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Festival Berlioz 2011 : Tristia et Dante-Symphonie

jeudi 15 septembre 2011 par Gilles Charlassier


S’il est consacré à la figure de Berlioz, natif de cette bourgade de la vallée de la Bièvre, le festival de la Côte Saint-André, ne se limite pas au corpus du grand Hector. Le directeur artistique, Bruno Messina, revendique son souci d’ouvrir les transversalités, non seulement pour élargir le public, légitime inquiétude de tout organisateur sommé de rendre des comptes aux autorités pourvoyeuses de subventions, et souvent affublées de la myopie de la jauge quantitative pour décider de la reconduite de leurs libéralités, mais aussi pour enrichir notre compréhension de l’œuvre du grand compositeur français. Le bicentenaire de la naissance de Liszt offre une tribune rêvée pour mettre en regard le génie visionnaire des deux musiciens. Le programme de ce samedi soir juxtapose deux pages méconnues : Tristia pour chœur et orchestre de Berlioz et la Dante Symphonie de son homologue hongrois.

Inversant l’ordre indiqué sur le follicule distribué à l’entrée des gradins installés dans la cour du Château Louis XI, respectant ainsi la préséance accordé à l’ouvrage le plus court, l’orchestre Les Siècles, emmenés par François-Xavier Roth, livre un Tristia diaphane. Le triptyque s’apparente à une collation de trois pièces associées par l’ombre de Shakespeare et de fait est rarement donné en son intégralité. Il y gagnerait cependant et la performance de la formation française, à laquelle de sont joints les membres du Chœur Britten, doublés par le Jeune Chœur Symphonique, sous la houlette de Nicole Corti, le démontrent. Le premier morceau est une méditation religieuse à six voix sur la traduction en prose d’une poésie de Moore « Ce monde entier n’est qu’une ombre fugitive ». La transparence du travail choral réussit le prodige de rendre l’articulation presque limpide, et enveloppe la page d’un halo de noble mélancolie qui anticipe la mélopée des femmes à la fin du second acte des Troyens. Les mêmes qualités magnifient la ballade sur la Mort d’Ophélie, qui est la pièce la plus connue. Les bois dominent dans cette orchestration délicate, vaste et légère, sorte de prémonition de la Klangfarbenmelodie. La Marche funèbre pour Hamlet jouée avec allant, distille une atmosphère fantasmatique qui culmine avec la décharge des mousquets, spécialement loués pour l’occasion, au milieu du morceau. Le tempo, à mi-chemin entre la procession et le peloton d’exécution, s’appuie sur un sens de la caractérisation des timbres, amers et sombres.

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© G. Gay-Perret/Festival Berlioz

Plus connu pour sa carrière de virtuose et ses pages pour piano, Liszt n’en a pas pour autant négligé le répertoire symphonique et vocal. Les commémorations bicentenaires semblent l’occasion idéale pour exhumer des partitions recouvertes d’un semi-oubli. La Dante Symphonie constitue l’un des deux avatars les plus monumentaux de sa production orchestrale – l’autre étant la Faust Symphonie. La partition, chorale et orchestrale, fait montre d’un cosmopolitisme générique et stylistique surprenant, où luisent des éclairs de modernité remarquables. La verticalité du début de l’Enfer, soutenue par le bruissement des violons, fait songer à songer à Bruckner tandis que plus loin, le dialogue de clarinettes et de hautbois annonce le Tristan de Wagner – on sait d’ailleurs ce que doit à Liszt l’échanson de Bayreuth. Après la rythmicité de cette ouverture luciférienne fort développée, le Purgatoire offre un horizon apaisé, plus pictural que dramatique, lequel s’enchaîne sur un Magnificat à la clarté toute berliozienne, bref aperçu harmonique du Paradis. François-Xavier Roth n’hésite pas à défendre cette partition mésestimée, parfois pénalisée par le flottement de son identité générique, oscillant entre poème symphonique et opéra. Le chef français s’est d’ailleurs attaché à la donner avec les projections d’esquisses que Blake avait tracées sous l’inspiration de la Divine Comédie. Un semblable diaporama aux transparences d’aquarelle porte sans nul doute à son accomplissement les intentions du compositeur – les correspondances entre les formes artistiques sont dans l’air du temps – quand bien même le perfectionnement des technologies vidéographiques, fruit du travail de Sébastien Bretagne et Maxime Mauger, trahit probablement la vérité historique, sans doute davantage couleur sépia.

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© G. Gay-Perret/Festival Berlioz

Wagner était resté incrédule lorsque son beau-père lui avait confié son désir de décrire musicalement le Paradis. François-Xavier Roth propose alors une page qui évoque la vision du séjour des bienheureux que le corpus wagnérien nous a léguée : la Liebestod de Tristan und Isolde. Privée de son écho verbal, que la mémoire peut pallier, la partition n’en rayonne pas moins de la lumière de l’extase.

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- La Côte Saint-André
- Château Louis XI
- 20 août 2011
- Hector Berlioz (1803-1869), Tristia pour chœur et orchestre opus 18
- Franz Liszt (1811-1886), Dante Symphonie pour chœur et orchestre
- Sébastien Bretagne et Maxime Mauger, création vidéographique
- Chœur Britten ; Jeune Chœur Symphonique. Nicole Corti, direction des chœurs
- Orchestre Les Siècles
- François-Xavier Roth direction






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