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Festival Berlioz 2009 : Alberic triomphe chez Hector

jeudi 27 août 2009 par Cyril Brun
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Jean-Yves Ossonce ; Orchestre Symphonique Région Centre-Tours
Photo Bruno Moussier pour le Festival Berlioz

Dans le souci de soutenir les orchestres français en ce temps de rigueur, Bruno Messina, le directeur a choisi cette année de leur donner une place plus importante au Festival Berlioz. Après l’Orchestre de Bretagne et avant l’Orchestre National de Lyon ou les Musiciens du Louvre, ce fut donc au tour de l’Orchestre Symphonique Région Centre-Tours d’honorer Berlioz, ouvrant ce concert centré sur Harold en Italie, par le Freischütz de Weber.

L’ouverture du Freischütz marqua un tournant dans ce genre musical et imprima sa marqua dans de nombreux esprits romantiques, parmi lesquels Schumann, Mendelssohn – encore davantage – et Berlioz. Elle fut toutefois interprétée ce soir sans grande conviction. Sous la partie de clarinette, les soufflets sont très secs et quelques changements de thèmes sont approximatifs. Les cuivres en revanche tiennent parfaitement leur place dans un très bon équilibre, malgré des trombones trop lourds, surtout sur le retour du thème. Le finale du second thème est trop louré, manque de fermeté et d’accent. Mais disons que même si ce style ne paraît pas être le plus adapté à l’œuvre, il est dans sa facture très bien équilibré. Les notes du finale prises individuellement sont toutefois peu toniques.

C’est un peu le grief que l’on peut encore formuler pour Harold aux montagnes. Le motif des cordes basses manque de mordant. Certes tout le monde se plaît à souligner la différence entre Harold et la Fantastique, mais cela signifie-t-il de gommer la couleur propre à Berlioz ? Le jeu poussif des cordes basses à cet endroit semble tout de même aller à l’encontre de toute la nouveauté de l’œuvre du Dauphinois. Travers encore plus saillant pour l’entrée des cuivres, tandis que la harpe semble plaquée artificiellement sur l’alto, tout comme la clarinette. Alors que cette symphonie fait de l’altiste un membre éminent de l’orchestre, dans cette première partie on peine à entrevoir ce lien, du fait des nombreux manques d’unité entre le soliste et l’orchestre. Cela n’empêche pas un bon jeu de chacun. À la grande douceur de Philip Duke répond un magnifique tapis de cordes basses dans lequel l’harmonie vient parfaitement se tisser. Les crescendi magnifiques sont sans enflure, donnant l’occasion aux cuivres de s’exprimer sans outrance dans le finale. La Marche des pèlerins est plus hachée dans ses parties lentes ; certaines langueurs convenaient mal et contrastaient avec la grande douceur expressive de l’alto et des pizzicati de contrebasses. Mais ce fut, au-delà de cela, une superbe marche bien balancée, amenant le finale dans un écrin de douceur par une tension bien maintenue jusqu’à son terme. La Sérénade mit à l’honneur un excellent hautbois, quelque peu contrarié cependant par un soutien un peu lourd de l’accompagnement, trop en dehors du dialogue des autres instruments. À la beauté du hautbois répondit celle de l’alto, qui donna beaucoup de vie au finale. L’Orgie des brigands fut moins vivante quoique plus tonique. Les ruptures créèrent des silences et non des attentes tandis que le ritenuto eut du mal à se faire, au point que la suite eut également du mal à se caler jusqu’au tutti fortissimo qui mit en exergue un excellent pupitre de cuivres très « berliozien », mal repris toutefois par des bois qui n’épousèrent pas exactement le style des cuivres. Mais le finale fut grandiose amené par un crescendo absolument à propos.

Ce fut Magnard qui enthousiasma le public et il y eut de quoi. Si les changements de thèmes du premier mouvement furent délicats parfois, ils ne ternirent en rien la très haute tenue de cette seconde partie. Les soufflets magnifiques étaient porteurs de vie dans le dynamisme même des nuances. L’orchestre a révélé ici sa parfaite intégration, donnant à chaque pupitre sa juste place au service d’un équilibre sans faille, à l’image de l’excellente présence des cuivres. Le deuxième mouvement, fait de grande précision, fut servi par la très grande fermeté de tous les pupitres, dans un ensemble remarquable. Les enchaînements s’améliorèrent et la progression se fit sans heurt, malgré un difficile enchâssement des cordes et de l’harmonie sur le passage plus doux, ainsi que sur la retombée du soufflet qui précède la remontée harmonique, conclue par des flûtes quelque peu poussives. Malheureusement, les violons furent lourds et tendirent à tirer vers le bas la tension déjà perturbée par des enchaînements sans logique. Notons cependant que repris en bis ce mouvement fut au contraire absolument impeccable et d’une grande lisibilité et fluidité dans le discours musical. Le finale fut rien moins que superbe avec de très belles nuances, de magnifiques soufflets, d’excellentes trompettes. Beaucoup de vie et d’âme insufflant une incroyable présence dans le jeu dramatique porteur d’optimisme pour un finale tout en beauté et en douceur. Albéric Magnard si peu connu du grand public, et pourtant porteur d’une musique si proche de celle de nombreux compositeurs de musique de film d’aujourd’hui, fit un triomphe au pays de Berlioz. Pas moins de dix rappels – sans toutefois assurer la rigueur du comptage ! – forçant le chef à un bis, à la grande joie des musiciens et du public.

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- La Côte Saint-André
- Château Louis XI
- 21 août 2009
- Carl Maria von Weber (1786-1826), Der Freischütz, ouverture.
- Hector Berlioz (1803-1869), Harold en Italie, op. 16.
- Albéric Magnard (1865-1914), Symphonie n° 4 en ut dièse mineur, op. 21.
- Philip Duke, alto
- Orchestre Symphonique Région Centre-Tours
- Jean-Yves Ossonce, direction.











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