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Festival Berlioz 2009 : Une nuit à Leipzig

jeudi 17 septembre 2009 par Cyril Brun

Ce ne fut pas le Gewandhaus sous la baguette de Mendelssohn, mais tout y était. Les deux complices allemands et les deux amis romains, tous trois réunis comme en 1843 lors du passage de Berlioz à Leipzig, répondant à l’invitation de Mendelssohn.

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Orchestre National de Lyon
Photo Bruno Moussier pour le Festival Berlioz

Trois immenses compositeurs, deux grands chefs, deux incontournables critiques avaient, à l’époque, déchainé l’enthousiasme des musiciens comme du public. L’ambiance n’était pas moindre 166 ans plus tard à La Côte Saint-André.

L’Orchestre National de Lyon fut saisissant dès le premier accord du concerto de Mendelssohn, d’une extrême douceur. Sans attendre, sans même se chercher, le soliste et l’orchestre tenaient le même discours. Toutefois sur le thème, l’harmonie un peu dominante se trouvait légèrement en dehors, tandis que la flûte était trop sur le soliste. Si l’harmonie est restée quelque temps en dehors, l’accompagnement de cordes fut d’une belle finesse. De la même manière l’évocation thématique des cors ressortait plus qu’il ne fallait pour une évocation, tandis que les trompettes frappèrent leur entrée, soutenues par des timbales elles aussi trop saillantes. Tout cela ne perturba pas le soliste norvégien qui au-delà d’une technique parfaite fut plein de vie et d’âme, avec des aigus remarquablement expressifs. Entraîné par tant d’âme le tutti reprit comme issu du solo lui-même. Après les vents émergèrent les cors dans une entrée magnifique de finesse. Sur la suite du solo, les violoncelles en émanèrent superbement, légèrement contrariés par une entrée de flûte frappée, alors que les pizzicati ont eu tendance à masquer les derniers accents du soliste. Mais l’orchestre, sur ses poses d’accord, fut d’une très grande unité avec le soliste, ce qui assit un très beau finale plein et profondément assumé. Dans le deuxième mouvement, l’accompagnement de cordes s’appesantit, sans perturber les superbes respirations à l’unisson des violons et du soliste. Précédant une superbe entrée en soufflet du tutti, les pizzicati de basses assurèrent un accompagnement tout en beauté. La fermeté précise de l’orchestre, s’appuyait sur la finesse des timbales. D’une manière générale, mais particulièrement ici, l’orchestre servit le soliste à merveille et rehaussa admirablement ses accents. Il est dommage que sur le finale, l’harmonie frappa scolairement ses trois coups. Le troisième mouvement fut d’un ensemble irréprochable sur les accents du soliste. Dans la finesse générale, chacun était à sa place, malgré une doublure de flûte un peu dominante. Le tutti qui suivit fut à son tour d’une grande fermeté, parfaitement tenue par chacun. C’en était beau de douceur et de finesse tout en demeurant résolument présent. Les violoncelles furent ici magnifiques, ouvrant de beaux dialogues de l’harmonie sous le solo. Le final fut à son tour extraordinaire d’équilibre et de tenue.

Les premières notes de la Romance de Berlioz furent superbement posées, mais l’accompagnement quoique très fin et très habité, domina quelque peu le soliste. La belle entrée de flûte souligna le jeu du violon, alors que les appels de l’harmonie furent trop en dehors, au contraire de ceux superbes des cors. L’enchaînement de pizzicati fut d’une douceur d’un éblouissant contraste avec le bel éclair de flûtes. Les tenues de violons semblaient sortir du soliste lui-même tant l’unité était profonde. L’entrée simplement magnifique de l’orchestre toujours en douceur servit d’écrin au jeu plein de vie du violoniste, magnifiquement mis en valeur par l’orchestre qui l’écoute, lui parle et l’invite. Le choix courageux de Henning Kraggerud de prendre un bis non de virtuosité mais encore une fois de profondeur d’âme, en dit long sur le sens interprétatif du violoniste. Le public s’attendait comme toujours à une démonstration de technique virtuose, et il eut un supplément d’âme.

Il fallut en revanche attendre l’entrée des cors pour que l’orchestre se mette réellement en place dans la Symphonie Rhénane. Mais sans qu’il y ait de vraie lisibilité, tout se télescopait au service d’une interprétation d’une lourdeur que l’on n’imaginait pas un jour entendre dans du Schumann. Il semble que l’on en soit encore à confondre solennel et pompeux. De fait, les cordes pilonnaient, lourdes et emphatiques et les crescendos relevaient de la fanfare. Aucun équilibre des pupitres qui se chevauchaient dans les nuances. L’orchestre n’en demeurait pas moins bon techniquement. C’est l’équilibre lourd et disproportionné qui écrasait tout sans nuances. Dans ce brouhaha apparaissait de temps à autres l’harmonie, perdue dans l’omniprésence des violons, face à laquelle même les cuivres devaient forcer pour s’imposer. Le deuxième mouvement reprenant cette interprétation indélicate fut servi par une percussion hachée, sans véritables respirations, et extrêmement lourde. Enfin plus de douceur avec l’entrée des cors qui semblèrent calmer des violons plus doux, prenant alors le second rang au profit d’un bel agencement fugué de l’harmonie. Mais le fortissimo redevint pompeux et écrasant. Encore une fois tout était parfaitement ensemble et uni, révélant qu’il ne s’agissait pas d’un défaut de l’orchestre mais bel et bien d’un choix d’interprétation d’une lourdeur incompréhensible. Le troisième mouvement confirma qu’il ne s’agissait pas d’une lourdeur de maladresse ou scolaire. Heureusement le très beau soubassement de basses vint alléger l’étouffante interprétation. Pareillement pour le beau chant de trombones du quatrième mouvement, bien soutenu par les pizzicati des cordes basses. Un peu de respiration avec le beau sforzando et le vrai lyrisme des violons qui inspira la reprise des trombones qui, issus des cordes, s’enfouirent en elles avant de ressurgir quelques mesures plus loin. Le très bel appel de cuivres laissa un saisissant contraste avec le piano subito remarquable des cordes. Le final fut appréciable dans son style, c’est-à-dire pompeux. Peut être que sur une autre partition cela eut été agréable. Le dernier mouvement connut plus de légèreté et de précision. Le bel enchaînement des cuivres fut très bien soutenu puis relayé par les cordes, pour un finale enlevé précis mais triple forte, histoire d’être sûr de faire mouche auprès du public.

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- La Côte Saint-André
- Château Louis XI
- 27 août 2009
- Felix Mendelsohn (1809-1847), Concerto pour violon n°2, en mi mineur op.64.
- Hector Berlioz (1803-1869), Rêverie et caprice, romance pour violon et orchestre op.8
- Robert Schumann (1810-1856), Symphonie n° 3, en mi bémol majeur, dite Rhénane, op.97.
- Henning Kraggerud, violon
- Orchestre National de Lyon
- Ruben Gazarian, direction.






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