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Entrée de la Sonnambula au répertoire de l’Opéra de Paris

vendredi 19 février 2010 par Karine Boulanger
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Natalie Dessay (Amina)
© Opéra national de Paris/ Julien Benhamou

En choisissant une production créée à l’Opéra de Vienne en 2001, l’Opéra de Paris a joué la sécurité : la mise en scène, transposant l’œuvre dans les années 1930, située dans des décors sobres mais aux proportions écrasantes, ne se distingue sans doute pas par son audace ou ses innovations.

Pourtant, le texte introductif du metteur en scène Marco Arturo Marelli publié dans le programme, malgré quelques idées discutables (la volonté de faire d’Elvino un compositeur renvoyant ainsi aux circonstances de la composition de l’opéra, l’idée de voir dans la mère du jeune homme une cantatrice célèbre au souvenir omniprésent, la décision de faire revêtir à Amina une robe ayant appartenu à la mère du héros véritable, écho du tutu de la Taglioni, et la transformation finale de l’héroïne) montrait une compréhension fine de l’œuvre de Bellini et de ses non-dits, derrière le cadre aimable du livret. Malgré cela, la réalisation n’est pas à la hauteur, en raison notamment d’une direction d’acteurs assez faible, peu fouillée, les chœurs disposés en rang face au public, les capacités de jeu des solistes, et en particulier de Natalie Dessay, sous exploitées…

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Cornelia Oncioiu (Teresa)
© Opéra national de Paris/ Julien Benhamou

La distribution, malgré la présence d’une « tête d’affiche » sollicitée dans les plus grandes maisons d’opéra, ne tient malheureusement pas non plus toutes ses promesses. Natalie Dessay a infléchi son répertoire depuis plusieurs années, souvent avec bonheur, sa voix ayant acquis une certaine rondeur dans le médium lui permettant d’aborder des rôles plus lyriques. Après avoir gravé le rôle pour Virgin en 2007 [1], la chanteuse a enfin eu la possibilité de le reprendre sur scène après plusieurs concerts, dans des conditions un peu extrêmes étant donné la taille de la salle. Les airs et duos sont généralement exécutés avec une sobriété bienvenue, de la délicatesse, mais les aigus sont parfois stridents et précaires. Si « Come per me sereno » (acte I) est décevant, pâtissant d’effets faciles et émaillé d’aigus ajoutés, en revanche le duo avec Elvino de l’acte I est remarquablement chanté (« Prendi, l’anel ti dono »). La scène du somnambulisme (acte I) est très bien interprétée, d’une voix rêveuse, comme éthérée, de même « Ah non credea mirarti » est déclamé avec un réel sens poétique. L’interprétation du rôle est cependant entachée par les choix interprétatifs du final de l’ouvrage, avec un « Ah ! non giunge uman pensiero » traité comme un véritable numéro de cirque, exposant brutalement des limites techniques évidentes (absence d’égalité des registres, graves creux, aigus conquis de haute lutte) et des effets hors de propos.

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Michele Pertusi (il Conte Rodolfo) et Marie-Adeline Henry (Lisa)
© Opéra national de Paris/ Julien Benhamou

Javier Camarena (Elvino) dispose d’une belle voix lyrique aux aigus aisés et brillants, mais parfois mise en péril dans une salle d’aussi grande taille que celle de l’Opéra Bastille. Le chanteur montre une parfaite compréhension du style de l’œuvre, mais la beauté du timbre ne s’accorde malheureusement pas toujours à celui, plus acide, de sa partenaire.

Michele Pertusi donne lui aussi une leçon de style, malgré une fatigue perceptible dès son entrée en scène et une voix semblant parfois terne. Marie-Adeline Henry (Lisa) semble avant tout disposée à exhiber la puissance de sa voix et l’air de l’acte II (« De’ lieti auguri a voi son grata ») expose trop la chanteuse qui se perd dans des vocalises brouillonnes. Cornelia Oncioiu est parfaite en Teresa et l’on aimerait réentendre la chanteuse dans un rôle plus flatteur.

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Natalie Dessay (Amina) et Cornelia Oncioiu (Teresa)
© Opéra national de Paris/ Julien Benhamou

L’ensemble était placé sous la direction d’Evelino Pidó attentif aux chanteurs, livrant une lecture nuancée mais manquant singulièrement de tension, alignant récitatifs, airs, duos et chœurs sans véritable sens de la progression dramatique et peinant à animer l’ensemble. Les chœurs, quant à eux, parfaitement en place, montrent un réel sens des nuances.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 03 février 2010
- Vincenzo Bellini (1801-1835), la Sonnambula, mélodrame en deux actes, livret de Felice Romani
- Mise en scène, décors et lumières, Marco Arturo Marelli ; costumes, Dagmar Niefind
- Le comte Rodolfo, Micele Pertusi ; Teresa, Cornelia Oncioiu ; Amina, Natalie Dessay ; Lisa, Marie-Adeline Henry ; Elvino, Javier Camarena ; Alessio, Nahuel di Pierro ; un notaire, Jian-Hong Zhao
- Chœur de l’Opéra national de Paris. Chef des chœurs, Patrick Marie Aubert
- Orchestre de l’Opéra de Paris.
- Evelino Pidó, direction

[1avec Francesco Meli, Carlo Colombara, Jaël Azzaretti et Sara Mingardo, sous la direction d’Evelino Pidó






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