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Festival Berlioz 2009 : Ciné-concert, une nouvelle expérience Carpe Diem.

mardi 25 août 2009 par Cyril Brun
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Photo Bruno Moussier pour le Festival Berlioz

Fidèle à sa vocation d’explorer le répertoire romantique pour en livrer les transcriptions les plus adaptées, et après la sortie de son CD Carpe Diem, Orchestre Russe, l’ensemble Carpe Diem se lance dans une nouvelle expérience. On connaît le ciné-concert qui se développe de plus en plus, au cours duquel l’orchestre vient exécuter en direct la musique du film projeté. Jean-Pierre Arnaud explore ici une voie un peu différente, mais qui mérite qu’on s’y arrête.

Autour du Macbeth de Verdi, le chef et réputé transcripteur cherche à mettre en perspective l’image et le son. L’orchestre n’est pas simplement au service de l’image, mais en véritable protagoniste, comme à l’opéra, il dialogue avec elle. Si l’idée est séduisante et peut sans doute permettre un renouvellement, ou donner un nouveau souffle à la musique classique, la production, en première, de La Côte Saint-André demande encore beaucoup de travail de réalisation et d’équilibrage. La disposition scénique semble convenir à l’idée de dialogue égal. L’orchestre est sur scène totalement éclairé et l’écran au dessus. Toutefois cette disposition bipolaire de l’espace vertical favorisa ce qui nous semble avoir été le grand déséquilibre de cette première, à savoir une rivalité entre les deux scènes. En effet, au lieu de dialoguer, de se compléter, les deux arts se sont faits concurrence. Il était difficile de suivre l’un et l’autre, d’autant que le texte italien chanté ne correspondait pas au texte anglais, sous-titré en français. De fait, il fallait constamment faire des choix : renoncer à l’image pour suivre la musique, reléguer celle-ci au rang de musique de fond pour suivre l’histoire. On ne pouvait pas non plus simplifier la musique en musique d’ambiance, car celle-ci ne reflétait pas toujours l’atmosphère du film d’Orson Wells. Bref, l’idée est très certainement riche d’avenir, mais elle demande encore une vraie réalisation plastique et cinématographique, à confier peut-être à un cinéaste metteur en scène et mélomane.

Du point de vue strictement musical, la transcription de Jean-Pierre Arnaud rend parfaitement bien la partition de Verdi, mieux que celle qu’il avait réalisée il y quelques années du Tristan und Isolde de Wagner. Mais il est vrai que le lieu plus intime se prête sans doute davantage à la configuration de Carpe Diem que l’immense scène extérieure du château Louis XI. Les musiciens savent être précis sur les traits de violon, malgré des syncopes lourdes. La douceur des contrebasses remplissait pleinement son effet chaleureux pour compenser la masse orchestrale d’un grand ensemble. Le chœur et l’orchestre se sont toutefois souvent trouvés décalés sur leurs fins de phrase, de styles trop différents et de ce fait peu nettes. La chaleur aidant sans doute, les bois ne furent pas toujours justes. Sous le chant de la soprano, l’accompagnement n’était pas ensemble et les croches des cors n’étaient pas avec les contrebasses ; même problème de justesse du violon, notamment sur ses attaques. La beauté des cordes basses ne compensa pas le manque d’unité de l’ensemble.

Lady Macbeth aurait sans doute plu à Verdi, mais il n’est pas certain que ce soit là un compliment. Pour ce rôle incarnant le mal, le compositeur souhaitait une chanteuse à la voix laide, qui n’incarne pas le beau. Christine Schweitzer a-t-elle poussé un peu trop le désir verdien ou n’était-elle pas à la hauteur du rôle ? La réponse nous sera donnée lors d’Otello dans quelques jours, en espérant qu’elle mette plus de jeu et de vérité dans son expression. Le fait est que ses aigus étaient plus que difficiles. Elle ne fut cependant pas seule à connaître des problèmes de justesse. Outre ce que nous avons déjà signalé, l’orchestre sur la cadence finale, après la mort de Banco, posa une dominante criante de fausseté. Les attaques très approximatives et les fins de note vite relâchées ont pâti du même défaut de justesse. En revanche, le quatuor vocal fut assurément le meilleur de cette matinée, malgré un défaut encore sur les fins de phrase. Bien sûr, le risque était évident au vu de ce que nous venons de dire, le quatuor et l’orchestre trop distincts dans l’interprétation avaient tendance à se courir après. En fin de compte, une expérience à suivre, mais qui demande encore beaucoup de travail.

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- La Côte Saint-André
- Cinéma Le Club
- 19 août 2009.
- Jean-Pierre Arnaud, Macbeth, ciné-concert pour soprano, chœur de femmes et orchestre, extraits et transcription à partir des Macbeth de Giuseppe Verdi, Orson Wells et William Shakespeare.
- Christine Schweitzer, Lady Macbeth.
- Anne-Emmanuelle Davy, Laure Dugué, Delphine Lambert, Thi-lien Truong, chœur des sorcières.
- Eric Descouts, montage vidéo.
- Alain Roy, création lumière
- Jean-Bertrand Dubois, direction artistique et montage vidéo
- Marine Perez, orchestration
- Ensemble Carpe Diem
- Jean-Pierre Arnaud, Direction artistique, orchestration, direction musicale.






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