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Festival Berlioz 2010 : Soleil, fuis de ces lieux

samedi 4 septembre 2010 par Thomas Rigail
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Lidija et Sanja Bizjak
© Alvaro Yanez

Pour ce charmant programme consacré à des pièces emplies d’été, nous ferons court : non pas que les quatre mains des sœurs Bizjak ne manquèrent d’éveiller l’intérêt. Non, c’est l’acoustique extrêmement médiocre, inadaptée au piano, de l’église de La Frette qui nous empêcha sur le moment d’entendre la réalité du jeu des pianistes et par là nous interdit maintenant tout jugement pertinent sur sa qualité. En attendant de pouvoir les entendre à nouveau dans de meilleures conditions, toutes nos remarques seront à prendre avec ceci à l’esprit.

Contrairement à ce qu’indique le programme, la première pièce ne s’intitule pas Variations en Ré M sur un chant national polonais mais Variations en Ré M sur un air national de Moore, parfois aussi intitulé Variations en Ré M sur un chant national irlandais de Thomas Moore. Il est vrai que l’on associe plus spontanément Chopin à la Pologne qu’à l’Irlande ! Cette œuvre de jeunesse (1826), publiée de manière posthume, légère et impersonnelle, encore d’obédience mozartienne, est d’une simplicité agréable mais anecdotique : l’acoustique ne permettant d’entendre que les voix extrêmes, les voix intérieures et l’harmonie étant aspirées dans un brouillard de résonances et de réverbération qui dénature non seulement la clarté des lignes mais également le timbre, on se contentera de dire que l’attention au chant est bien là, en particulier dans les variations trois et cinq – plus simples, elles étouffent moins dans l’acoustique –, et que les traits rapides (introduction, variations une et quatre) ont une belle fluidité.

La suite Dolly de Fauré est certainement plus une musique de maison de campagne que d’église et l’acoustique du lieu le montre avec véhémence : elle épaissit considérablement ce qui est sans doute tout à fait dans le ton, car il semble que par-delà le rideau de réverbération, la berceuse soit tout à fait charmante, « Mi-a-ou » tout à fait espiègle, et malgré tout, le duo parvient à donner un « Pas espagnol » lumineux et agile, sans lourdeur. « Tendresse » est plus malaisée : les harmonies un peu plus raffinées sont noyées et la délicatesse se fait labeur. Dans tous les cas, on aurait préféré entendre le véritable timbre qui sort des doigts du duo.

Les trois morceaux suivants vont souffrir d’un jeu qui se durcit : la trivialité des pièces appelle un piano moins raffiné, mais combiné à l’acoustique qui transforme le moindre forte en capharnaüm, ce jeu plus agressif surcharge les faiblesses de ce Souvenir de Bayreuth de Gabriel Fauré et André Messager, parodie bon enfant sur des leitmotiv de Wagner, et ce Souvenir de Munich de Chabrier, qui tire également ses thèmes de Tristan und Isolde, tous deux de toute évidence des pièces de distraction pour les salons, plus potaches que spirituelles, à écouter d’une oreille distraite jouées par des doigts amis entre deux discussions mondaines. Les accords et les octaves chez Chabrier sont trop frappées et les thèmes ont quelque chose de bien belliqueux : certes ce n’est pas de la très bonne musique, mais est-il nécessaire de la faire ressembler à une déclaration de guerre à l’Allemagne ? La transcription de España dirige la vindicte contre le sud : si le premier thème manque de soutien rythmique dans l’accompagnement, la suite est attaquée avec plus de violence que de vigueur, ce qui entraîne dans l’acoustique médiocre de nombreux moments de confusion (à l’image de ces arpèges à B qui sonnent comme des tremolos d’accords, alors que le thème dans les graves se perd dans le brouillard). On se demandera quand même s’il n’était pas possible avec le répertoire français, entre Schmitt, Koechlin et Debussy, de proposer un programme avec des pièces de plus de valeur…

La Valse de Ravel, dans une transcription pour piano à quatre mains (probablement celle de Lucien Garban), est certainement une pièce de valeur, et sans doute la seule du programme qui exploite vraiment les quatre mains. Difficile de produire le ppp indiqué pour l’introduction, mais le jeu dans les graves conserve une étonnante clarté. La suite est extravertie : les nuances douces sont limitées à la fois par l’acoustique et des pianistes qui livrent une version exubérante, parfois jusqu’à la dureté (par exemple les glissandi fff, d’une violence un peu abusive, ou la dernière page), mais une conception véritablement orchestrale du piano fait rejaillir les antagonismes des motifs. Par delà les nébuleuses représailles d’un lieu qui refuse la danse, on devine une belle lecture. Nous l’entendrons dans toute sa réalité une prochaine fois.

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- La Frette
- Eglise
- 27 août 2010
- Frédéric Chopin (1810-1849), Variations en Ré M sur un air national de Moore
- Gabriel Fauré (1845-1924), Dolly, six pièces pour piano à 4 mains Op.56
- Gabriel Fauré/André Messager (1853-1929), Souvenir de Bayreuth
- Emmanuel Chabrier (1841-1894), Souvenir de Munich
- Maurice Ravel (1875-1937) La valse
- Lidija et Sanja Bizjak, piano






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