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Faust-Symphonie à Lille

lundi 10 mai 2010 par Richard Letawe
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Paul Mann
DR

Très belle affluence ce soir au Nouveau Siècle pour ce concert de l’Orchestre National de Lille qui couplait la Symphonie n°95 de Haydn à la monumentale Faust-Symphonie de Franz Liszt. Pour cause de perturbation aérienne, c’est Paul Mann, qui a déjà dirigé l’ONL plusieurs fois, notamment dans la Symphonie n°11 de Chostakovitch, qui remplace un autre habitué de l’orchestre Paul Polivnik, qui avait crée en 2006 avec l’ONL et les frères Capuçon Miroirs d’ombres, le double concerto de Thierry Escaich.

La Symphonie n°95 de Haydn restera un bon souvenir, malgré un début peu convaincant. En effet, le premier mouvement, s’il est élégant, assez finement articulé et bien rythmé, manque cruellement d’allant, de mordant et de continuité, au point qu’il apparaît bien anodin. Il y a pourtant dans cette musique, en écho au « sturm und drang » du Haydn quadragénaire, une rage et une détermination qui sont totalement évacuées par une lecture bien trop lisse. La suite fait heureusement honneur à l’œuvre, avec un Andante cantabile grâcieux, harmonieusement respiré, d’une netteté de trait tout à fait admirable. On poursuit avec un menuet solide, à la rythmique précise, interrompu par un émouvant trio où le violoncelliste solo Valentin Arcu se distingue par sa finesse et sa sobriété, malgré une sonorité manquant légèrement de puissance et de rondeur. Les cordes patinent quelque peu au début du finale, mais celui-ci conclut tout de même avec beaucoup de vigueur une version très décente et plutôt subtile de cette délicate symphonie.

En deuxième partie, un morceau plus conséquent, l’un des événements de la saison lilloise, la Faust-Symphonie, que nous aurons donc eu, après la version du Cleveland Orchestra à Luxembourg, le rare plaisir de commenter à deux reprises en une saison, et cette fois avec en plus la joie d’y entendre le ténor et le chœur d’hommes.

La version proposée par Paul Mann et l’ONL est d’un niveau très honorable, cohérente, bien menée et bien détaillée. Il faut du souffle pour tenir le long premier mouvement, ce dont le chef ne manque pas, qui empoigne la partition avec beaucoup d’allant, et se lance à corps perdus dans la bataille. Paul Mann communique sa fougue à un orchestre galvanisé, même si tout ne va pas toujours de soi : on note par exemple quelques passages de transition à la mise en place est perfectible, comme le début du quatrième thème, où les vents sont assez confus, ou bien l’énoncé du thème grandioso, assez déséquilibré, et conduit sèchement par le chef. Malgré ces petits accrocs, ce premier mouvement est quand même très satisfaisant, porté par une énergie et une détermination très réjouissantes.

Le deuxième mouvement « Gretchen », n’a pas la même évidence, et s’avère en définitive assez longuet : Paul Mann s’y montre un peu nerveux et agité, et n’atteint pas la profondeur et la délicatesse nécessaires pour en rendre le caractère à la fois candide et passionné. Le mouvement final « Mephistopheles » est au-dessus de tout soupçon : abordant cette page dans un esprit proche de la Symphonie fantastique, n’hésitant pas à souligner ses accents les plus grinçants, la direction engagée de Paul Mann y fait merveille, et l’orchestre y fait preuve d’une endurance et d’un brio qui forcent l’admiration, et qui compensent largement quelques faiblesses individuelles, emportées par un élan collectif impressionnant. A part un aigu vacillant, le ténor Jean-François Borras assure sa partie efficacement, de même que le chœur, assez ferme et homogène.

En conclusion, un concert d’un excellent niveau malgré le changement de chef, et un bel hommage à Liszt, dont on fêtera le deux centième anniversaire en 2011. L’ONL programmera d’ailleurs la Dante-Symphonie la saison prochaine, une date à retenir : ce sera le 17 février.

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- Lille
- Nouveau Siècle
- 23 avril 2010
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n°95 en ut mineur
- Franz Liszt (1811-1886), Eine Faust-Symphonie
- Jean-François Borras, ténor
- Chœur Régional Nord-Pas de Calais. Erci Deltour, chef de choeur
- Orchestre National de Lille
- Paul Mann, direction






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