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Festival Castell de Peralada 2011 : Orfeo et la magie Fura dels Baus

jeudi 18 août 2011 par Emmanuel Andrieu
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© Jordi Mestre

C’est avec le chef d’œuvre de Gluck, Orfeo ed Euridice, que le prestigieux Festival catalan de Castell Peralada a couronné son vingt-cinquième anniversaire, après l’avoir inauguré avec un Nabucco en version de concert (réunissant Juan Pons et Maria Guleghina dans les rôles principaux). Signée par le collectif théâtral barcelonais La Fura dels Baus et son trublion de chef Carlus Padrissa, la production a remporté tous les suffrages auprès d’un public visiblement conquis.

Plutôt rare de nos jours - car fortement délaissée au profit de la version parisienne de 1774 ou de la révision qu’en a faite Berlioz en 1859 - c’est la version originale composée pour Vienne (et le fameux castrat Guadagni) en 1762 qu’a retenue le Festival, nettement plus courte mais d’un impact dramatique supérieur. Autant dire du pain bénit pour Carlus Padrissa dont on retrouve l’univers si particulier faisant fortement appel aux technologies modernes, notamment l’utilisation massive de projections vidéos.

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© Jordi Mestre

Situant l’action dès le début dans les Enfers, il s’est inspiré, pour créer ses projections, de l’univers roman catalan et du bestiaire fantastique qui orne les chapiteaux de ses cloîtres. « Cette époque obscure » de notre histoire, selon ses propres mots, « trouve son corollaire dans le siècle dernier ». De fait, des images des grands drames du XXème siècle, comme les camps de concentration nazis ou le génocide rwandais, sont incorporées dans les vidéos. Mais son idée la plus innovante aura été d’intégrer l’orchestre à la mise en scène : une quarantaine d’instrumentistes jouent ainsi debout tout en déambulant sur un plateau fortement incline ! « Comme Gluck, qui avec cet opéra a initié la réforme du genre lyrique il y a 250 ans, je pense que j’ouvre une nouvelle voie en faisant sortir l’orchestre de la fosse pour l’intégrer pleinement à l’espace scénique » s’enorgueillit Padrissa.

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© Andreas Knapp

Et il convient en effet de saluer l’incroyable prestation du BandArt Orchestra composé de musiciens appartenant à divers formations européennes et dirigé par le violon solo du London Symphony Orchestra, Gordan Nikolic. Quel tour de force de la part de ces musiciens de jouer aussi juste alors que Padrissa leur demande d’être tout autant des acteurs que des instrumentistes, quasiment toujours en movement ! Son idée est qu’ « ils forment une lyre géante, comme si chacun d’entre eux en était une des cordes ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette lyre imaginaire était parfaitement accordée et suffisamment irrésistible pour convaincre les Ombres d’ouvrir les portes des Enfers, mais surtout pour combler l’auditoire par des langueurs envoûtantes ou des urgences flamboyantes. Mentionnons également l’excellente tenue du Chœur de chambre du Palau de la musica catalana, vocalement très sollicité tout au long de l’œuvre et lui aussi particulièrement impliqué dans la mise en scène.

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© Jordi Mestre

Autre grand bonheur de la soirée, la superbe mezzo géorgienne Anita Rachvelishvili (révélée par sa Carmen scaligère avec Jonas Kaufman comme partenaire en décembre 2009) interprète un Orfeo de toute beauté. Sa ligne de chant claire et pure, alliée à une puissance et une projection vocales impressionnantes, communiquent d’emblée l’émotion avec son cri « Euridice ! ». Elle insuffle au personnage mythique une intensité et une générosité saisissantes dans l’air « Che puro ciel » et le fameux « Che faro senza Euridice » est arrosé de larmes. Bref, une révélation pour nous et une artiste à suivre de très prés !…

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© Miquel Gonzàlez

La soprano espagnole Maite Alberola, dans le rôle d’Euridice, lui offre une parfaite réplique avec un format vocal inhabituel par rapport à la tradition. Loin des voix claires et graciles auxquelles est généralement dévolue cette partie, Alberola possède un timbre sombre et corsé qui rivalise en éclat et en puissance avec le rôle-titre. Son grand air « Che fiero momento » est délivré avec beaucoup d’urgence et de conviction et cette chanteuse est dotée, tout comme sa consoeur, d’une formidable présence scénique. Campant un Amore plus traditionnel, vocalement parlant, la jeune soprano andalouse Auxiliadora Toledano ravit par son timbre frais et fruité. Précisons que la scénographie ne la ménage pas non plus : elle la fait apparaître de manière acrobatique par les airs, suspendue à un fil tendu d’un arbre du parc jusqu’au dessus de la scène !

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© Jordi Mestre

Pour finir, précisons que le spectacle sera repris dans deux ans à Vienne, au Theater an der Wien, pour le tricentenaire de la naissance de Gluck. En attendant, il sera possible d’ici à quelques mois de découvrir ce formidable spectacle en dvd, la représentation ayant été filmée par les caméras du célèbre label allemand Unitel.

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- Peralada
- Castell Peralada
- 31 juillet 2011
- Christoph Willibald von Gluck (1714-1787), Orfeo ed Euridice, Opéra en trois actes
- Mise en scène, Carlus Padrissa ; Décors, La Fura dels Baus ; Costumes, Aitziber Sanz ; Lumières, Carles Rigal ; Video, David Cid
- Orfeo, Anita Rachvelishvili ; Euridice, Maite Alberola ; Amore, Auxiliadora Toledano
- Cor de cambra del Palau de la Musica catalana. Chef de chœur, Jordi Casas
- BandArt Orchestra
- Gordan Nikolic, direction






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