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Et j’attends la Résurrection des morts

mardi 3 mars 2009 par Richard Letawe
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Simon Rattle
DR

Gala européen ce soir au Palais des Beaux Arts de Bruxelles avec les superstars Simon Rattle et ses Berliner Philharmoniker. Deux organistes-compositeurs au programme : Messiaen et Bruckner.

Contrairement à ce que nous pensions, Et exspecto resurrectionem mortuorum de Messiaen est en huit mouvements et non en cinq. En effet, une partie du public éructe son ennui avec une telle énergie lors des pauses que ces interruptions acquièrent pratiquement une valeur programmatique : une bande croassante de corbeaux, pour rester dans un domaine cher au compositeur, n’aurait pas fait plus de bruit. Heureusement les tuberculeux finissent par comprendre entre les mouvements IV et V que ces interruptions de la musique ne sont pas des plages publicitaires, et on jouit enfin cette fois-là d’un silence relatif.

Il aurait été presque criminel de continuer à polluer cette exécution tant celle-ci fut de haut niveau. Simon Rattle d’abord se montre très convaincant. Sa lecture est sobre et retenue, solennelle sans être pompeuse, remplie de ferveur et de sensibilité, mais sans effet de manche, culminant dans un cinquième mouvement « Et j’entendis la voix d’une foule immense » à l’effet choral exaltant, conduisant l’auditoire au paroxysme de l’émotion. Souffleurs et percussionnistes de Berlin fournissent une prestation à la hauteur des attentes, la clarté des plans sonores et la précision des articulations se conjuguant à une excellence individuelle peu commune, dont le meilleur exemple est donné par le hautbois au son si puissant et si dru qui illumine le début de la troisième partie.

Trente minutes de ce niveau, justement saluées par les ovations du public, valaient bien la déception causée par la symphonie n°9 de Bruckner de la seconde partie ; encore qu’avec Simon Rattle, on s’attende peu à des étincelles dans le grand répertoire germanique.
Le pire résidait dans le premier mouvement, qu’on peut difficilement rendre avec moins de caractère et de ferveur que Simon Rattle ce soir : les phrasés n’ont pas de consistance, le discours est morcelé, l’expression semble fabriquée, manque de force et de conviction, avec par exemple un deuxième thème énoncé comme une chansonnette langoureuse. On ne demande certes pas à Simon Rattle d’être la réincarnation de Jochum, de Wand ou de Karajan, mais proposer une lecture aussi plate, aussi dénuée de grandeur, de puissance et d’accents marquants, est très inquiétant quand on dirige un orchestre tel que Berlin ; lui-même d’ailleurs pas exempt de reproche, avec des cors assez moyens, et un équilibre entre les pupitres qui n’est pas toujours idéal.

On a également déjà entendu plus propre et plus précis que le jeu des cordes au début du Scherzo, mais la suite est bien meilleure, et au moins, le chef le dirige avec conviction et énergie, sans chercher l’originalité à tout prix. Sa lecture est un peu trop allègre, manque de hargne et de férocité, mais au moins elle ne s’enlise pas, et ne sombre pas dans l’ennui distingué du premier mouvement.
Enfin, le dernier mouvement est le plus digne d’éloges, car la magie des cordes de Berlin peut enfin opérer sans être parasitée par les errements du chef. Rattle dirige ce mouvement simplement, avec ferveur et franchise, mais peu de risque, et n’atteint pas l’intensité dont ont pu être capables les grands brucknériens.

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- Bruxelles
- Palais des Beaux Arts
- 19 février 2009
- Olivier Messiaen (1908-1992), Et exspecto resurrectionem mortuorum
- Anton Bruckner (1824-1896), Symphonie n°9 en ré mineur
- Berliner Philharmoniker
- Simon Rattle, direction






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