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Festival International de Musique de Wissembourg 2011 : le Quatuor Szymanowski

lundi 12 septembre 2011 par Gilles Charlassier

Certains concerts sont dès l’abord touchés par la grâce de l’apesanteur. Celui donné par le Quatuor Szymanowski ce dimanche 04 septembre en l’Eglise Saint-Jean de Wissembourg est de ceux-là. Si l’on applaudit parfois des talents démonstratifs quant à leurs intentions herméneutiques, les Szymanowski appartiennent à cette élite des artistes authentiques, humbles officiant du culte sacré de la musique.

Le programme annonçait sa singularité avec une épigraphe « Chants d’actions de grâces », et s’est révélé d’une cohérence exceptionnelle. La première partie s’ouvre sur le choral Vor deinen Thron tret’ich BWV 668, ultime page, austère et dépouillée, à la spiritualité intense. Le Herr Christ, der einzig Sohn Gottes Bux 192 contraste avec son enjouement qui paraîtrait gaillard si le jeu ne préservait sa noble sobriété, magnifié par la poésie du premier violon, Andrej Bielow. Waclaw z Szamotuł est un compositeur de la Renaissance, ayant vécu à la cour du roi Sigismond II de Pologne, dont peu d’œuvres nous sont parvenues. L’ordonnancement des quatre chorals retenus progresse de la solennité du Psaume LXXXV, Inclina Domine, Aurem tuam, vers la modération du Psaume I, Beatus vir, qui non abit et du Christe, qui lux es et dies, évoquant les pavanes d’un Downland – signe de la qualité de la transcription, qui exhale sous les doigts des quatre musiciens les vapeurs d’une rêverie élisabéthaine. Le Modlitwa, gdy dziadki ida spac renoue avec la douceur résignée du choral de Bach.

Autre œuvre de la dernière maturité et hommage au saint patron éponyme de la formation slave, le Quatuor n°2 de Szymanowski commence par un mystérieux frémissement à l’alto et au second violon, qui semble venir de lointains immémoriaux. La retenue de la page, aux scintillements éthérés et empreinte d’une atmosphère nocturne, fait songer à Ravel tandis que les archaïsmes évoquent l’écriture de Debussy. Le Scherzando fait entendre de rapides rythmes issus du folklore polonais. Le travail rythmique entretient une parenté avec Bartók et diffuse une lumière plus franche, plus diurne, au lyrisme passionné. Le quatuor s’achève sur un Lento intérieur et dramatique travaillé par une écriture fuguée, interprété avec une noblesse bouleversante, à l’image de l’aristocratique compositeur polonais.

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Szymanowski Quartet
© Marco Borggreve

La seconde partie de la soirée est consacrée à un immense monument du répertoire : le Quatuor n°15 en la mineur de Beethoven. La hauteur de vue des quatre musiciens se fait entendre dès le premier mouvement, Allegro, précédé d’une introduction Assai sostenuto. La pâte sonore ne paraît jamais chargée, se gardant toujours d’alourdir les graves – le violoncelle de Marcin Sienawski est d’une pudeur miraculeuse dans une page où on accentue trop souvent les accès d’humeur du compositeur. Le scherzo qui suit, Allegro ma non tanto, se distingue par sa fluidité et son élégance inhabituelles. Le dialogue entre l’alto et le violon est un exemple de l’inventivité admirable de simplicité dont Beethoven fait preuve dans ses œuvres ultimes. Le mouvement lent, Molto adagio, atteint une profondeur rare. La structure alternant le choral archaïsant en mode lydien, créant une parenté secrète avec les œuvres jouées en première partie du concert, et la mélodie chantée par le premier violon, est révélée avec un naturel indicible, secondé par celui de Grzegorz Kotów. Les trilles d’Andrej Bielow, interprète doué d’une musicalité exceptionnelle, s’envolent avec un mélange de charnelle tendresse et de légèreté aérienne dépourvu de tout maniérisme. L’alto de Vladimir Mylytka unit son idiome dans celui du violoncelle avec une réserve émouvante. La marche enjouée, Alla Marcia, assai vivace cède à un Allegro appassionato où l’homogénéité et la beauté de la ligne parachèvent le miracle de quarante minutes hors du temps.

Le finale du Quatuor n°2 opus 18 de Beethoven contraste par son atmosphère détendue, ponctuée de traits d’humour mis en valeur avec finesse – le jeu d’imitations entre le premier violon et le violoncelle. On comprend immédiatement que le second bis est un hommage des musiciens à leurs racines slaves. Avec la Mélodie de Miroslav Skoryk, compositeur ukrainien, les Szymanowski nous quittent avec un témoignage évident de leur sensibilité fervente, où rayonne leur sens de la collégialité, laissant l’indélébile trace d’un grand moment dans la septième édition du festival alsacien, où le public et les artistes ont désormais l’habitude de s’apprivoiser.

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- Wissembourg
- Eglise Saint-Jean
- 04 septembre 2011
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Vor deinen Thron tret’ich BWV 668
- Dietrich Buxtehude (1637-1707), Herr Christ, der einzig Sohn Gottes Bux 192
- Waclaw z Szamotuł (1520-1560), Psaume LXXXV, Inclina Domine, Aurem tuam ; Psaume I, Beatus vir, qui non abit ; Christe, qui lux es et dies ; Modlitwa, gdy dziadki ida spac
- Karol Szymanowski (1882-1937), Quatuor n°2 opus 56
- Ludwig von Beethoven (1770-1827), Quatuor n°15 en la mineur opus 132
- Quatuor Szymanowski : Andrej Bielow, premier violon ; Grzegorz Kotów, second violon ; Vladimir Mylytka, alto ; Marcin Sienawski, violoncelle.











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