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Festival Berlioz 2011 : Maurizio Baglini et les Solistes de Lyon

lundi 3 octobre 2011 par Gilles Charlassier

Le Festival Berlioz ne se cantonne pas à la bourgade natale du compositeur et rayonne dans la région environnante. C’est ainsi que l’on se retrouve à Saint-Antoine l’Abbaye, village médiéval isérois surmonté d’une merveille gothique méridionale, caressée par les chauds orangés du couchant d’une journée de canicule. Bicentenaire Liszt oblige, c’est la transcription pour piano de la Neuvième Symphonie de Beethoven qui est donnée entre les nefs de l’abbatiale par Maurizio Baglini et les Solistes de Lyon conduits par Bernard Têtu.

En guise d’introduction apéritive, trois pages chorales brèves nous sont servies. Les deux motets de Liszt, Qui seminant in Lacrimis et Cantantibus organis révèlent le sentiment religieux profond de l’abbé, magnifié dans la clameur homophonique de l’unité des pupitres. Le Meeresstille und glückliche Fahrt (Mer calme et voyage heureux) de Beethoven, pour chœur et orchestre, écrit sur deux poèmes de Goethe, est proposé ici dans la réduction pour piano de Reinecke. L’écriture est parente de la Fantaisie pour piano, orchestre et chœur : toute la pièce est comme tendue vers son finale triomphant, anticipant de la sorte l’Hymne à la joie.

Après avoir transcrit pour le piano la Symphonie Fantastique de Berlioz, Liszt fit de même pour les symphonies de Beethoven. De la Neuvième, il livra d’abord une version purement instrumentale, mais insatisfait du résultat obtenu, il retravailla sa partition et y réintégra les chœurs. C’est cette seconde version qui est ce soir proposée.

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© G. Gay-Perret/Festival Berlioz

La richesse de couleurs du premier mouvement, Allegro ma non troppo, un poco maestoso, s’avère être un défi à traduire pour deux mains. Inévitablement, le travail orchestral, précurseur de la Klangfarbenmelodie, en ressort quelque peu aplani (pensons au passage du motif d’un pupitre à l’autre dans la petite harmonie à la fin du mouvement, juste avant le dernier tutti conclusif). L’intelligence de la lecture de Maurizio Baglini compense cela en soutenant la progression dramatique du mouvement, balançant entre le flottement tonal du début et la marche décidée en ré mineur. Le deuxième mouvement, Molto vivace, se distingue par une écriture verticale et un rythme robuste, davantage propices à la virtuosité de l’orchestre. C’est incontestablement l’Adagio molto e cantabile suivant qui subit la transfiguration la plus favorable sous la plume de Liszt. Tandis que la mélodie chatoie sous la douce instrumentation de Beethoven, mais au relief limité, la transposition au piano révèle pleinement l’originalité de l’écriture du mouvement. Le principe de la variation qui le structure apparaît clairement, dans une parenté évidente avec l’Arietta de l’opus 111 (tempo et durée similaires), même si l’architecture diffère sensiblement. L’interprétation du pianiste italien met en valeur ce trait typique du dernier Beethoven.

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© G. Gay-Perret/Festival Berlioz

Après une tribune pour l’instrument à cordes frappées, le grand finale le relègue peu à peu au rang d’accompagnement – processus justement perceptible ce soir. En choisissant un effectif choral limité à seize membres, d’où se détachent quatre solistes, on a recherché un certain équilibre entre les forces vocales et le piano, tout en favorisant l’intelligibilité du texte. L’intervention augurale de la basse – « O Freunde » – semble prometteuse au regard de la lisibilité du texte. L’écriture de Beethoven, soulignant presque visuellement la marche joyeuse de l’humanité vers la fraternité, privilégie une scansion syllabique fatale à la prosodie. Le mouvement d’ensemble n’en ressort nullement altéré – même si l’on peut regretter une tension excessive dans l’émission chez le ténor, tandis que le soprano se fait d’une belle clarté et que le mezzo déploie des couleurs idiomatiques.

L’enthousiasme de la coda est tel qu’il apparaît comme un bis idéal pour saluer l’assistance, à laquelle l’acoustique des lieux n’est pas également favorable, satisfaisant davantage les spectateurs côté piano.

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- Saint-Antoine-l’Abbaye
- Eglise Abbatiale
- 22 août 2011
- Franz Liszt (1811-1886), Qui seminant in Lacrimis ; Cantantibus organis
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Meer still (adaptation pour piano de Carl Reinecke)
- Ludwig van Beethoven (1770-1827)/ Franz Liszt (1811-1886) (transcription pour piano), Symphonie n°9 en ré mineur
- Maurizio Baglini, piano
- Solistes de Lyon
- Bernard Tétu, direction











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