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Festival Berlioz 2009 : Une reconstitution manquée

vendredi 4 septembre 2009 par Cyril Brun
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Les Solistes de Lyon
photo G. Gay-Perret
pour le Festival Berlioz

L’idée était pourtant bonne de recréer l’ambiance de la création de cette Petite messe solennelle de Rossini, sauf que la reconstitution était fausse tout comme la présentation faite par Bernard Tétu avant le concert. Du reste, c’est bien ce qui peut ressortir de cette messe qui pourtant enthousiasma le public, tout sonnait faux.

Non, la Petite messe ne fut pas l’ultime composition de Rossini, puisqu’il y eut encore quelques pièces comme l’Hymne à Napoléon III, par exemple. Non, l’exécution n’eut pas lieu dans le salon d’une comtesse, mais dans la chapelle privée du comte Pillet-Will, commanditaire de l’œuvre pour sa femme. Et enfin, non, les interprètes n’étaient pas de gentils amateurs entre amis, puisqu’il s’agissait de Carlotta et Barbara Marchisio, entre autres. Aussi transformer l’église du Grand-Lemps en salon où l’on prend le thé, était non seulement déplacé, mais historiquement faux par rapport au propos de recomposition envisagé. Fausses également, les attitudes affectées des chanteurs tour à tour public, soliste ou choriste. Attitudes figées béatement, donnant plus dans la pantomime que dans la réserve policée des salons bourgeois du XIXe siècle. Faux enfin et surtout, l’interprétation vocale très éloignée du texte, n’hésitant pas à transformer le O Salutaris en une diatribe agressive... De la même manière, on cherche désespérément dans la partition les accents frappés et marcati dignes des Capulets de Prokofiev que n’abandonna jamais le pianiste.

Dans le détail, du point de vue strictement musical, une fois passée une interprétation inadéquate, il y eut du très bon et des passages plus relatifs, exception faite du pianiste. Dès le Kyrie, les fins de phrase apparaissent essoufflées. Le premier Kyrie semble à bout de souffle, alors que le Christe est plus posé et relativement beau, malgré déjà un piano dominant. Dans l’Eleison du second Kyrie, les hommes plus encore que les femmes manquaient réellement de respiration. Très beau Gloria des femmes en revanche, mais quelque peu gâché par le trait aigu lancé en l’air sans justesse. L’adoramus te des femmes, sans cesse relâché sur le « te » avait tendance à plomber la partition, déjà fortement perturbée par le piano, qui confina à la saturation sonore sur certains passages. Même travers de fins de phrase relâchées pour le Terzetto réellement entravé par le piano. Très beau solo de ténor, malgré une justesse difficile du sol fa bécarre sol de Unigenite. Finale difficile également du filius patris. En revanche, soprano et contralto s’épousaient bien dans le qui tollis, malgré la sempiternelle gêne du piano qui couvrait jusqu’à l’harmonium. Surprenante enfin cette anticipation du double forte sur la transition avec le Quoniam. Certes on pourrait voir ici une caricature du style italien que les Français pouvaient reprocher aux opéras transalpins, qui avec leur décalage entre le texte et la musique ne se souciaient guère de réalisme, mais pourquoi chanter avec colère : « Tu solus altissimus » ? Cet article du Gloria se conclut, du reste, dans une saturation sonore difficile à soutenir. Le son tournant beaucoup trop, les parties devenaient indistinctes et spongieuses. Le Cum Sancto Spiritu renoua avec les fins de phrase essoufflées, tandis que, par moments, perçaient timidement les fins de souffle de l’harmonium. Enfin les vocalises du Amen ont eu beaucoup de mal à se mettre ensemble. Ce manque de netteté accentué par l’acoustique de l’église conduisit à une saturation finale du Amen, tandis que les « sis » de l’excelsis trop relâchés, n’avaient de cesse de tomber. L’Amen des hommes et des femmes ne parvenant pas à s’imbriquer, il s’en suivit un inévitable retard. Retard regrettable pour l’heure du thé, qui servit de pause.
La seconde partie fut à l’image de la première. Mêmes indélicatesses des fins de phrase, un piano toujours aussi indépendant qui couvre à peu près tout. Il faut toutefois saluer la beauté et la profondeur des basses sur le Judicare. Il y eut ici plus d’unité. Les voix s’épousaient bien, sortant l’une de l’autre. Mais le Amen fut à son tour relâché, tandis qu’il était impossible de discerner les vocalises sous le piano tonitruant qui, du reste, ne fut pas avec les chœurs sur le crescendo du Amen. Le prélude fut évidemment martelé à souhait. Heureusement on finit par entendre avec soulagement un peu de douceur sortir de l’harmonium enfin audible. Si l’Hosanna fut relativement agréable, les chanteurs ne sont jamais allés au bout des notes, alors que l’In excelsis fut totalement saturé. Enfin une agréable fin sur le da nobis pacem, avec plus de douceur et un très beau solo de contralto. Si Verdi en a entendu une exécution semblable, on comprend pourquoi il conseilla à Rossini de retourner au Barbier ! On comprend aussi pourquoi Rossini la remisa.

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- Le Grand-Lemps
- Eglise
- 23 août 2009
- Gioacchino Rossini (1792-1868), Petite messe solennelle
- Les solistes de Lyon
- Didier Puntos, piano
- Paul Couëffé, harmonium
- Bernard Tétu, direction.






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