la mineur de Vivaldi, extrait de son recueil L’Estro armonico, appartient de longue date au répertoire. De la tribune de l’église Saint-Pierre, Ulrike Theresia Wegele fait ressortir la transposition contrapuntique de l’allure concertante originelle, au prix d’une certaine épaisseur de textures, liée sans doute à la générosité de l’instrument. Entendre ensuite la version princeps pour cordes permet de mesurer la richesse travail de transcription du Cantor de Leipzig, éclairant le matériel de Vivaldi d’une manière radicalement différente, d’autant que la formation emmenée par Olivier Charlier et Philippe Graffin n’hésite pas à imprimer un vif balancement concertant au morceau, au prix de certains coups d’archets parfois rugueux que maints baroqueux ne renieraient pas – affirmant au passage que le répertoire italien du settecento a les dimensions idéales pour un ensemble de musique de chambre.

Après l’entracte, l’exercice s’inverse, et l’on entend d’abord à l’orgue le choral Vor deinen Thron tret ich hiermit, toujours sous les doigts de Ulrike Theresia Wegele, avant son commentaire imaginé par Sofia Gubaidulina pour clavecin et quintette à cordes. Le thème émerge progressivement du dialogue entre les pupitres, sculpté dans la dissonante glaise harmonique. Cernée d’un halo mélancolique, la réminiscence sonne comme le produit d’un alambic exégétique, condensant le point de départ et l’aboutissement du processus avec un émouvant sens de l’architecture compositionnelle.

On pressent une certaine parenté entre le Wenn wir in höchsten Nöten sein BWV 641 et la Passacaille et Fugue en ut mineur. Cette dernière, qui a donné lieu à maintes transcriptions, dont l’une des plus connue est l’orchestration de Stokowski que Kubrick a reprise dans Barry Lindon, est une imposante cathédrale sonore qui bénéficie de la pâte de l’orgue de l’église Saint-Pierre. La complexité contrapuntique de la Passacaille s’anastomose presque avec la Fugue, tant l’ampleur du discours dans les deux parties s’avère impressionnante au sens premier du terme. Pas étonnant que la plume de Mozart ait pu être fécondée par une telle oeuvre, lui inspirant un Adagio et Fugue pour quatuor à cordes d’une remarquable concentration – à l’instar du Quintette en sol mineur ou de la Fantaisie en ut mineur pour piano. Symptomatiquement d’ailleurs, le dernier mouvement présente une facture fuguée. On ne pouvait rêver plus éloquente conclusion à ce concert sous le signe du maître de Saint-Thomas.

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- Prades
- Eglise Saint-Pierre
- 12 août 2012
- Johann Sebastian Bach (1685-1750)/Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Préludes et Fugues pour trio à cordes K 404a n°3 en fa majeur et n°5 en mi bémol majeur
- Antonio Vivaldi (1678-1741)/ Johann Sebastian Bach (1685-1750), Concerto pour orgue en la mineur BWV 593 « ohne Bezeichnung »
- Antonio Vivaldi (1678-1741), Concerto pour deux violons n°8 en la mineur, opus 3 RV 524
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Vor deinen Thron tret ich hiermit BWV 668
- Sofia Gubaidulina (née en 1931), Méditation sur le choral de Bach BWV 668 « Vor deinen Thron tret ich hiermit » pour clavecin et quintette à cordes
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Wenn wir in höchsten Nöten sein BWV 641 ; Passacaille et Fugue en ut mineur BWV 582
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Adagio et Fugue pour quatuor à cordes en ut mineur K 546
- Peter Schuhmayer, Olivier Charlier, Philippe Graffin, Kyoto Takezawa, violon ; Herbert Kefer, Hartmut Rohde, alto ; Othmar Müller, François Salque, violoncelle ; Jurek Dybal, violoncelle ; Irina Zahharenkova, clavecin ; Ulrike Theresia Wegele, orgue.






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