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Festival Berlioz 2009 : Nuits d’été à La Côte Saint-André

lundi 24 août 2009 par Cyril Brun
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Véronique Gens ; Orchestre de Bretagne
photo G. Gay-Perret pour le Festival Berlioz

Pour la troisième soirée de sa seizième édition, placée sous le thème du « festival », le Festival Berlioz a choisi d’inviter un autre géant du festival, Mendelssohn. Deux grands chefs, deux grands hommes, deux grands compositeurs, amis respectueux depuis le temps de Rome, et pourtant deux vies et deux musiques bien différentes. La mise en perspective d’une même thématique, celle des nuits d’été est assez éloquente à ce sujet. Certes, il s’agit sous un même titre de deux inspirations différentes : Shakespeare pour l’allemand et Théophile Gauthier pour le français. Une ouverture dont Mendelssohn, à la suite de Weber, se rendra maître dès sa première composition et une suite poétique, romantique s’il en est, pour Berlioz, utilisent de soi des formes et des matériaux différents, mais la partition de l’ouverture peut se rapprocher, au moins dans l’impression qui s’en émane, de la poésie du Dauphinois.

Au-delà des nombreuses imperfections de cette première partie, il faut noter cette unité d’ambiance que justifiait l’interversion du programme. Si l’Orchestre de Bretagne campa l’atmosphère par une très grande fluidité des violons, très vite l’harmonie trahit un manque d’ensemble qui fut malheureusement la caractéristique principale de cette première partie. L’harmonie, très électrique et pour le coup sans doute trop berliozienne, insuffla aux violons un jeu stressé particulièrement sensible sur les ruptures, tandis que les bois au lieu de s’insérer dans les cordes venaient seulement se plaquer sur elles. Le manque d’unité fut particulièrement sensible dans les différents appels de l’harmonie et plus encore sur la distance entre celle-ci et les pizzicati des cordes. Des soufflets maladroits conduisirent inévitablement à de nombreux manques d’ensemble sur les départs, particulièrement ceux des timbales, tandis que les violons semblaient se courir après. Cet effet souligna d’autant plus le manque d’unité dans la succession des motifs. Les cordes ne sortaient pas du jeu de cuivres trop présents et aux accents trop épatés. La reprise « aquatique » des violons fut à son tour très approximative.

Les Nuits d’été furent traitées avec la même lourdeur et le même manque d’unité. Loin d’accompagner la soliste, l’orchestre, que son chef tentait de réfréner, tendait à prendre la première place. Dès les premières mesures, les cordes ont écrasé Véronique Gens. Sur Le spectre de la rose, l’orchestre a mis un certain temps avant d’épouser les nuances de la soprano. Si les pizzicati étaient forts charmants, la justesse des altos et la flûte trop en dehors ont perturbé la paix de ce chant, au point qu’on finissait par se demander qui était le soliste. L’orchestre, très sec dans Sur les lagunes, semblait trahir un manque d’aisance dans l’accompagnement. Véronique Gens, pour sa part absolument superbe, de sa voix claire et ferme, sut donner beaucoup de vie et d’expressivité aux chants poétiques ; malheureusement elle fut très souvent dominée par l’orchestre. Certes, elle aurait nettement pu donner davantage de voix, mais le style d’abord intimiste de l’accompagnement pianistique ne donne-t-il pas raison à la soprano ? Quelques beaux moments toutefois, parmi lesquels le répons des cordes basses sur « que mon sort est amer ».

Absence révéla particulièrement la différence d’interprétation entre Véronique Gens, qui d’une voix très présente et ferme, forte d’une agréable amplitude chanta avec beaucoup de profondeur et un orchestre poussif. Au cimetière fut encore plus perturbé par cet accompagnement décidément trop présent, au point de rompre l’équilibre que portait en lui-même le jeu de Véronique Gens. Les clarinettes posées là, comme incongrues, produisirent le même désagrément que la trop grande présence de la flûte sur le finale. Mais la concurrence entre l’orchestre et la soliste atteint son paroxysme sur L’Île inconnue, où avec une justesse difficile des traits de violon, on pouvait constater une véritable disproportion entre la chanteuse et les nombreuses approximations de l’orchestre.

La Symphonie italienne fut globalement mieux traitée, malgré un manque d’ensemble encore parfois perceptible, notamment sur les répons d’ouverture. Le jeu fut d’abord très scolaire, dans une juxtaposition de thèmes. Les reprises du thème principal avaient du mal à s’installer au point de patiner, tandis que la flûte frappait ses entrées. Mais cette fois Olari Elts sut imposer une logique au discours musical, notamment en donnant vie à de très beaux soufflets et à des ruptures suspensives très vivantes. Le tutti forte du thème principal, très enlevé, dans un tempo rapide, comme dut sans doute le jouer l’auteur, célèbre pour sa célérité, fut très bien tenu, d’une grande précision. Les trompettes parfaitement intégrées donnèrent un excellent relief à la partition. Le jeu de flûte fut plus approximatif. De même sur le deuxième mouvement, les jeux de flûte et de violon se mariaient mal. Les violoncelles, trop secs, étaient trop en dehors, au contraire des hautbois qui reprirent à merveille le thème principal, mal soutenus par un accompagnement de violons trop larmoyant. L’ensemble fut relevé par de vraies et belles nuances, même si celles-ci arrivaient de façon trop brusque, comme les sforzandi. Les ruptures à nouveau approximatives à l’approche du finale et les enchaînements trop distincts furent quelque peu compensés par la douceur et la beauté des pizzicati conclusifs, malgré des altos précipités. Le presto final s’ouvrit par des bois à la fluidité superbe, en dépit d’une reprise de hautbois pas immédiatement ensemble. Même très belle fluidité des violoncelles après un excellent tutti fortissimo, mais la transition de timbales fut très approximative. S’ouvrit alors un tutti nettement cuivré, puis l’orchestre, comme surexcité par la direction enlevée de Olari Elts, eut du mal à reprendre son calme, trahissant alors un léger emballement qui ne perturba en rien la cadence finale, laquelle sut emporter l’adhésion du public pour une soirée qui pourtant a mis beaucoup de temps à s’envoler.

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- La Côte Saint-André
- Château Louis XI
- 19 août 2009
- Félix Mendelssohn, (1809-1847), Le songe d’une nuit d’été, ouverture, Op. 21 ; Symphonie n°4 en La majeur « Italienne » Op. 90.
- Hector Berlioz (1803-1869), Les nuits d’été, Op. 7
- Véronique Gens, soprano
- Orchestre de Bretagne
- Olari Elts, direction.











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