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Festival Berlioz 2011 : Les Orages désirés

mercredi 5 octobre 2011 par Gilles Charlassier

Il manquait au Festival Berlioz un ouvrage évoquant la vie du compositeur. Créé le 22 novembre 2003 à Radio France, l’opéra de Gérard Condé, Les Orages Désirés (le titre est emprunté à Chateaubriand), relate un épisode décisif de sa jeunesse. L’ouvrage connut une mise en scène à l’Opéra de Reims, reprise en 2009 à l’Opéra d’Avignon. C’est cette production qui est donnée ce soir dans une version mise en espace.

Le livret de Christian Wasselin narre l’amour du jeune Hector pour Estelle Duboeuf, de six ans son aînée. Habilement, l’éveil du jeune adolescent aux sentiments coïncide avec celui de sa vocation artistique, au tournant politique de 1815 – les Cents Jours de Napoléon échouent et sonnent le retour de la monarchie. S’autorisant le pastiche et les couleurs familières (les réminiscences sont diverses, selon les goûts de chacun : on y peut reconnaître Poulenc comme Strauss par exemple, tout autant que des tournures de Berlioz lui-même), le texte théâtral renoue sans honte avec l’opéra à numéros. Tout cela donne un côté ludique à l’ouvrage, sans prétentions intellectualistes certes, mais procurant le plaisir évident des souvenirs mêlés et parfois trahis par une mémoire catalogueuse.

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© G. Gay-Perret/Festival Berlioz

Rôle créé par (et pour) Françoise Masset, le jeune Hector est repris ce soir par Anne Rodier. Le mezzo fait entendre une couleur reconnaissable, traduisant adéquatement la jeunesse fougueuse du personnage et une bonne diction, qui se relâche malheureusement un peu en fin de soirée. Florian Westphal, le père, fait montre d’une bienveillance autorité, tandis que Nathalie Espallier caractérise exagérément la mère du compositeur, dans une émission par trop engorgée. Estelle revient idiomatiquement à une voix de soubrette, presqu’une Zerbinetta dans la vocalité, citronnée et resserrée dans les cordes de Txelin Victores-Benavente. Le colonel Marmion, séducteur de la demoiselle, et pour qui la chute de l’Empire sera le signal de la fuite, fait résonner avec Jean Goyeche, une gloriole méridionale. Corsino, le professeur de musique, création ex nihilo des auteurs, ne montre souvent qu’indigence. Nanci ne fut jamais la phtisique décrite par le livret mais, reconnaissons-le, cette bouture de Violetta ne peut qu’émouvoir, et la fraîcheur de la voix d’Anne Le Coutour ne saurait démentir l’affection que suscitent les interventions du personnage, à l’intelligibilité bienvenue.

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© G. Gay-Perret/Festival Berlioz

La direction de Jean-Yves Aizic, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Reims, prend soin d’équilibrer avec justesse les couleurs de la partition, ménageant les effets de pastiche, tout en les modelant dans une fluidité d’ensemble fort sympathique. Nous ne pouvons que regretter le travail scénographique réalisé par Sugeeta Fribourg, déclarant le livret inintéressant, inconséquente à le mettre en scène, prompte à nous faire subir sa prétendue déconstruction. On n’évoquera que brièvement les costumes d’Isabelle Huchet, hommage maladroit aux vêtements d’époque plus proche de la friperie que de la reconstitution historique. Sans doute aurait-il été plus heureux de se contenter d’une version de concert, faisant confiance aux conventions établies et connues du public. Cela aurait vraisemblablement également épargné aux chanteurs le ridicule de la déambulation partition en mains, résultat d’un nombre limité de répétitions.

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- La Côte Saint-André
- Château Louis XI
- 23 août 2011
- Gérard Condé (né en 1947) Les Orages désirés, sur un livret de Christian Wasselin
- Sugeeta Fribourg, mise en scène ; Isabelle Huchet, décors et costumes
- Anne Rodier, Hector ; Florian Westphal, Le père ; Nathalie Espallier, La mère ; Txelin Victores-Benavente, Estelle ; Jean Goyeche, Le colonel Marmion ; Jean-Michel Caunes, Corsino ; Anne Le Coutour, Nanci
- Orchestre de l’Opéra de Reims
- Jean-Yves Aizic, direction











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