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Estivales de musique en Médoc 2012 : René Barbera, Pavarotti junior

samedi 25 août 2012 par Gilles Charlassier

Triple lauréat de l’édition 2011 d’Operalia – à la fois dans la catégorie opéra et zarzuela, ainsi que prix du public – René Barbera semble avoir hérité de l’illustre ami de Placido Domingo, Luciano Pavarotti, la rondeur de l’allure et la luminosité d’un timbre solaire. Pour cette ultime soirée des Estivales du Médoc 2012, le ténor américain est venu avec un programme de concours, équilibrant mélodie et lied avec l’opéra italien et la zarzuela, terre d’élection de ce gosier lyrique résolument méditerranéen.

Le cycle des Dichterliebe de Schumann possède une cohérence envoûtante qu’il est bien difficile de morceler. C’est pourtant le pari qu’a fait notre jeune interprète, en n’en donnant que les sept premiers poèmes. Du coup, l’habileté narrative passe au second plan – également d’un point de vue pianistique, appliqué à entretenir le commentaire en contrepoint de chaque pièce – pour se faire avant tout exercice stylistique dans lequel l’éclat méridional de René Barbera ne manque pas de séduire, que ne gâche point un soin honorable apporté à la diction germanique, quoiqu’avec des intonations xénophones. Le résultat convainc moins dans le répertoire français. Des oreilles pointilleuses signaleraient un léger manque de fluidité dans la ligne de l’air de Nadir, Je crois entendre encore, quand bien même l’intensité du sentiment est là, laquelle ne suffit pas à rendre justice aux mélodies de Fauré et Duparc, même si l’accompagnement subtil d’Hervé N’Kaoua se révèle sensible à l’évanescence du symbolisme de ces pages, suffisant sans doute pour l’admiration du public. L’ultime numéro de la première partie amorce, avec le duc de Mantoue, l’amarrage dans les terres d’élection du jeune interprète.

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René Barbera
DR

La larme furtive de Nemorino se glisse entre imploration un rien complaisante et touchante sincérité, entre assurance technique et intelligence musicale. Il faut en revanche une relative audace pour défendre les romances de Tosti, compositeur des salons de l’Italie de la Belle Epoque au style compassé pour lequel écrivit D’Annunzio et qu’interpréta le dernier des castrats, Alessandro Moreschi. Une certaine joliesse émane de ces pages, dans une performance idiomatique. Mais les trois célèbres airs de zarzuela qui suivent confirment indiscutablement le destin de cette voix jeune en pleine possession de ses moyens – opératiques. Dans Bella enamorada, de Sotullo y Vert, René Barbera suit d’instinct le balancement entre le couplet en mineur et le refrain en majeur, dans une alternance qui a sans doute gravé la popularité de ces notes. Après une incursion dans le siècle d’or, avec Con amores la mia madre de Juan de Anchieta, il se range aux côtés des plus illustres aèdes qui ont colporté La tabernera del Puerto de Sorozábal.

Retour à Donizetti pour un bis des plus éblouissants, Ah mes amis, quel jour de fête, et neuf contre-uts qui n’effraient point notre ténor, même avec le décalage horaire du voyage. A tel point que, démentant les pronostics de voix qui se donnent pour connaisseuses, attendant un Sole moi « pour que ce soit complet », René Barbera reprend la seconde partie de l’air virtuose de Tonio, défiant la fatigue et la lassitude des spectateurs pressés.

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- Saint-Julien Beychevelle
- Château Pichon-Longueville
- 12 juillet 2012
- Robert Schumann (1810-1856), Dichterliebe, opus 48, n°1 à 7 – Im wunderschönen Monat Mai ; Aus meinen tränen spriessen ; Die Rose, Die Lilie, die Taube, die Sonne ; Wenn ich in deine Auge she ; Ich will meine Seele tauchen ; Im Rhein, im heiligen Strome ; Ich grolle nicht
- Georges Bizet (1838-1875), Je crois entendre encore, extrait de Les Pêcheurs de perles
- Gabriel Fauré (1845-1924), Lydia ; Nell
- Henri Duparc (1848-1933), Le manoir de Rosamonde ; Chanson triste
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Questa o quella, extrait de Rigoletto
- Gaetano Donizetti (1797-1848), Una furtiva lagrima, extrait de L’elisir d’amore
- Francesco Paulo Tosti (1846-1916), Malia ; Ideale ; Non t’amo piu ; L’alba separa dale luce l’ombra
- Soutullo y Vert (1884-1932/1890-1931), Bella Enamorada, extrait d’El ultimo romantic
- Juan de Anchieta (1534-1597), Con amores la mi madre
- Pablo Sorozábal (1897-1988), No puede ser, extrait de La tabernera del Puerto
- René Barbera, ténor
- Hervé N’Kaoua, piano.











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