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Festival Berlioz 2009 : François-Xavier Roth, une nouvelle lecture du romantisme français ?

mercredi 2 septembre 2009 par Cyril Brun
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François-Xavier Roth ; Sébastien Knauer
photo G. Gay-Perret pour le Festival Berlioz

Pour sa première au Festival Berlioz, l’Orchestre Les Siècles a fait une entrée pour le moins remarquée.

Dès les premières mesures extraites des Troyens, le ton est donné par le superbe son des violons, l’extrême et surprenante douceur des timbales. Les flûtes s’intègrent parfaitement sans heurts, comme c’est si souvent le cas pour cet instrument, les cors sont rien moins que somptueux et les trompettes magnifiques, tandis que chacun est d’une parfaite précision donnant une couleur de son à la fois particulière et d’abord intrigante… Un tel éloge pourrait paraître béatement plat sans quelques précisions. L’interprétation est résolument berliozienne. Tout est beaucoup plus saillant que ce qu’une habitude psycho-acoustique très éthérée nous sert ordinairement. Dès lors, les appels de trompette, souvent si pompeux, prennent une fraîcheur réellement légère. La grosse caisse loin d’écraser en fanfare est parfaitement dans son équilibre en rapport aux autres interventions. La chasse est une chasse et non une charge, l’orage est un orage et non un bombardement. Les violons très doux rehaussent la très belle envergure du cor. Incontestablement il y a dans cette interprétation une nouvelle fraîcheur dont on souhaite qu’elle fera école.

Le Concerto pour piano de Ravel fut certainement, musicalement, le meilleur moment de cette soirée. Les nombreuses qualités de l’orchestre purent s’y déployer pleinement, tant est riche la diversité des couleurs ravéliennes. C’est d’abord la finesse de l’équilibre à l’intérieur de l’orchestre qui s’exprime ; ainsi la très grande précision de tous les instruments autour de la percussion, dans une parfaite intégration de chacun et d’abord de la trompette au jeu très clair. Une grande finesse des traits et des accents au milieu desquels la dentelle fragile de la harpe était au parfait diapason. On avait envie de s’exclamer : « Tout est fin ! » Il n’est pas jusqu’au triangle à s’immiscer dans cette finesse. Sur la reprise du thème, le cor est si fin que pas un éclat indélicat ne vient troubler la quiétude. Le piano, d’une subtile fluidité, reprend à son tour sans éclat, dans un équilibre complice avec l’orchestre, laissant après son solo la place aux cordes dont la magnifique entrée se déploya superbement appuyée, avec à propos, par l’accord de cuivres. C’est alors au tour des pizzicati de s’imbriquer parfaitement dans les accents du piano pour conduire à un final extrêmement précis, ferme et sans bavure. L’adagio fut encore un grand moment de communion entre l’orchestre et le soliste : le premier intégrant parfaitement le jeu de Sébastien Knauer, dans un style magnifiquement legato, fait d’expressivité et de pianissimi qui même dans l’extrême de la nuance ne cessent pas d’être pleins. Une très grande discrétion de l’orchestre qui pourtant est bien toujours là, sans faille. Une maîtrise rare des pianissimi qui ne sont pas une perte du son, mais une réelle présence musicale juste au-dessus du silence. On comprend mieux dès lors pourquoi les entrées des instruments sont sans heurts, jamais frappées. La musique ne cesse jamais, ce qui est bien l’esprit de Ravel qui mettait tant de temps à choisir une note et son rapport aux autres. Le troisième mouvement n’eut pas à pâlir. Les accents pizzicati fermes et doux, ainsi que les piquées de l’orchestre épousent parfaitement le jeu du piano. Contrairement à bien des orchestres « institutionnels », on sent que les musiciens sont là pour jouer. Ils s’assument tous comme si chacun était un soliste au service des autres. Une extraordinaire précision d’une grande clarté a donné une telle unité à l’orfèvrerie de Ravel que nous fûmes conduit naturellement au final sans nous en apercevoir.

Sébastien Knauer, qui servit admirablement la partition dans une pleine harmonie et complicité avec l’orchestre fut plusieurs fois rappelé pour plusieurs bis où s’exhalèrent sa dextérité, sa finesse, sa douceur et son onctuosité, capables de passer d’un style à l’autre, sans que la douceur de l’un ne vienne perturber l’âpreté de l’autre.

Suivirent alors deux pièces moins connues du grand public, qui firent sensation. Le festin de l’Araignée d’Albert Roussel, fut d’abord précis, mais les nuances avaient moins de personnalité. L’entrée des fourmis renoua avec une grande concentration et une forte intensité tendue dans une belle course en avant. Une très grande fluidité, jamais heurtée permit un véritable envol des crescendi, jusqu’au decrescendo de harpe. L’entrée et la danse du papillon fut mise en scène par un superbe tempo de marche des basses, dans la douceur feutrée d’un pas de velours. Outre cette extraordinaire vie des pianissimi, Les Siècles se sont caractérisés ce soir par une intégration peu commune des cordes et de l’harmonie. De fait il y avait bien deux niveaux distincts, mais loin d’être indépendants, les seconds se posaient naturellement sur les premières. Ce qui sans compromettre l’unité de l’orchestre, en changea radicalement la couleur et, disons-le, c’est peut-être ce qui donna à Berlioz cette fraîcheur. Les cuivres n’avaient pas à s’imposer ni à dominer, ils devaient se poser selon leur nuance, ce qui n’empêchait pas les imbrications des deux lignes lorsqu’elles étaient nécessaires. Loin des habitudes acoustiques répandues par la génération Karajan, et qui se justifient pour nombre d’œuvres, nous sommes là devant une toute autre gestion de l’orchestre qui, sauf à nous laisser trop séduire par la nouveauté, semble juste au regard des orchestrations françaises de cette époque.

La Suite pastorale de Chabrier fut du reste traitée de la même manière, ce qui donna beaucoup de relief, à l’entrée de clarinette dans Danse villageoise. Cette mise en perspective des deux niveaux et cette plénitude des pianissimi furent toutefois encore plus nettement sensibles dans la valse. À un tel niveau de puissance des pianissimi, on comprend que François-Xavier Roth ne se laisse pas impressionner par eux et n’ait pas peur de les pousser. Encore une fois abondamment bissé, l’orchestre voulu rendre hommage à un autre grand nom français et interpréta une très enlevée Arlésienne. Mais cette fois-ci c’est l’emballement qui prévalut. La percussion hypertrophiée noya littéralement les violons pour un Bizet tenant plutôt à du Berlioz poussé à l’excès.

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- Hector Berlioz (1803-1869), Chasse royale et Orage (extraits des Troyens)
- Maurice Ravel (1875-1937), Concerto pour piano et orchestre en sol majeur.
- Albert Roussel (1869-1937), Le festin de l’araignée
- Emmanuel Chabrier (1841-1894), Suite pastorale pour orchestre
- Sébastien Knauer, piano
- Orchestre Les Siècles
- François-Xavier Roth, direction.











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