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Féerique Cendrillon à l’Opéra Comique

mardi 8 mars 2011 par Karine Boulanger
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© Elisabeth Carecchio

Depuis le nouveau mandat de Jérôme Deschamps à la tête de l’Opéra Comique, la salle Favart renoue avec son histoire et son répertoire. Le choix de la Cendrillon de Massenet, après les œuvres de Chabrier, d’Hérold, de Messager, mais aussi de Bizet et de Debussy dont les partitions appartiennent depuis longtemps au répertoire de toutes les grandes maisons d’opéra, s’inscrit complètement dans cette nouvelle politique.

Le projet de Cendrillon, « conte de fées en quatre actes », est issu de la collaboration de Massenet et Henri Cain et la partition était prête dès 1896. Pourtant, devant la nécessité de représenter d’abord Sapho, il fallut attendre trois ans pour que l’œuvre soit enfin montée avec des soins particuliers par Albert Carré. Le 24 mai 1899, Cendrillon obtenait un beau succès, confirmé par plus de cinquante représentations la même année. L’œuvre a cependant disparu assez rapidement du répertoire mais a connu un regain d’intérêt à la fin des années 1970 et au début des années 1980 à la suite d’un enregistrement de CBS [1] et de productions conçues autour de Frederica von Stade.

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© Elisabeth Carecchio

Pour le retour de Cendrillon sur les lieux de sa création, l’Opéra Comique a choisi d’inscrire la production dans un contexte esthétique et technique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. La production de Benjamin Lazar regorge ainsi de détails et de clins d’œil plus ou moins appuyés à l’enregistrement sur cylindres, au cinéma (projections du bal, acte II), aux Ballets russes (costumes de la Fée et des esprits, danseurs, acte I), aux spectacles oniriques de Loïe Fuller (feux follets, acte III), tandis que l’électricité est aussi mise à contribution pour la robe scintillante de l’héroïne au bal de l’acte II ou encore pour le chêne recevant les serments des amants à l’acte III. Le parti de rendre apparentes les coulisses du théâtre et de mettre en scène machinistes et régisseurs rappelle aussi le choix de Laurent Pelly pour le Roi malgré lui, présenté sur cette scène en 2009.

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© Elisabeth Carecchio

L’ensemble est mené tambour battant par Marc Minkowski à la tête des Musiciens du Louvre, après une ouverture trépidante. Le chef, qui retrouve la partition après l’avoir dirigée à l’Opéra des Flandres en 1998, rend lisibles les multiples références de cette partition charmante et gaie, dans la lignée de Manon, en accentuant les contrastes (pompe et faste du début de l’acte IV, tranchant avec la mélancolie de la fin de l’acte III, par exemple). On y retrouve quelques feux d’artifices vocaux (airs de la Fée, acte I et acte III, air du prince charmant) et un lyrisme qui constitue l’une des caractéristiques de Massenet (duos du prince et de Cendrillon, actes II et III), ciselant les airs et les duos avec une économie de moyens confondante. L’œuvre comporte plusieurs clins d’œil à Wagner (quelques mesures évoquant Tristan pour l’entrée en scène du prince, acte II), mais aussi Weber et le XVIIIe siècle français.

La distribution était homogène et particulièrement soignée. Pour le rôle-titre, Marc Minkowski et la direction de la salle Favart ont fait le choix de l’alternance de deux artistes aux voix très différentes : l’une plus légère (Judith Gauthier à qui la première a été confiée) et l’autre plus corsée (Blandine Staskiewicz). Judith Gauthier dispose d’une voix un peu petite mais bien conduite, passant l’orchestre sans problème, avec des aigus lumineux mais parfois un peu stridents. Cette fragilité sied bien à Cendrillon à laquelle la chanteuse prête une naïveté charmante (« Reste au foyer, petit grillon », acte I, ou encore l’émouvant « Seule je partirai, mon père », acte III).

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© Elisabeth Carecchio

Dans le rôle du prince charmant, Michèle Losier fait valoir un beau mezzo, homogène sur toute la tessiture, doté d’une belle extension dans l’aigu (« Je viens à vous, puissante reine », acte III) et aux vocalises aisées. La chanteuse traduit parfaitement la nostalgie presque maladive du personnage (« Allez, laissez-moi seul », acte II) ainsi que sa passion naissante à l’égard de Cendrillon (superbe duo de l’acte III).

Laurent Alvaro avait la difficile tâche de reprendre le rôle de Pandolphe, père de Cendrillon, après la défection de Franck Leguérinel initialement prévu. L’artiste s’est montré à la hauteur de l’enjeu avec une voix ample, au timbre chaleureux, à laquelle ne manque peut-être qu’un peu de legato (« Plaignez-moi ! », acte I). Laurent Alvaro esquisse ainsi un personnage attachant de père aimant (très beau duo avec Cendrillon, acte III), mais faible, incapable de secouer le joug de sa maîtresse femme.

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© Elisabeth Carecchio

Ewa Podles, trop rare sur les scènes parisiennes, se distingue par son irrésistible vis comica, entourée de ses deux filles horripilantes et ridicules (Aurélia Legay, Noémie et Salomé Haller, Dorothée). La contralto est désopilante dans sa grande tirade de l’acte III, ponctuée des « Ah ! Maman ! Que vous parlez bien ! » de ses deux pimbêches de filles.
Dans le rôle de la marraine de Cendrillon, la Fée, Eglise Gutiérrez semble plus à la peine, aux prises avec une voix trop lourde, manquant de délié pour assurer parfaitement les vocalises aériennes de son entrée (acte I) ainsi que celles de l’acte III et avec une diction peu claire.
Les plus petits rôles étaient tous parfaitement tenus et les chœurs irréprochables.

Plus d’un siècle après sa création triomphale à l’Opéra Comique, Cendrillon fait donc un retour réussi et remarqué ; espérons qu’il marquera la rentrée de ce petit bijou au répertoire.

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- Paris
- Opéra Comique
- 05 mars 2011
- Jules Massenet (1842-1912), Cendrillon, conte de fées en 4 actes, livret de Henri Cain d’après Charles Perrault
- Mise en scène, Benjamin Lazar avec la collaboration de Louise Moaty ; costumes, Alain Blanchot ; lumières, Christophe Naillet ; effets spéciaux, Thierry Collet ; scénographie, Adeline Caron ; Chorégraphie, Cécile Roussat et Julien Lubeck
- Cendrillon, Judith Gauhier ; le prince charmant, Michèle Losier ; la fée, Eglise Gutiérrez ; Madame de la Haltière, Ewa Podlés ; Pandolfe, Laurent Alvaro ; Noémie, Aurélia Legay ; Dorothée, Salomé Haller ; le roi, Laurent Herbaut ; le doyen de la faculté, Vincent de Rooster ; le Surintendant des plaisirs, Julien Neyer ; le Premier ministre, Paul-Henri Vila ; six esprits, Elizabeth Calleo, Sylvaine Davené, Leila Zlassi, Claire Delgado-Boge, Caroline Champy Tursun, Sophie Van de Woestyne
- Chœur et orchestre des Musiciens du Louvre-Grenoble
- Marc Minkowski, direction

[1avec F. von Stade, N. Gedda, J. Berbié et J. Bastin, sous la direction de J. Rudel en 1977






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