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Festival Berlioz 2011 : Anima Eterna

mardi 4 octobre 2011 par Gilles Charlassier

Pas de Festival Berlioz sans Symphonie Fantastique. La partition la plus célèbre de son auteur réunit les amateurs les plus divers, et fait exploser la jauge de la cour du Château Louis XI. Le propre d’un festival étant de proposer, à côtés de redécouvertes, des lectures moins académiques des ouvrages célèbres, c’est tout naturellement à Jos van Immersel et son ensemble Anima Eterna qu’à été confié le soin de réveiller la célèbre partition.

La soirée commence avec la Danse macabre de Saint-Saëns (la thématique de cette édition est « Berlioz, Liszt et le diable »). Les deux harpes qui égrènent l’annonce du bal funeste sont déplacées du fond de l’orchestre vers l’avant de la scène, mettant en lumière la placide clarté de leur sonorité. Cet artifice atténue sensiblement le halo de mystère qui entoure ces interventions et aplatit de manière inévitable l’allure fantastique de la partition. La direction étonnement pataude du chef belge n’arrange rien. On s’étonne même d’un affaissement de la pâte orchestrale au milieu de l’ouvrage. Tout cela fait davantage songer à un bal de momies vigilantes à ne pas perdre leurs bandelettes qu’à une orgie de squelettes narquois.

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© G. Gay-Perret/Festival Berlioz

Le souci de l’instrumentarium d’époque qui identifie au dernier degré les exigences de Jos van Immersel, se retrouve dans le choix d’un piano Erard pour le Concerto pour piano n°2 de Liszt – encore un autre tribut au bicentenaire de celui qui fut un soutien pour le compositeur français. Son second opus concertant rencontre moins de succès auprès du public, qui lui préfère généralement la virtuosité plus franche du premier. L’ouvrage s’apparente en effet davantage à un poème symphonique avec piano et est construit selon une cyclicité thématique similaire à la Sonate en si mineur, moins favorable aux éclats immédiatement reconnaissables. Six parties s’enchaînent tout au long de cette forme rhapsodique (Adagio sostenuto, Allegro agitato assai, Allegro moderato, Allegro deciso, Marziale un poco meno allegro et Allegro animato). Si d’aucuns préfèreraient un instrument à la sonorité plus robuste, l’approche nuancée de Pascal Amoyel met en lumière une délicatesse et une transparence méconnues dans la partition de Liszt, au prix d’une sobriété parfois un peu sèche, que n’aide guère la relative raideur de la direction orchestrale.

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© G. Gay-Perret/Festival Berlioz

C’est après l’entracte que le moment tant attendu survient enfin. On s’attendait à une relecture vivifiante et novatrice du chef-d’œuvre de Berlioz. La première partie de la soirée annonçait des désenchantements qui n’ont point été trahis. Le mouvement inaugural, Rêveries-Passions, s’avère plutôt prudent. La valse du Bal affiche un tempo précis avant une coda très entraînante, interrompue par les appels des cors anglais. La recherche louable de la sonorité originelle donne toute sa mesure dans l’adagio, Scène aux champs. Le rubato que la tradition a infligé aux instruments à vents est ici rejeté, faisant sonner les fameux appels initiés à la fin du mouvement précédent avec une platitude exemplaire, dénuée de tout sentiment superfétatoire. La Marche au supplice révèle une carrure impitoyable, présageant la Nuit de Sabbat, où deux pianos, Erard d’époque cela va sans dire, se substituent aux cloches habituellement déployées, suivant l’alternative suggérée par Berlioz lui-même. L’effet produit dans le Dies irae ne manque pas d’intérêt, mais ne saurait pallier le déficit d’imagination qui plombe la lecture proposée. Et ce n’est pas la fougue d’Immersel, jetant au loin sa baguette sur l’accord final du bis reprenant l’ultime coda, qui altérera cette impression.

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- La Côte Saint-André
- Château Louis XI
- 24 août 2011
- Camille Saint-Saëns (1835-1921), Danse macabre
- Franz Liszt (1811-1886), Concerto pour piano n°2 en la majeur
- Hector Berlioz (1803-1869), Symphonie Fantastique opus 14
- Pascal Amoyel, piano
- Anima Eterna Brugge
- Jos van Immersel, direction






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