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En attendant Diaghilev….

jeudi 18 février 2010 par Cyril Brun
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Emma Matthews
DR

Fin de l’année Haydn, début de l’année Mahler, le concert de ce dimanche soir pourrait passer pour un concert de transition, et quelque part, il est peut être souhaitable qu’il ne demeure pas plus dans les mémoires que comme un concert de passage. En effet qu’il s’agisse du Concerto pour violoncelle n°1 de Haydn ou de la Quatrième symphonie de Mahler, l’impression est la même : on reste sur sa faim, en espérant que le prochain concert renoue avec l’excellence à laquelle Yakov Kreizberg nous avait habitués. Un concert fort plat, aux contours biens polis que rien n’est venu relever, comme si le sel lui-même s’était affadi.

Le concerto de Haydn fut pour sa part traité de façon rigoureusement romantique. Si l’orchestre ne jouait pas dans le style classique rebondi et précis, le soliste était lui résolument lyrique avec des rondeurs de jeu très romantiques. L’avantage fut de mettre l’orchestre et le soliste sur la même ligne interprétatrice. Mais cette unité de style ne fut pas suffisante pour recréer l’unité de la partition. Les noires posées des violons, trop alourdies par ce style de jeu, ne parvenaient pas à souligner la ligne harmonique qu’ils devaient constituer avec le soliste, tandis que le lyrisme de ce dernier se déconnectait inévitablement du reste de l’orchestre devenu approximatif par le fait même de ce jeu différencié. Cause ou conséquence, le soliste n’exprima aucun relief, ne put souligner aucune dynamique et se contenta des quelques éléments plus ou moins virtuoses au milieu de pupitres juxtaposés. Sans relief ni conviction, les musiciens – de l’orchestre au soliste – ne trouvant peut-être pas la dynamique de l’œuvre dans ces conditions, furent relativement poussifs voire essoufflés. Le second mouvement traduisit cette absence de relief par de nombreuses approximations, fort éloignées de la précision classique, les violons allant jusqu’à relâcher systématiquement les fins de montées comme si les notes étaient semées au vent. Le dernier mouvement, souligna davantage encore le romantisme d’un soliste aux aigus souvent faux et régulièrement grinçants.

Si Haydn fut laborieux, Mahler fut décevant. Visiblement, il manquait une fois encore de la maturation. Si chacun connaissait et maîtrisait une partition déjà jouée il y a deux ans, l’équilibrage fut extrêmement tendu. L’assemblage si délicat des parties était stressé et finalement très solfégique. Chacun étant soucieux de bien placer sa note là où la partition le demandait, il en ressortit une impression de déchiffrage à vue et donc de tension. Il manquait cette liberté qui naît d’une maîtrise de la partition et de l’œuvre plusieurs fois jouée et patinée. On retrouve ici la limite qui atteint même les plus grands orchestres ; le stakhanovisme et le taylorisme ne conviennent pas à la musique et certainement pas à celle de Mahler. Les belles profondeurs des pizzicati des contrebasses ne suffirent pas à donner du relief face aux croches baveuses des cors, aux entrées de nouveau frappées, plaquées et, de ce fait, étrangères des flûtes. Cette juxtaposition décousue des instruments se répercuta dans d’apparentes hésitations sur les ruptures qui en perdaient leur sens pour n’être que la froide interruption momentanée du son. Si le tutti qui conduit à la partie finale du premier mouvement sembla trouver son unité et fut de fait très beau, la fin, étouffée, sembla surprendre les musiciens.

Au troisième mouvement, l’entrée brutale des seconds violons rompit l’équilibre paisible et profond qu’avaient installé les cordes basses, malgré leur relâchement sur la fin. Peut-être est-ce ce relâchement, comme une voix essoufflée, qui rendit disproportionnée l’entrée des seconds violons. D’une manière générale, les cordes n’allaient pas au fond de leurs tenues, créant une instabilité et de fausses ruptures. Instabilité renforcée, sur ces tenues, par le manque de discrétion des entrées, reprises et changements d’archets des cordes, conférant à l’œuvre une brutalité qu’elle n’a pas. Puis les derniers moments du troisième mouvement s’animent et prennent vie. L’orchestre semble plus à l’aise dans la forme plus « classique » de la partition. Les changements de mesures, de tempi, un temps maladroits, finissent par devenir la force et la dynamique de progression de l’œuvre que l’on attendait depuis près de 45 minutes. Mais cet effort ultime fut rien moins que brisé dans le dernier mouvement. Emma Matthews fut absente et inaudible. On ne peut pas dire qu’elle était couverte par l’orchestre, ce ne serait pas juste pour ce dernier. La soprano était simplement inexistante. Le peu que l’on percevait n’était pas avec l’orchestre et Yakov Kreizberg resta concentré sur sa phalange. Il y eut alors deux concerts en un, celui de la soprano totalement indépendante de l’orchestre et celui de Yakov Kreizberg et ses musiciens qui se contentèrent de poursuivre la symphonie sans plus tenir compte de la soliste. Mais pouvait-il en être autrement avec un tel décalage ?

Une soirée qui aurait pu être agréable en d’autres lieux, mais qui fut réellement décevante pour le tandem d’ordinaire si porteur que constitue l’OPMC et son directeur musical.

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- Monte Carlo
- Auditorium Rainier III
- 07 février 2010
- Joseph Haydn (1732-1809), Concerto pour violoncelle n°1 en ut majeur
- Gustav Mahler (1860- 1911), Symphonie n°4 en sol majeur
- Stanimir Todorov, violoncelle
- Emma Matthews, soprano
- Orchestre Philharmonique de Monte Carlo
- Yakov Kreizberg, direction






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