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Festival Berlioz 2009 : Berlioz retrouvé !

dimanche 27 septembre 2009 par Cyril Brun

Décidément, quelque chose a changé au Festival Berlioz. En disant cela il ne s’agit en rien de dénigrer les années de travail antérieures, puisque précisément ce sont certainement elles qui ont permis à Bruno Messina et à son équipe de franchir une nouvelle étape. Certes, de nouveaux noms sont apparus dans la programmation, de nouvelles formes artistiques, comme le cinéma, ont fait leur entrée, mais cela n’eut été qu’une simple diversification, comme il en existe dans toutes les nouvelles programmations. Non, quelque chose de vraiment nouveau est nettement perceptible.

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Photo Bruno Moussier
pour le Festival Berlioz

Le Festival Berlioz ne se contente désormais plus de programmer du Berlioz, il cherche à devenir un lieu de référence berliozien. Exceptés quelques vieux de la vieille qui en sont restés à une interprétation très lisse et massive d’un Berlioz incompris, la plupart des interprètes ont incontestablement cherché à renouveler, à dépoussiérer Berlioz. Que ce soit en renouvelant l’interprétation, en mettant en valeur les influences ou la postérité de l’homme et de son œuvre, en tentant de dévoiler son intimité, presque toutes les programmations ont eu ce souci de participer à ce qui pourrait être désormais comparé à une vaste université d’été à ciel ouvert, où spécialistes et amateurs se retrouvent dans une ambiance familiale de passionnés. Très vite du reste ceux qui ne partageaient pas cette fièvre nouvelle semblaient obsolètes. Mêmes vieux invités, ils paraissaient étrangers. Et le public ne s’y est pas trompé. Du reste on peut faire illusion, mais jamais on ne trompe le public. Les applaudissements si chaleureux et polis chaque soir, n’étaient pas nourris de la même façon selon l’implication des interprètes. Indéniablement Berlioz était le centre, le pôle de convergence en même temps que de rayonnement de tous ceux qui sont passés cette année à La Côte Saint-André.

Dans cet investissement, la palme revient peut être à François-Xavier Roth et à son ensemble Les siècles. Deux concerts exceptionnels bouleversant les habitudes lénifiées du public ont imprimé une forte marque. Par une Symphonie fantastique inédite (cloches d’église à l’appui) que les plus grands berlioziens présents ont ovationnée, François-Xavier Roth a présenté, courageusement un autre Berlioz au public, disons-le quelque peu perturbé dans ses habitudes. Déjà, ici même, il y a trois ans, Laurent Campelone avait poussé les saillies relativement loin, mais sans se départir d’une pâte homogène unifiante et finalement rassurante. Ce soir toute la folie de l’artiste épris d’opium transparaissait avec une vérité et une force incroyables. Un Berlioz d’une extraordinaire modernité. Avec cette interprétation on comprend bien mieux les réticences des ténors d’alors, à éditer sa musique. Tous les traits saillants, les aspérités dans leurs rugosité et pourtant leur grande musicalité, prenaient un relief qu’on ne leur connaissait pas. Même si la symphonie mit un peu de temps à démarrer – encore qu’il s’agisse peut être là du nécessaire délai d’adaptation à la nouveauté – , elle campa immédiatement le décor dramatique. Avec beaucoup de respiration, les musiciens prenaient le temps de poser les notes, de les jouer. Ne revenons pas sur la qualité des musiciens dont nous avons déjà fait l’éloge au cours de ce festival, afin de laisser la vedette à cet effort, redisons-le courageux, en présence d’un public amateur, voir très spécialisé, de renouveau de l’esprit de Berlioz.

Renouveau ou renaissance ? Le fait est que cette Fantastique, enchaînée par sa suite Lélio, pris des accents nouveaux et surtout une clarté nouvelle. L’usage des cuivres prenait une autre consistance. Combien de fois avons-nous entendu parler des cuivres bruyants de Berlioz – ou de Beethoven du reste – , sans se demander leur réelle fonction et ainsi mieux interpréter les accents et leur rapport aux nuances ? Après une telle interprétation, comment peut-on encore entendre François-René Tranchefort dire : « Lélio ne s’impose à l’attention que de l’amateur de curiosité ». Seul bémol, le rôle peu convaincu et peu convaincant de Charles Berling qui, toutefois, ne ternit en rien l’éclat de cette soirée si emblématique du nouveau visage du festival et si prometteur pour l’avenir. En revanche, Vincent Deliau et Pascal Bourgeois mirent beaucoup de talent à faire vivre leurs rôles, remarquablement repris par le chœur, pour un jeu et un équilibre parfaitement au diapason de l’orchestre.

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- La Côte Saint-André
- Château Louis XI
- 30 août 2009
- Hector Berlioz (1803-1869), Symphonie Fantastique, op.14 ; Lelio ou le retour à la vie, op. 14b
- Pascal Bourgeois, ténor ; Vincent Deliau, baryton ; Charles Berling, récitant
- Chœurs de Lyon-Bernard Tétu. Marie-Laure Teissèdre, chef de chœur.
- Orchestre Les siècles
- François-Xavier Roth, direction.






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