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Festival Berlioz 2009 : Ultime hommage à Harriet Smithson

dimanche 13 septembre 2009 par Cyril Brun
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Photo Bruno Moussier pour le Festival Berlioz et CamerataIreland

Cette soirée irlandaise, inédite au château Louis XI, clin d’œil à la passion d’Hector Berlioz pour Harriet Smithson, se déroula en deux temps. Le second ne fut pas le moins original. La musique traditionnelle irlandaise conclut de manière très festive et dansante cette soirée commencée sous un temps non moins irlandais. Quant on sait que le Brandon Fary est composé de musiciens bretons, évidemment, il était difficile d’éviter la pluie, qui pourtant fut nettement plus discrète que la veille et ne perturba que modérément le début du concert donné par l’orchestre de chambre Camerata Ireland.

Donner Coriolan en formation réduite impliquait certains risques que ne déjoua pas l’orchestre. L’interprétation oscillait entre un flou romantique mais mal situé, puisqu’il faisait perdre la netteté des arrêts d’ouverture, et un certain classicisme parfois trop prononcé. Encore qu’il s’agisse là de la sempiternelle question : Beethoven classique ou romantique ? Manque de netteté et de vie dans des crescendos à peine sensibles, manque de vigueur dans les accents plutôt timides et qui avaient parfois tendance à se télescoper, tandis que ceux des altos ne correspondaient pas au reste de l’orchestre. Les accents, sous la partie de hautbois, étaient relativement plats, presque inexistants. Même platitude pour la montée crescendo, tandis que la percussion restait relativement timide, finalement très chambriste. Les cors dialoguaient assez peu avec l’orchestre et les changements de nuances étaient juxtaposés voire brutaux. Le thème en levée retombée repris par les flûtes était relâché sur le temps, tandis que les nuances en rupture et les accents essoufflés n’aidaient pas à dynamiser des enchaînements assez lourds. En revanche, il faut souligner le très beau chant de violons mal relayés par des silences en rupture et non en suspension.

Les Mélodies irlandaises de Berlioz furent d’une toute autre facture, même si la très belle ouverture de cors fut brisée par des flûtes plaquées maladroitement et des timbales légèrement en dehors. En revanche l’orchestre s’est révélé un très fin accompagnateur sous le chœur d’hommes aux fins de phrase essoufflées, mais superbement rehaussées par un beau piano de cors. La deuxième mélodie mit une fois encore en valeur la douceur de l’accompagnement, malgré une certaine distance entre violoncelles et violons, ceux-ci ne sortant pas de la partie du précédent, comme il se devrait. Mais cela n’entrava en rien la beauté de la soliste qui sut allier à la douceur, finesse et légèreté enlevée. La troisième mélodie s’ouvrit par un très bel ensemble des voix, des cors et des flûtes, tandis que les cordes assuraient un très beau soutien. Le manque d’ensemble cordes flûtes qui suivit, rompit le charme momentanément par une trop grande distance entre les deux pupitres. La très belle intervention des cors, reprise par le violoncelle à l’identique, assura un balancement émouvant avant que les voix ne reprennent, accompagnées avec finesse dans un style parfaitement égal par l’orchestre. Les duos péchèrent en revanche par une trop grande différence entre les voix qui ne s’épousaient pas toujours et qui laissaient au contraire une impression de frottement. Impression d’autant plus dommageable que les voix étaient parfois légèrement trop faibles par rapport à l’orchestre. Rien de tout cela cependant sur les vocalises parfaitement équilibrées, au-delà des fins de phrase toujours délaissées. Le quatuor vocal masculin qui conclut ces mélodies, renoua avec le style béat, affecté de la messe de Rossini ; il eut en outre quelques difficultés à poser les aigus, tandis que Barry Douglas les accompagnait au piano.

Toujours invité de choix cette année, Mendelssohn conclut cette première partie avec son Concerto pour piano en sol mineur. Concerto qui pâtit malheureusement d’un piano désaccordé – sans doute du fait de la forte humidité – dans son registre transitoire medium aigu. L’ouverture du concerto en trois mouvements enchaînés manqua de nouveau d’unité entre des pupitres trop indépendants. Contraste également entre un orchestre peu dynamique et un piano d’une fermeté presque rude, alors que les entrées de violon laissèrent quelques appoggiatures non écrites et que les clarinettes restèrent assez distinctement en dehors. Soulignons ici la beauté du hautbois, tandis que les accents de l’orchestre étaient presque tous atténués. En revanche l’ensemble de pizzicati et de trompettes fut remarquable, ouvrant un beau discours de ces dernières, fines et fermes. Les changements d’archets de violoncelle qui suivirent, ne se faisaient pas tout à fait avec le piano, ce qui laissa une impression légèrement bancale. C’est encore une indépendance des cordes vis-à-vis du piano qui caractérisa le retour thématique soutenu par des cordes basses un peu poussives, et des reprises d’orchestre légèrement en retard sur le soliste. Le très bel appel de cuivre qui suivit fut encore alourdi par les cordes, ce qui n’entrava en rien la belle fluidité du piano qui finit par attirer l’orchestre dans une même respiration. Suivirent alors de magnifiques dialogues au cours desquels les violons venaient s’enchâsser dans le piano pour déboucher, par un superbe crescendo du tutti et dans une remarquable unité, sur la grande suite finale, où chacun est désormais au même sublime diapason. Cette ligne, parfaitement unie, allait de l’avant avec une cohésion et une logique musicale dont les nuances rythmaient la progression.

Schumann conclut cette soirée par son inégalable Concerto en la mineur, avec cette fois-ci un piano réaccordé. Après l’introduction de piano, l’harmonie fit toutefois une entrée encore heurtée, tandis que l’interprétation choisie sembla privilégier des fins de phrase écourtées, dans un esprit presque trop classique. Ceci eut pour conséquence un jeu parfois saccadé et, malgré la grande douceur des accords de violon, des traits de clarinette et des interventions de hautbois stressés. La reprise du thème très rebondi renforça la couleur classique jusqu’au changement de tempo un peu scolaire. Le très beau dialogue clarinette piano et cordes qui suivit, fut prolongé par un beau tapis de cordes dont ne profita pas l’entrée heurtée de clarinette. De même, trop en dehors, la flûte rompit l’harmonie paisible qui s’était installée. Après un manque de netteté de leurs traits sous le piano, les violons reprirent leur douceur initiale sur le retour du thème, relayée par une très belle entrée des violoncelles. Désormais tendus vers la même fin, selon le principe schumannien, les instruments « fuguaient » avec une parfaite égalité, pour culminer dans un très beau tutti avec de beaux soufflets, quoique d’un rebondi encore une fois quelque peu classique, tandis que Barry Douglas tenait le solo avec panache et présence. La suite du concerto fut à cette image, tissée de finesse par des dialogues souvent d’une grande unité, et quelques heurts dans les entrées de l’harmonie. En revanche les dialogues avec le piano furent tous d’une grande finesse. De vrais dialogues, intimes et chaleureux. C’est ainsi que le public redemanda pas moins de trois bis, dont deux musiques irlandaises. La première des deux fut un ravissement d’équilibre. Rien de heurté désormais. Des entrées de flûte parfaites, un piano d’une expressivité magnifique glissaient sur un tapis de cordes d’une rare douceur. Les instruments se tissaient tous autour de la flûte enlacée dans le piano, pour un grand moment d’émotion.

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- La Côte Saint-André
- Château Louis XI
- 26 août 2009
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Coriolan, ouverture en ut mineur op.62.
- Hector Berlioz (1803-1869), Mélodies irlandaises.
- Félix Mendelssohn (1809-1847), Concerto pour piano en sol mineur, op.25.
- Robert Schumann (1810-1856), Concerto pour piano en la mineur, op.54.
- Solistes de Lyon-Bernard Tétu
- Camerata Ireland
- Barry Douglas, direction et piano











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