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Festival Berlioz 2009 : Les inimitiés de Berlioz transcendées

samedi 12 septembre 2009 par Cyril Brun

C’est à un cours d’histoire des instruments illustré que nous a invité le Trio Turbulences, dans la petite église de Longechenal.

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Trio Turbulences
Photo Bruno Moussier pour le Festival Berlioz

Après la série des concerts « sous le balcon d’Hector » consacrés au serpent, Chloé Ghisalberti, David Guerrier et Antoine Ganaye se sont, à leur tour, ingéniés à présenter quelques autres instruments anciens que Berlioz décriait, parfois assez vertement.

Remontant sinon aux sources, du moins à l’ancêtre immédiat, David Guerrier, commença cette initiation instrumentale par le cor dit naturel. Après une brève explication des capacités et du fonctionnement de l’instrument, il illustra magnifiquement son propos avec une Mélodie pour deux cors et piano de Louis-François Dauprant, professeur de cor au Conservatoire de Paris dans la première moitié du XIXe siècle. Malgré la difficile stabilité de cet instrument, les deux cornistes surent former avec la pianiste un bel ensemble. Le son fin et doux pour le premier cor tenu par David Guerrier et le son chaleureux de basse pour Antoine Ganaye, ont constitué un bel ensemble en parfaite complémentarité sonore, au-delà de quelques relâchements du second corniste sur la fin. On le sait, jouer cet instrument demande une vraie virtuosité, une oreille sans faille et une fine maîtrise de l’air. Cela ne fit défaut ni au cor solo du National de France, ni au trombone solo de Radio-France.

Reprenant avec une grande pédagogie son parcours initiatique, David Guerrier passa au premier cor à piston pour ravir le public par trois ravissantes mélodies de Gounod. Sur une très belle ligne de piano, dynamique et qui fait avancer le discours musical, Chloé Ghisalberti ouvrit les échos et appels du cor qui se donna avec autant de douceur et de lyrisme que d’expressivité. Porté par ce souffle, le piano reprit avec la même expressivité, alors qu’il avait tendance à être plus sec et moins au diapason dans l’accompagnement. La seconde mélodie exhala un son parfait, soutenu en même temps que délicatement posé, habitant chaque note jusqu’au fond de celle-ci. Il est dommage toutefois que piano et cor n’aient pas eu toujours les mêmes rubati. La troisième mélodie fut un magnifique chant de cor, qui pourtant fut quelque peu trahi par une trop grande indépendance des instruments. Indépendance passagère puisque le finale tout en beauté fut parfaitement uni. Le Solo pour trombone et piano de Gounod qui suivit, mit en valeur le beau jeu de la pianiste. Un jeu rond et fin, qui sait être marqué quand la partition le demande. Sur l’ambiance ternaire du morceau les deux solistes formèrent un très bel ensemble, au-delà de fins de phrase relâchées. Toutefois, par rapport au jeu fluide du piano, le trombone fut plus haché et parfois peu net.

C’est un duo de Corbin avec piano que le trio a choisi pour révéler le son si particulier de l’ophicléide. Il est difficile à cet instrument d’accompagnement de ravir la vedette au cornet. Et de fait dans un ensemble impeccable, le son altier et net de David Guerrier avait de quoi faire pâlir les critiques que formula Berlioz à propos de cet insturment. Le duo pour bugle – le beuglard mal aimé du Dauphinois – et ophicléide, aurait eu peu de chance de trouver grâce auprès de Berlioz. Par delà l’aspect un peu grossier, ce fut un moment amusant et sympathique. Toutefois, il faut bien dire qu’avec l’Air varié de Klose, David Guerrier donna une autre couleur à l’ophicléide, pleine de douceur. La même dynamique de jeu l’unit à la pianiste avec des accents semblables, dont les réponses alternées tissaient la progression de la partition. Avec aisance et dextérité, David Guerrier passait d’un instrument à l’autre, d’un doigté à l’autre. Après un beau duo, trombone et piano, bien ensemble, et malgré un solo de trombone pas toujours absolument net, surtout dans les dictions rapides, vint Arban. Avec l’humour qui caractérisa toutes ses interventions savantes, David Guerrier, introduisit ce Carnaval de Venise, exercice ultime connu des trompettistes du monde entier. Une grande virtuosité qui montra, s’il était besoin, que l’ancien premier prix du concours Maurice André, n’a jamais délaissé son instrument après sa reconversion comme corniste. Un léger décalage avec l’ophicléide sur les arpèges entre les deux parties de piano fut vite oublié et ne demeura plus que cette virtuosité et cette simplicité pleine d’humour de passionnés désireux de faire connaître leur art et de le faire aimer.

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- Longechenal
- Eglise
- 26 août 2009
- Lous-François Dauprant (1781-1868), Mélodie pour deux cors et piano, op.25
- Charles Gounod (1818-1893), Trois mélodies pour piano, cor à pistons ; solo pour trombone et piano.
- A. Corbin, « Teutatés », fantaisie mystique pour cornet à piston, ophicléide et piano.
- A. Culet, Duos pour bugles à clefs et ophicléide.
- H. Klose, Air varié pour ophicléide et piano.
- E. Deransart Fantaisie variée sur la célèbre romance irlandaise « The last rose of summer » pour trombone et piano.
- J.-B. Arban, Le carnaval de Venise (arrangements)
- Trio Turbulences : Chloé Ghisalberti, piano ; Antoine Ganaye, trombone, cor naturel, ophicléide ; David Guerrier, cor naturel, cor à pistons, cornet à pistons, bugle à clefs, ophicléide.











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