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Festival Manca 2011 : un peu de mécaniques stellaires pour oublier les sombres théâtres

lundi 2 janvier 2012 par Thomas Rigail
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Dans une programmation attachée aux spectacles pluridisciplinaires, le festival Manca conserve les concerts traditionnels d’usage, dont ce concert symphonique qui présente des œuvres d’obédience diverses mais plus accessibles que le reste du festival, que doit défendre l’Orchestre philharmonique de Nice.

Nous avouerons sans mal avoir découvert la musique d’Ana Lara avec les deux œuvres données lors des deux concerts de ce festival, et elle présente un cas curieux qui relève presque, en l’état de cette audition, de la schizophrénie, car si Malgré la nuit était un pur produit de l’esthétique d’Europe continentale, Atanor a tout de l’œuvre post-minimaliste à l’américaine : harmonies classées qui se résument, entre deux entrevisions de possibilités micropolyphoniques, à la scansion d’un accord mineur ou majeur, longues plages statiques ouvragées en superficie, motifs tournoyants sur une pulsation manifeste et percussions au parfum de musiques populaires (mexicaines, bien sûr) forment une œuvre facile d’écoute, proche des œuvres les plus minimalistes de John Adams, plutôt bien menée dans ses premières minutes avant que le matériau ne s’effondre sur son propre immobilité et que l’abus d’harmonies étales de vents, les subtilités de l’orchestration passant sans doute au second plan dans une exécution épaisse, ne rende plus compte que d’une écriture aux procédés automatiques plutôt qu’inspirés. Le grand écart esthétique entre les deux œuvres n’est pourtant pas si surprenant dans le contexte de la création actuelle : répondant aux demandes de circuits souvent fermés sur eux-mêmes (en particulier en Europe), les compositeurs, d’autant plus quand ils sont comme ici partagés entre deux continents (l’œuvre a été écrite en 2010 pour l’Orchestre symphonique national du Mexique), peuvent faire grandement varier leur art selon les ensembles, institutions, lieux pour lesquels ils écrivent, sans qu’il soit possible de décider si cet état de fait relève d’une volonté esthétique de liberté, d’une exigence de survie ou d’un opportunisme, ou plus sûrement un mélange des trois. Cela laisse néanmoins planer le doute sur l’authenticité d’une œuvre, sur la pulsion et l’exigence qui l’habitent, et loin de relever de la seule spéculation, la question s’égraine dans l’écoute : Atanor, indépendamment de toute considération sur les choix esthétiques initiaux qui commandent l’œuvre, mais par ses emprunts et ses affinités marquées ainsi que son opulence orchestrale jusque dans son programme cosmique conjuguée au conventionnel des moyens, s’entend comme une œuvre utilitaire, sans que son utilité parvienne, in fine, à se révéler. Dans le cas d’Ana Lara, en attendant d’écouter d’autres œuvres, nous resterons dans le scepticisme.

Pour les compositeurs plus célèbres, Dutilleux et Reich, le programme a le bon sens de piocher en dehors des œuvres les plus rebattues habituellement choisies pour les manifestations orchestrales, avec The Shadows of time (1997) pour le premier et The Four sections (1987) pour le second. On pouvait redouter les faiblesses de l’Orchestre philharmonique de Nice dans ce qui est l’une des plus belles pièces de Dutilleux mais aussi une partition des plus exigeantes : si l’exécution ne manque pas de scories chez à peu près tous les pupitres, et si les couleurs l’ont pas la vitalité que l’on peut attendre ici, des interventions solistes (en particulier chez des cuivres très demandés) bien à propos sur l’intention malgré des sonorités assez laides, et une direction de Pierre-André Valade qui privilégie une certaine massivité au détriment du détail orchestral et qui parvient par là à maintenir une intensité générale par-delà les approximations individuelles, laissent une impression générale positive, l’exécution rendant bien compte de la force de l’écriture, sa force structurelle pourrait-on dire, à défaut de sa beauté plastique. Les parties les plus mystérieuses de l’œuvre pourraient en pâtir, mais elles apparaissent plus comme des moments de désinence que de contemplation, et à ce titre, la courte intervention des enfants dans « Mémoires des ombres » est réussie, bien audible et d’une bonne justesse.

The Four sections de Steve Reich perpétue dans la même lignée, avec moins de réussite : la massivité de l’orchestre est plus dommageable dans ce pur moment de Reich qui tient surtout par la rigueur de la pulsation – elle se fait ici de plus en plus précaire au fur et à mesure de l’œuvre – et par la capacité de l’orchestre à trouver allure et rebond, ce qui n’est pas tout à fait le cas ici, le tout sonnant un peu grossièrement articulé, tentant avant tout de maintenir une mise en place correcte – cela sera à peu près le cas dans les premières sections, mais la fatigue de l’orchestre se fait particulièrement sentir dans la quatrième section, avec des cordes qui peinent à extraire de la mécanique l’espèce de lyrisme machinal qui fait le sel, si elle en a un, de la musique de Reich. Le cœur instrumental de l’œuvre, constitué des percussions à clavier et des pianistes, assure néanmoins une bonne assise à l’ensemble. Ceci étant dit, l’Orchestre philharmonique de Nice, s’il apparaît d’une solidité discutable sur la durée, ne présente rien d’indigne et se glisse hors de son répertoire habituel avec une bonne volonté manifeste, et il se dégage de ce concert au programme charmant sans être aguicheur quelque chose de très aimable, quelque chose de plus lumineux, de spontané, qu’il ne serait pas judicieux de confondre avec un conservatisme plus prononcé, que dans le reste de la programmation du festival Manca, qui navigue en eaux plus obscures.

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- Nice
- Théâtre de l’Opéra
- 19 novembre 2011
- Ana Lara (née en 1959), Atanor pour orchestre
- Henri Dutilleux (né en 1916), The Shadows of time
- Steve Reich (né en 1936), The Four Sections
- Orchestre philharmonique de Nice
- Pierre-André Valade, direction











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