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Faust à Toulon

mardi 22 novembre 2011 par Cyril Brun
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©Frédéric Stéphan

Faust est en soi toute une histoire, on le sait ! Le Dr Johanne Faust est un personnage réel du XVIe siècle (1480- 1540), dont on ne sait pas grand-chose. Il est toutefois devenu l’image archétypale du savant ayant vendu son âme au diable pour pénétrer les secrets de la nature et jouir des plaisirs interdits. Ce sera d’une manière ou d’une autre la trame de tous les « Faust » quel qu’en soit leur titre (Méphistophélès, La damnation de Faust, Faust et Marguerite, Faust Symphonie…), car ce brave docteur inspira bien des artistes. Mais la source d’inspiration des compositeurs du XIX e siècle fut l’œuvre de Goethe, que ce soit dans sa première ou dans sa seconde version, moins tragique. On ne peut échapper à la mise en abyme d’au moins trois œuvres : celle de Goethe, celle de Gounod et celle de Berlioz. D’autant que Méphistophélès semble avoir élu domicile sur les bords de la Méditerranée. Trois œuvres immenses, qui connurent toutes trois un formidable succès, même si depuis quelques années, ce succès semble pâlir un peu.

L’œuvre de Gounod est résolument un opéra. Si l’orchestre est central chez Berlioz, les airs sont importants chez Gounod et cet opéra regorge d’airs célèbres qui malheureusement furent presque tous maltraités. Il nous plonge certes dans un univers mythique et surnaturel d’abord, puis mythologique au final, mais il s’inscrit dans le plus ordinaire quotidien des hommes. Une kermesse, des soldats qui partent et reviennent de la guerre, une vie de famille.

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©Frédéric Stéphan

En fait Faust, Marguerite et Méphistophélès, représentent dramatiquement trois faces de l’être humain. Trois faces peu glorieuses, ou fragiles auxquelles il ne faudrait pas oublier d’ajouter, celle bien pâle du jeune Valentin, représentant tout de même l’honneur. En quelque sorte le chevalier blanc qui sommeille en nous, mais qui se trouve être le plus fragile et le plus absent, en même temps que le plus superficiel.

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©Frédéric Stéphan

À dire vrai on cherchait vainement tout cela dans la mise en scène assez fade de Paul-Émile Fourny. Un choix de jeux de lumière très froid, blafard même, a placé irrémédiablement le spectateur dans l’ambiance infernale de Méphistophélès. L’ensemble de la mise en scène, assez classique, relevait plus d’une succession de tableaux que d’une véritable dynamique de scène, alors même que l’œuvre est par excellence scénique. Les ballets, sans grande unité, se voulaient résolument déconstruits, et ont pu décevoir un public habitué à trouver une grande qualité en la matière sur les planches toulonnaises. De leur côté les voix d’hommes n’étaient pas à la hauteur de rôles requérant une présence et une prestance physique qu’aucun des trois solistes n’a réellement tenu vocalement. En revanche le jeu d’acteurs était fort agréable et réaliste, mais ne compensait pas un Faust poussif dans les aigus, un Méphistophélès à la voix tremblante. Les voix manquaient entre elles d’équilibre et n’ont jamais réussi à s’épouser. Le duo Faust-Méphistophélès était véritablement cacophonique et crié. « Avant de quitter » fut lui-même lourd poussif et dans un fond de gorge désagréable. Si le roi de Thulé fut un peu sec, Marguerite et Siebel servirent, et de loin, les plus belles pièces. La voix parfaitement claire et juste de Blandine Staskiewicz, fut un grand moment de grâce et de paix, qui fit pâlir encore davantage les interventions masculines.

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©Frédéric Stéphan

Les chœurs d’hommes avaient, eux-aussi, du mal à monter dans les aigus. Les problèmes de diction, notamment des basses, n’aidèrent pas non plus à l’unité du chœur. Outre Marguerite et Siebel, ce fut l’orchestre qui permit de tenir l’unité d’un opéra qui aurait bien pu paraître fort long sans lui. Une véritable présence musicale, une grande épaisseur sonore tout à fait à propos, malgré quelques excès pompeux lors des marches. Mais peut-être était-ce un choix d’interprétation qui en tout cas su plaire au public, peut-être déçu par ailleurs, car généralement habitué à une scène de grande qualité. D’ailleurs, si les applaudissements furent chaleureux, il n’y eut pas de rappel.

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- Toulon
- Opéra
- 11 octobre 2011
- Charles Gounod (1818-1893) Faust, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré
- Mise en scène, Paul-Émile Fourny ; Chef de chœur, Christophe Bernollin ; Réalisation de la mise en scène, Ruxandra Hagiu ; Chorégraphie, Erik Margouet ; Décors, Poppi Ranchetti ; Costumes, Véronique Bellone ; Lumières, Jacques Chatelet
- Faust, Sébastien Guèze ; Marguerite, Nathalie Manfrino ; Siébel, Blandine Staskiewicz ; Marthe, Sophie Pondjiclis ; Méphisto, Askar Abdrazakov ; Valentin, Franco Pomponi ; Wagner, Marc Labonnette
- Orchestre, chœur et ballet de l’Opéra de Toulon
- Anthony Hermus, direction











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