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Estivales de musique en Médoc 2012 : le trombone en majesté de Fabrice Millischer

mercredi 22 août 2012 par Gilles Charlassier

Usage désormais consacré, Frédéric Lodéon anime à chaque édition une soirée des Estivales du Médoc et a courageusement porté son choix sur un instrument rarement mis à l’honneur, si ce n’est dans les formations orchestrales, le trombone. Il faut dire qu’avec Fabrice Millischer, primé au concours ARD de Munich en 2007 et récompensé par une Victoire de la musique en 2011, l’instrument trouve un ambassadeur de choix, qui plus est accompagné par le directeur artistique du festival, l’excellent Hervé N’Kaoua, dans un programme mêlant habilement raretés et hommage impressionniste – commémoration Debussy oblige.

C’est avec deux pages relevant de la première catégorie que s’ouvre le concert : la Sonate « Vox Gabrieli » de Stjepan Sulek et le Choral, cadence et fugato d’Henri Dutilleux, alternant recueillement et vivacité dans une écriture qui laisse s’épanouir le côté moelleux du cuivre, antichambre idéale pour la Sonatine pour piano seul de Ravel. De cette délicate page pour piano, premier intermède soliste du directeur du festival, Hervé N’Kaoua exalte les mystérieux mélismes, distillant sous ses doigts fermes une poésie fluide et galbée, au rubato économe.

Relativement restreint par nature, le répertoire du trombone s’enrichit naturellement de transcriptions – ainsi de la Pavane pour une infante défunte de Ravel. Si la structure harmonique revient au piano, le trombone condense tel un entonnoir la moire de la partition orchestrale, ainsi que la ligne mélodique, avec une interdépendance cependant plus sensible que dans un morceau pour voix. Robuste de par sa carrure, la relative rusticité du trombone prend avec Fabrice Millischer des accents de fragilité, transsubstantiation de l’instabilité consubstantielle quoique maîtrisée de son émission. C’est en famille que se conclut la première partie de la soirée : Fast and Furious de son frère Matthieu, excusé cependant pour les saluts. Le titre pourrait être apposé à plus d’un mouvement de John Adams, dont il partage l’ivresse rythmique, littéralement époustouflante dans la bouche du tromboniste français.

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Fabrice Millischer
© Caroline Doutre

Après la Sonatine de Jacques Castérède, c’est une autre virtuosité que l’on savoure, écrite sur mesure par Enrique Crespo, lui-même tromboniste. La Première Improvisation utilise les ressources expressives de l’instrument avec un éclat léger et souriant qui ne tombe jamais dans la démonstration didactique. L’engagement et le naturel du jeune soliste font le reste. Intermède pianistique avec deux préludes de Debussy, dont l’extraordinaire Cathédrale engloutie qui résonne au-dessus des douves du Château Pontet-Canet comme une immémoriale légende qu’auraient véhiculés les effluves de la Gironde voisine.

La Ballade de Frank Martin a un aspect austère, âpre et rugueux, reconnaissable dans plus d’une pièce du compositeur suisse. L’écriture ne milite pas pour le modernisme sériel : elle en extrait les éléments de langage pour en recomposer un original, entre archaïsme et rigueur, que l’on n’entend pas assez – on ne peut que saluer le courage des artistes de défendre cette musique, à laquelle le public ne se montre pas rétif, pour peu qu’on l’y ait introduit d’une manière simple et sincère comme sait le faire Frédéric Lodéon. La Romance de Jorgensen referme le concert avec des accents romantiques un rien sirupeux, pour le plus grand bonheur des spectateurs, avant de se hâter vers la dégustation et le cocktail offert par la maison.

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- Pauillac
- Château Pontet-Canet
- 10 juillet 2012
- Stjepan Sulek (1914-1986), Sonate « vox Gabrieli »
- Henri Dutilleux (né en 1916), Choral, cadence et fugato
- Maurice Ravel (1875-1937), Sonatine pour piano seul
 ; Pavane pour une infante défunte
- Matthieu Millischer (né en 1979), Fast and Furious
- Jacques Castérède (né en 1926), Sonatine
- Enrique Crespo (né en 1941), Improvisation n°1 pour trombone solo
- Claude Debussy (1862-1918), Deux préludes pour piano seul
- Frank Martin (1890-1974), Ballade
- Axel Jorgensen (1881-1947), Romance, opus 21
- Fabrice Millischer, trombone
- Hervé N’Kaoua, piano.






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