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Festival Cordes en Ballade : le Quatuor Amôn

samedi 6 août 2011 par Thomas Rigail

Le festival Cordes en Ballade, initié par le Quatuor Debussy, déroulait cette année sa treizième édition. Ce festival a ceci de particulier, outre le fait d’exploiter le patrimoine d’une région musicalement délaissée (le charme des festival d’été, c’est aussi les concerts dans la crypte d’un château médiéval en ruine à mi-chemin entre une centrale atomique et une cimenterie), d’associer les concerts à une académie de quatuor à cordes, où des ensembles venus d’Europe viennent compléter leurs formation auprès du Quatuor Debussy et des quatuors invités par le festival – cette année, les Quatuors Zaïde et Cambini –, et pour les plus avancés d’entre eux donner des concerts.

Cette académie, qui n’a cessé de croître en taille et en attractivité depuis sa création, est représentative d’un renouveau certain de la pratique du quatuor à cordes en France, qui voit le déploiement de formations adéquates et l’émergence de nombreux quatuors de très haut niveau (Modigliani, Zaïde, Tercea, Ebène… nous renvoyons aux nombreux articles écrits par notre confrère Carlos Tinoco sur la question) mais qui doivent faire face à des structures de diffusion qui ne se développent pas au même rythme – les institutions parisiennes en particulier étant loin d’être satisfaisantes sur ce point, à quelques exceptions près, les initiatives les plus intéressantes se retrouvant parfois dans les lieux les moins attendus. De fait, si l’instrumentation reste l’une des plus faciles à mettre en œuvre en terme de logistique, elle reste somme toute méconnue et ne touche qu’un public limité, la faute aussi à la grande banalité de la programmation, probablement l’une des plus conservatrices alors même que le répertoire est énorme. La prise en main du destin du genre par des formations chevronnées comme le Quatuor Debussy, qui combine au développement des structures un vrai travail sur le répertoire et sur les questions de l’esthétique du genre par rapport aux acquis des grands quatuors étrangers, œuvre à terme à la mise en place d’une vraie « tradition » du quatuor en France.

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Quatuor Amôn
© Rozenn Quéré

Des ensembles travaillant à l’académie, nous entendrons un quatuor pas tout à fait inconnu, le Quatuor Amôn. Ces protégés du Quatuor Danel (quatuor qui travaille avec l’A.R.A.M. dans des perspectives assez proches du Quatuor Debussy) que Carlos Tinoco avait déjà eu l’occasion de repérer, n’ont pas froid aux yeux : leur programme, constitué d’œuvres inscrites à leur répertoire au cours de la semaine passée à l’Académie qui a précédé le concert, offre des extraits des Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn, le Quatuor n°7 de Chostakovitch, et le Quatuor « Rosamonde » de Schubert. Les fondements sont très solides : peu de problèmes d’intonation, un équilibre assuré par de très aux points deuxième violon et alto, peu démonstratifs mais efficaces, une absence générale de dérapage quelconque, autant sur le plan de la mise en place que du goût.

Là où le quatuor fait encore sentir sa jeunesse, c’est dans le premier violon d’Aymeric de Villoutreys, d’une extraversion physique continue, produisant beaucoup de « geste » à chaque instant de la partition, sans que le reste du quatuor réagisse à cette forme de surproduction gestuelle, préférant assurer l’équilibre avec une application mesurée. Cette approche développée dans le geste global, c’est la forme qui en pâtit, en particulier dans le quatuor de Schubert : en l’exécutant dans l’énergie perpétuelle et la volonté effective de réaliser l’œuvre, le quatuor passe encore à côté des respirations de la structure, des glissements des fins de phrases, des absences et des manques de la partition, donnant un résultat massif, très ramassé sur lui-même. La réexposition du premier mouvement est symptomatique d’une réalisation épaisse, qui s’enfonce au fur et à mesure de la progression dans sa densité et son univocité, sans trouver les instants, la capacité à différencier et la versatilité du souffle (souffle pourtant présent) qui permettraient de quitter la stricte matérialité de l’œuvre. Ceci étant dit, l’œuvre reste redoutable et le quatuor ne démérite pas. Le Quatuor n°7 de Chostakovitch, en dépit du volontarisme prononcé du premier violon qui place immédiatement l’interprétation dans un contexte stylistique donné, est lui plus réussi : les interventions du violoncelle en particulier sont d’une belle efficacité, et le bon ordre général des instrumentistes fait le reste.

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- Cruas
- Château médiéval
- 11 juillet 2011
- Joseph Haydn (1732-1811), extraits des Septs dernières paroles du Christ en croix
- Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Quatuor n°7
- Franz Schubert (1797-1828), Quatuor n°13 Op.29 D804 « Rosamonde »
- Quatuor Amôn : Aymeric de Villoutreys, Mélanie Pelé, violon ; Antoine Combot, alto ; Cyril Simon, violoncelle






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