ClassiqueInfo.com



Entre Liégeois

vendredi 13 novembre 2009 par Richard Letawe
JPEG - 22.2 ko
Pascal Rophé
© Katie Vandyck

Est-ce l’effet d’un peu de chauvinisme ? Toujours est-il que le concert de ce soir à Liège, malgré un programme rare et pas spécialement vendeur, a presque fait le plein de la Salle Philharmonique. Il est vrai que les deux compositeurs joués étaient tous les deux des enfants de la Cité ardente.

Eugène Ysaÿe d’abord, avec Amitié, poème pour deux violons et orchestre, composé en 1926, et dédié à son ami le journaliste Théodore Lindenlaub. La pièce, de forme très libre, enchaînant les thèmes tendres avec aisance, porte bien son nom. C’est une œuvre à l’atmosphère rêveuse, pleine de chaleur et de lyrisme, qui mériterait sûrement d’être plus souvent programmée ; Pour l jouer, deux des chefs de pupitres de l’OPL, Emilie Belaud et Olivier Giot. Aprè une entrée en matière un peu difficile de la part de la première, justesse délicate, archet manquant de fermeté, les deux solistes assument sans faiblir leurs parties, relativement peu exigeantes du point de vue de la stricte virtuosité, mais qui demandent de l’endurance et beaucoup de sensibilité. Le jeu d’Emilie Belaud est alors pleinement convaincant, fougueux et sincère, à la sonorité bien corsée, alors qu’Olivier Giot est très sobre et digne, parfois un peu raide. Ysaÿe ne cantonne pas l’orchestre à un simple rôle de soutien, et lui confie quelques beaux passages, puissants et affectueux, dont l’OPL dirigé par Pascal Rophé s’acquitte brillamment.

La deuxième œuvre du programme est encore plus rare : le Cantique de Moïse « Cantemus Domino » de César Franck, dont la seule exécution certaine avec orchestre date de la saison dernière, sous la direction de Pierre Thimus dans le cadre du Festival d’orgue de Liège. Malgré son énergie et son enthousiasme, c’est une pièce assez anecdotique, peu subtile, et à la ferveur un peu « scoute ». Le vaste Chœur symphonique de Namur qui a rejoint l’orchestre, s’en tire très bien, et Pascal Rophé mène ses nombreuses troupes avec beaucoup de vigueur.

Rédemption qui en occupe la seconde partie, fait donc dans ce programme figure de pièce de résistance. Le poème-symphonie, ainsi que le qualifiait son auteur, est exécuté ce soir sans récitant, ce qu’on ne regrettera pas, tant le texte, irrémédiablement daté, est d’une bigoterie et d’une balourdise rendant déjà pénible l’écoute des parties chantées. Dévot autant que ce texte, Franck est cependant bien meilleur compositeur qu’Edouard Blau n’est écrivain, et donne des pages superbes, puissantes et ferventes, malgré quelques lourdeurs. L’œuvre fait appel à un grand chœur divisé, voix féminines pour les anges, voix masculines pour l’humanité, en proie aux doutes, à la folie des guerres et aux tentations du mal. Les chœurs sont interrompus par les deux airs de l’Archange, mezzo-soprano, la deuxième partie étant entamée par le généreux et admirable Morceau symphonique.

Cette Rédemption resserrée bénéficie d’une réalisation de qualité, chaque exécutant semblant galvanisé par le direction précise et efficace de Pascal Rophé. Le Chœur symphonique de Namur, protagoniste essentiel, est bien préparé pour sa tâche. Sa partie féminine, renforcée par de nombreuses jeunes voix, est fraîche et enthousiaste, et traduit brillamment le caractère céleste de ses interventions ; les hommes ont des timbres un peu plus rugueux, mais font quand même bonne figure. En général, la puissance est au rendez-vous, un peu massive parfois, ce qui est en somme plutôt cohérent avec le style de l’œuvre. La diction pourrait être plus claire, mais on ne se plaindra pas de ne pas tout entendre d’un pareil texte.

Enfin, la soirée est illuminée par la présence de Marie-Ange Todorovitch, non à cause de son éclatante robe fuschia, mais pour la distinction, la ferveur sincère et la tendresse qu’elle donne aux deux airs de l’Archange. Aucune dureté dans ce chant, la tessiture est glorieusement assumée, et la diction est d’une clarté impeccable.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Liège
- Salle Philharmonique
- 29 octobre 2009
- Eugène Ysaÿe (1858-1931), Amitié, poème pour deux violons et orchestre
- César Franck (1822-1890), Cantique de Moïse « Cantemus Domino » ; Rédemption, poème-symphonie sur un texte d’Edouard Blau
- Emilie Belaud, Olivier Giot, violon
- Chœur symphonique de Namur. Chef des chœurs, Patrick Baton
- Orchestre Philharmonique de Liège
- Pascal Rophé, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 550591

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique vocale et chorale   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License