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Festival Berlioz 2009 : Et le Verbe s’est fait chair à La Côte Saint-André

dimanche 20 septembre 2009 par Cyril Brun
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Choeur Britten
DR

Le Festival Berlioz s’est offert ce vendredi une pause spirituelle. Sous le vitrail de l’église Saint-André, représentant la Fuite en Égypte et le repos de la Sainte Famille, de Berlioz, le Chœur Britten invita le public à une méditation en deux temps.

La Kirschenmusik de Mendelssohn déclina son Venite Domine, Laudate Pueri et Surrexit Pastor d’une façon toutefois peu convaincante. Certes Mendelssohn, l’homme de la Mattheus Passion, avait une écriture très classique et maniait des formes ressuscitées du baroque, mais il n’en était pas moins un compositeur de son temps, et cette double tension le caractérise peut-être autant que son sens de la vocation évangélisatrice de la musique. On cherchait en vain dans l’interprétation de Nicole Corti un choix clair. Ni tranchés, ni même unis, ces deux pôles d’interprétation se sont passé le relais assez platement, ruinant ainsi la force dramatique et la linéarité du propos musical, réduisant chaque partie à tourner sur elle-même, sans réel relief. Le Venite donna le ton avec des fins de phrase écourtées, des reprises d’airs trop audibles et fréquentes. Les aigus de la soliste se sont également révélés bien difficiles. Même si le style ne nous paraissait pas adapté, il y eut de beaux lyrismes soutenus par une belle harmonie. Le Laudate connut la même indélicatesse d’aigu des sopranos, particulièrement sur une suite d’attaques approximatives, ce qui occasionna un quasi constant frottement des accords. Le terzetto fut d’une justesse toujours aussi peu sûre, au diapason des reprises du chœur en appogiature et des cadences très approximatives. Les notes attaquées par le bas se rééquilibraient par le haut. L’Alleluia fut très rectiligne malgré la progression des nuances, dans un genre baroque très policé. Le Surrexit fut rehaussé par la belle entrée des voix basses, suivie malheureusement d’un chœur emballé et de ce fait peu net, avec des vocalises très différentes d’un pupitre à l’autre.

En revanche, Le miroir de Jésus fut de toute beauté. Quoique datée et d’une théologie plus affective qu’orthodoxe, cette méditation du rosaire saisit le public et lui procura incontestablement un grand moment de prière, si l’on en juge par la qualité d’attention. Public ou fidèle ? On ne savait plus vraiment tant celui-ci respirait à l’unisson du drame qui se déroulait devant lui. Des moments joyeux et heureux de la vie du Christ à la gloire de sa résurrection, en passant par la dissonante douleur de sa passion, le Quatuor Debussy accompagna avec une perfection absolue Françoise Masset, récitante, partie prenante de l’histoire sacrée. Y eut-il une seule mesure qui ne fut un instant de beauté et d’élévation de l’âme ? Non, ou alors la grâce l’a transcendée. Une unité extraordinaire pour une écriture pourtant fort distincte faisait de la harpe une éclosion de la profondeur des basses dans une très grande fraîcheur, disposant admirablement l’âme à la joie des premiers mystères. Un subtil ensemble des traits d’archets donnant un incroyable relief aux accents, suivi d’une superbe déclinaison du thème, de cordes en cordes, puis à l’unisson. L’énoncé de l’Annonciation pécha toutefois encore sur les fins de phrase relâchées du chœur. La soliste légèrement couverte par la belle reprise du chœur fut d’une clarté et d’une expressivité admirable quoique affectée. Elle semblait, il faut bien le dire, parfois étrangère à son texte, à tel point que, pour mieux profiter du chant, il était préférable de fermer les yeux. La Visitation s’exprima en une magnifique descente de cordes. Les palpitations du nouveau-né étaient sensibles dans celle du violoncelle, alors que la confiance en Dieu s’exprimait avec force dans un magnifique crescendo. La Présentation, comme l’ensemble de l’interprétation, fut d’un excellent équilibre entre musiciens et avec la soliste, laissant percevoir la superbe intervention de l’altiste au son magnifique, qu’épousaient à merveille les basses. Des basses d’une grande profondeur sur le Recouvrement. Unies à la harpe, celles-ci semblaient naître du violon.

D’un tout autre style, la Passion fut admirablement douloureuse. La profonde unité sonore du quatuor, même traits d’archets, même finesse d’un seul homme, n’était là que pour renforcer la très belle intensité dramatique jusqu’à la somptueuse conclusion de l’introduction. Comme souvent, cette partie dramatique fut la plus intense, comme si elle était la mieux vécue. Françoise Masset toucha presque au vérisme dans sa douleur. Il n’y avait plus rien à dire, plus rien à écrire, mais juste à écouter, à vivre soi-même uni à cette douleur, saisissant toutefois au vol cette lueur d’espérance de la crucifixion. Instant inopiné, mais qui pourtant rehaussa cette interprétation, l’accordage de la harpe à ce moment donna une ambiance séraphique de nimbes, qui sembla déboucher tout naturellement sur la féérique ouverture des mystères glorieux. Après s’être uni aux souffrances de la Croix et de la mort, le public ne pouvait que frissonner à l’annonce de la Résurrection, tant le contraste de l’intensité dramatique était impressionnant. La Pentecôte rendit presque visible les langues de feu exulter en un feu d’artifice. Une Histoire Sainte comptée avec brio et puissance qui ne laissa pas indifférent un public presque physiquement saisi.

Le Fine Arts Quartet se produira au Festival Musicalta de Rouffach le 23 juillet 2010.

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- La Côte Saint-André
- Eglise
- 28 août 2009
- Félix Mendelssohn (1809-1847), Kirschenmusik op.39
- Fine Arts Quartet.
- André Caplet (1878-1925), Le miroir du Christ.
- Françoise Masset, mezzo-soprano
- Nicolas Buchet, orgue
- Christophe Truant, harpe
- Quatuor Debussy
- Chœur Britten
- Nicole Corti, direction






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