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En marge du Festival Berlioz

jeudi 6 octobre 2011 par Gilles Charlassier

La programmation du festival Berlioz ne se limite pas aux concerts vespéraux, sanctuaires privilégiés par le public. Le directeur de la manifestation Bruno Messina a essayé plusieurs pistes permettant autant d’élargir l’audience que de proposer aux connaisseurs d’autres regards sur le corpus berliozien. Le bicentenaire de Liszt n’est pas la seule mise en perspective à l’oeuvre, bien qu’elle soit la plus lisible, parcourant la plupart des grands concerts. Cela ménage ainsi des découvertes, en investissant des lieux non consacrés, autour d’une thématique fédératrice.

La création de Patrick Vaillant Les sept images du diable, faux et usages de Faust, représente certainement l’exemple le plus abouti d’une telle démarche. Faisant entendre des pages fameuses dans un dispositif instrumental a priori exotique (tuba, guitare hawaïenne et mandoline), l’ensemble construit une évocation des figures du diable, reliées par sept variantes du Tango perpétuel de Satie, et une succession de vignettes projetées. Les techniques de la musique savante sont employées avec des couleurs et des instruments généralement associés à la musique populaire ou au folklore, renouant avec une tradition d’interaction entre les deux univers, évidente jusqu’à Bartók et Stravinski, le tout au service d’une narration subtile et captivante.

L’expérimentation menée par le collectif Arfi (Association à la recherche d’un folklore imaginaire), Le cauchemar d’Hector, laisse davantage perplexe. Les pages tirées de l’œuvre de Berlioz sont retravaillées dans un langage et un instrumentarium qui relève du répertoire pop-rock. Le travail de déconstruction ne manque pas d’intérêt. La démarche subit, il est vrai, l’acoustique très réverbérée du cinéma de la Côte Saint-André, menant les cuivres à une saturation sonore parfois délicate, prémonitoirement apocalyptique peut-être pour les mânes du compositeur sollicitées par le truchement d’une statue de marbre, d’abord scandalisées par le traitement infligé à l’œuvre avant un revirement final où la maltraitance bruyante leur apparaît comme un prolongement de l’esprit d’innovation du grand Hector.

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© G. Gay-Perret/Festival Berlioz

Les concerts donnés par Elodie Soulard, Sous le balcon d’Hector, dans le jardin du musée Berlioz, font entendre des transcriptions pour l’accordéon, instrument peu estimé par le compositeur. Ce mardi, nous entendîmes le premier des trois programmes, avec les Nuits d’été. Les limites acoustiques, notamment en termes d’intensité, sont intelligemment négociées par cette berliozienne enthousiaste. Le résultat ne manque pas de pâtir de la saillance du soprano, à la diction parfois perfectible, et d’une relative austérité qui lui donne une allure un peu académique, plus documentaire que spectaculaire.

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© M. Rattier/Festival Berlioz

Les concerts de l’après-midi permettent quant à eux une mise en perspective historique. Dimanche 21, en l’église de Penol, David Violi interprète une série de transcriptions et de fantaisies inspirées par les Faust de Gounod et de Berlioz, sans oublier la Méphisto-Polka de Liszt, et allongeant le concert avec Gaspard de la Nuit de Ravel, première tentative pour le français d’affronter cet Everest de la littérature pianistique, relié aux autres pages par la thématique légendaire. Mardi 23, c’est dans la salle des fêtes de Brézins que l’ensemble Carpe Diem, dirigé par Jean-Pierre Arnaud, mêle des morceaux du Faust de Gounod et de la Damnation de Berlioz, ponctués de créations de Julien Dassié. La monochromie de ces dernières n’est pas ce qui convainc le plus, et côté solistes, c’est bien la Marguerite de Françoise Massé qui domine le trio, avec une diction impeccable. Svetli Chaumien ne semble pas toujours à l’aise dans le ténor faustien et Christophe de Biase assure honnêtement les parties de Méphistophélès. Le lendemain, on se retrouve au Grand Lemps avec le Quintette à vent de Paris. La solidité du métier et la fluidité de l’invention distingue le Quintette n°1 en mi mineur de Reicha. L’audace ne manque pas aux musiciens pour présenter le Quintette en sol mineur de Taffanel – le premier mouvement, basé sur un rythme perpétuel semble s’enrouler sur lui-même en un bavardage non dénué de séduction. Du Quintette de George Onslow, on retiendra le merveilleux troisième mouvement. La suite tirée de Carmen par Bizet lui-même assure de soi-même son succès auprès du public.

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- La Côte Saint-André
- Cinéma Le Club
- 21 août 2011
- Le cauchemar d’Hector, ou le retour à la vie

- La Marmite infernale (Grand Orchestre Arfi)

- Balbins
- Salle des fêtes
- 22 août 2011
- Sept images du diable (faux et usages de Faust) : Œuvres de Satie, Gounod, Méliès, Berlioz, Boulgakov
- Patrick Vaillant, mandoline, compositions et adaptations ; Daniel Malavergne, tuba ; Alexi Orgeolet, guitare hawaïenne ; Jean-Vincent Brisa, conteur ; Julien Cordier, dessins projetés

- La Côte Saint-André
- Musée Berlioz
- 23 août 2011
- Sous le balcon d’Hector : Œuvres de Berlioz, Liszt, Rimsky-Korsakov, Tchaïkovsky, Weber
- Elodie Soulard, accordéon ; Pierre Cussac, accordéon ; Yuri Shishkin, accordéon ; Ainhoa Zuazua, soprano

- Penol
- Eglise
- 21 août 2011
- Œuvres de Berlioz/Schad, Ravel, Krüger, Liszt, Godard
- David Violi, piano

- Brézins
- Salle des fêtes
- 23 août 2011
- Œuvres de Berlioz, Gounod, Dassié
- Françoise Masset, Marguerite ; Svetli Chaumien, Faust ; Christophe de Biase, Méphistophélès
- Ensemble Carpe Diem
- Jean-Pierre Arnaud, direction

- Le Grand-Lemps
- Eglise
- 24 août 2011
- Œuvres de Reicha, Taffanel, Onslow, Bizet
- Quintette à vents de Paris : Vincent Lucas, flûte ; Eric Speller, hautbois ; Patrick Messina, clarinette ; Philippe Hanon, basson ; Vincent Léonard, cor






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