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Eric Le Sage et compagnie : circonstances atténuantes et concert très honorable

mardi 3 novembre 2009 par Carlos Tinoco
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Eric Le Sage
DR

Eric le Sage interprétait ce dimanche deux quatuors avec piano de Fauré et de Schumann, accompagné par certains de ses partenaires habituels. Sachant le niveau de l’intégrale de la musique de chambre de Schumann qu’il est en train de graver pour Alpha, on était en droit d’attendre beaucoup de ce concert. Mais Daishin Kashimoto, malade, a du être remplacé au dernier moment par David Grimal et les grandes qualités violonistiques de ce dernier n’ont pas suffi à masquer le déséquilibre créé par cet impondérable. Ce qui n’a tout de même pas empêché d’apprécier le lyrisme d’interprétations qu’on aimerait réentendre dans d’autres circonstances.

Soyons reconnaissants à David Grimal d’avoir pris ce risque : reprendre au pied levé la place du violon dans un quatuor avec piano, c’est-à-dire accepter de donner l’impulsion des cordes, alors que, dans ce genre spécifique, la difficulté de l’entente avec le piano nécessite une très grande compréhension mutuelle, c’est un défi osé, même avec des musiciens qu’on connaît bien. Et il l’a relevé avec assez d’intelligence musicale pour qu’on assiste à un beau concert ; cela suffit pour que toutes les remarques qui suivent soient à prendre avec beaucoup de précautions..

La lecture du quatuor de Fauré qui nous est proposée est rapide, nerveuse et postromantique. Elle tire l’œuvre vers une tradition plus germanique que française. On n’est pas dans un univers proustien de délicatesse et de transparence, mais dans un déchaînement passionnel tumultueux. Ce choix comporte plusieurs risques : tout d’abord, passer à côté de la fantaisie et de la légèreté de cette partition, notamment dans le deuxième mouvement. On l’a connu beaucoup plus élastique, jouissif, voire cocasse. Mais l’option peut se défendre, à condition d’éviter la raideur. C’est là que la réponse des cordes au piano d’Eric Le Sage n’est pas toujours probante. Les sollicitations de ce dernier sont souvent très subtiles et le violon de David Grimal, s’il est plein et charnu, n’a pas ce frémissement, ce caractère volatile, dont on le sait capable et qui permettrait à cette interprétation de prendre son envol. François Salque et Lise Berthaud semblent pris en étau et, malgré l’évidence de leurs qualités instrumentales, ne parviennent pas totalement à rétablir l’équilibre.

Dans ces conditions, et comme on pouvait s’y attendre, Schumann supporte mieux ce choix interprétatif. La fougue de David Grimal y est parfaitement à sa place, même si quelques décalages avec le piano dans le deuxième mouvement (mais est-ce surprenant ?) rappellent le contexte dans lequel ce concert a été préparé. Dans le troisième mouvement François Salque fait admirer sa superbe sonorité, bien inscrite dans la tradition lumineuse du violoncelle français. Malheureusement, David Grimal ne parvient pas toujours, dans ses réponses, à obtenir la même douceur dans le chant. A ces réserves près, on assiste tout de même à une fort belle lecture, soutenue par un piano imaginatif et conclue par un finale enlevé avec élégance par les quatre complices.

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- Paris
- Théâtre du Châtelet
- 01 novembre 2009
- Gabriel Fauré (1845-1924), Quatuor pour piano et cordes n° 1 en ut mineur op. 15
- Robert Schumann (1810-1856), Quatuor pour piano et cordes en mi bémol majeur op. 47
- David Grimal, violon
- Lise Berthaud, alto
- François Salque, violoncelle
- Eric Le Sage, piano











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