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Extraordinaire Hippolyte et Aricie au Capitole

jeudi 19 mars 2009 par Karine Boulanger
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Jennifer Holloway : Diane / Jaël Azzaretti : L’Amour
© Patrice Nin

Rameau a 50 ans lorsqu’il présente pour la première fois en 1733 une œuvre à l’Académie royale de musique. Choisissant un sujet proche de la Phèdre de Racine, l’opéra écrit sur un livret de l’abbé Pellegrin, fut une réussite indéniable que ne vinrent ternir que quelques remarques destinées au théoricien, auteur d’un traité d’harmonie publié en 1722.

Sans être véritablement une rareté, Hippolyte et Aricie n’en est pas moins une œuvre qui n’est pas encore ancrée dans le répertoire des maisons d’opéra et chaque nouvelle production cristallise en quelque sorte les espérances des amateurs de la musique de Rameau. Après le coup d’éclat des représentations du Festival d’Aix-en-Provence en 1983, l’ouvrage fut représenté sans grand succès à Garnier en 1996 dans une production de Jean-Marie Villégier. Le Théâtre du Capitole vient de réussir un coup de maître en confiant l’opéra de Rameau à une équipe qui signe un spectacle extraordinaire.

Ivan Alexandre, dont il s’agit de la deuxième production lyrique après une Rodelinda à Buenos Aires en 2007, a choisi de laisser parler l’œuvre, de respecter les lieux évoqués par le livret, et de la garder dans un contexte évoquant essentiellement le XVIIIe siècle et ses conventions théâtrales, en osant les toiles peintes et les « machines » pour cet opéra qui fait particulièrement appel aux interventions divines. Le résultat est une œuvre d’art totale, réunissant musique, drame, danse, gestuelle inspirée des usages anciens. Il ne s’agit pourtant pas d’une reconstitution, le metteur en scène et son équipe préférant prendre quelques libertés plutôt que de figer l’œuvre dans un carcan « archéologique ». Les décors d’Antoine Fontaine et les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz sont particulièrement beaux, d’une grande harmonie formelle et colorée dont la forêt de Diane au prologue, avec son rideau de fond évoquant quelque sous-bois entrouvert par les Amours et ses toiles peintes sur châssis est un bel exemple. L’ensemble privilégie les tons pastel, les costumes sont rehaussés de quelques ornements à la Bérain (costumes des nymphes). L’arrivée de Diane depuis les cintres, dans une pose alanguie, portant une robe gris perle rehaussée d’un drapé bleu turquoise fait penser une peinture de Natoire.

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Emiliano Gonzalez Toro : Tisiphone / François Lis : Pluton / Stéphane Degout : Thésée
© Patrice Nin

Les actes I et III, situés dans le temple de Diane puis le palais de Thésée, proposent une architecture monumentale avec un avant corps colossal et une vaste salle semi-circulaire ouverte par deux niveaux de colonnes pour le premier et une grande salle ouverte sur la mer pour le second. Les enfers (acte II) sont situés dans une ample grotte voûtée en berceau. L’arrivé de Pluton et de sa suite se fait grâce à un dispositif ingénieux, le dieu arrivant sur un pont de pierre monté des dessous tandis que les Parques descendent des cintres en tenant les multiples fils du destin qu’elles sont en train de tisser. L’acte IV se déroule sur un rivage à proximité d’un bois, une immense toile peinte figurant la mer déchaînée montant vers les cintres pour suggérer la tempête évoquée par l’orchestre, tandis que surgit le monstre marin (parfois capricieux) qui doit engloutir le héros. Enfin, la forêt d’Aricie, cadre du dénouement heureux de la tragédie est agrémentée de fontaines scintillantes évoquant la féerie des bosquets versaillais.

L’ensemble musical est d’une très grande qualité, mené par Emmanuelle Haïm dirigeant un orchestre fourni qui rend pleinement justice à l’orchestration étonnante de l’œuvre de Rameau. Les tempi sont dans l’ensemble plutôt rapides, avec un véritable sens du théâtre, et un équilibre jamais pris en défaut entre le drame lyrique et les divertissements dansés qui participent pleinement à l’action. Les rôles sont tenus par une troupe de chanteurs particulièrement homogène dont on louera la diction, la distribution étant dominée par Stéphane Degout à la voix admirablement conduite, possédant la noblesse et l’autorité nécessaires au rôle de Thésée. Le chanteur traduit toutes les différentes étapes de l’évolution du fils de Neptune, la scène clef très ambiguë du court dialogue avec Oenone (incarnée par Françoise Masset) qui entraîne l’exil d’Hippolyte étant renforcée par une belle trouvaille scénique : le glaive d’Hippolyte est remplacé par une flèche que brise Thésée et qui sera réparée au cinquième acte par l’Amour. Allyson Mc Hardy est une Phèdre à la voix de mezzo particulièrement ronde et chaleureuse, à l’autorité naturelle, mais qui éprouve peut-être encore quelques difficultés à traduire l’évolution subtile du personnage et son déchirement (Acte III, scène 1 « Cruelle mère des amours »).

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Anne-Catherine Gillet : Aricie
© Patrice Nin

Anne-Catherine Gillet possède toute la grâce requise pour le rôle d’Aricie, avec un phrasé élégant, des ornements exécutés avec sûreté et goût, et dessine une véritable héroïne avec une fermeté de caractère qui contribue à rehausser l’éclat du rôle. Philippe Talbot, qui alterne avec Frédéric Antoun, est nettement un cran en dessous en Hippolyte avec une voix qui semble parfois fragile dans l’aigu. L’expression est plus convenue et l’acteur un peu gauche, ne semble pas avoir réussi à faire sien les indications de la direction d’acteurs qui utilise un certain nombre de gestes codifiés. Jaël Azzaretti est parfaite dans le rôle de l’Amour, à qui l’on a confié en outre les airs de la bergère et de la matelote dont le célèbre « Rossignols amoureux » aux vocalises parfaitement maîtrisées, sorte de dialogue hors du temps et hors du drame avec le violon et la flûte. Citons encore la grande prêtresse et la chasseresse d’Aurélia Legay à la voix ample et corsée, qui montre toute sa richesse dans les phrases plus lyriques, la Diane sans reproches de Jennifer Holloway et les divinités parfaitement tenues de Johan Christensson, François Lis et Jérôme Varnier. Les Parques (Nicholas Mulroy, Marc Mauillon et Jérôme Varnier) sont admirables de justesse et d’ensemble. Emiliano Gonzalez Toro en Tisiphone en revanche, privilégie plus la déclamation que le chant. Quant aux chœurs, ils n’appellent que des éloges.

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- Toulouse
- Théâtre du Capitole
- 15 mars 2009
- Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Hippolyte et Aricie. Tragédie lyrique en 5 actes et un prologue. Livret de l’abbé Pellegrin
- Mise en scène : Ivan Alexandre ; décors : Antoine Fontaine ; costumes : Jean-Daniel Vuillermoz ; lumières : Hervé Gay.
- Compagnie Les Cavatines. Chorégraphie : Natalie van Parys
- Hippolyte : Philippe Talbot ; Aricie : Anne-Catherine Gillet ; Phèdre : Allyson Mc Hardy ; Thésée : Stéphane Degout ; Oenone : Françoise Masset ; Diane : Jennifer Holloway ; Mercure/un suivant de l’Amour : Johan Christensson ; l’Amour/une bergère/une matelote : Jaël Azzaretti ; Pluton/Jupiter : François Lis ; Naptune/troisième Parque : Jérôme Varnier ; Tisiphone : Emiliano Gonzalez Toro ; grande prêtresse de Diane/chasseresse : Aurélia Legay ; première Parque : Nicholas Mulroy ; deuxième Parque : Marc Mauillon
- Orchestre et chœurs du Concert d’Astrée
- Emmanuelle Haïm, direction











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