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Émouvant Tchaïkovski !

dimanche 13 novembre 2011 par Cyril Brun
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Ion Marin
DR

Dehors, c’est le déluge ! Presqu’apocalyptique est le paysage sur la route qui rejoint la célébrissime promenade. Cannes est noyé, Gênes disparaît sous des mètres cubes d’eau, Nice est gris et froid, alors que la mer d’ordinaire si calme déchaîne ses rouleaux. Et au milieu de cette désolation, de l’autre côté du déambulatoire anglais, un havre de paix. Comme si le mauvais temps avait contourné l’Opéra de Nice, le public, réfugié sous les ors de la salle, se trouvait non pas seulement à l’abri, mais dans la plus belle des oasis.

On retrouvait le Philharmonique de Nice, comme il nous avait émerveillé du temps de Marco Guidarini et mieux encore ! La douceur et l’onctuosité de Ion Marin ont pétri un orchestre revigoré et presque transcendé ! Enfin ! Et quelle joie !

Mendelssohn fut agréable, équilibré, nuancé. Ce qui frappe dès les premières mesures c’est la grande cohérence de la masse orchestrale. Les trompettes elles-mêmes, par une puissance contenue, respectaient ce qui dut être l’équilibre initial si l’on se rappelle que les timbres de l’époque étaient plus adoucis qu’aujourd’hui. Avec son style, qui n’est pas sans rappeler celui d’Abbado, Ion Marin, en invitant les musiciens à jouer, semble avoir littéralement libéré toute la gaîté de Mendelssohn. Cependant, et c’est le seul petit brouillard dans le ciel bleu, le second mouvement pâtit de cette masse orchestrale trop lourde. Alors que le compositeur souhaitait ici évoquer l’époque classique, l’effectif orchestral n’était-il pas disproportionné ? Certes, composée pour un orchestre londonien, les effectifs de cette symphonie ne sont pas sans rappeler l’orchestre de la période londonienne de Haydn. Notons en effet que malgré ce manque de légèreté, très passager, le très beau chant de cor, lui aussi de facture assez massive, s’accordait relativement bien à une telle masse. Le quatrième mouvement fit oublier cette furtive interrogation, par l’extrême finesse de l’équilibre des sons, des rythmes et des nuances entre tous les pupitres. Par ses simples gestes, Ion Marin contenait les possibles tentations d’à-coups, de reliefs indésirables, d’accents déplacés, sans jamais contraindre la puissance de la masse.

Ce savant mélange de finesse et de puissance fut assurément la clef du succès de la Symphonie n°4 de Tchaïkovski. Car si la première partie fut des plus agréables, la seconde fut rien moins qu’un ravissement. Tout commença par un magnifique fatum fait de nuances et de reliefs. Le pupitre de cuivres semblait s’animer et donner une forme quasi physique à ce terrible fatum. Exercice difficile et rarement atteint, les percussions s’inséraient excellemment bien dans les cordes, malgré des syncopes un peu lourdes de celles-ci. Et de fait, peut-être trop contenu dans l’uniformité de sa masse, l’orchestre manqua par moments de relief et de rupture. La vie du fatum ne trouva pas tout l’écho voulu dans les saillies de l’orchestre. Légère incommodité qui se perdit dans une coda qui laissa le public souffle coupé. Le second mouvement, quoiqu’un peu décousu et peut-être trop linéaire, n’en fut pas moins un grand moment d’émotion. Tout aussi émouvante, la très belle, l’exceptionnelle partie de pizzicati ! C’est peut-être à ces difficiles parties, faites de nuances et de précisions, que l’on peut reconnaître l’unité et la souplesse d’un orchestre. Mais tous ces détails techniques qui témoignent de la qualité d’un orchestre, ne permettent en rien de rendre l’unité d’âme que le chef sut insuffler non seulement à l’orchestre, mais à toute la salle qui respirait bel et bien à l’unisson du maître. Portée par les musiciens c’est toute la salle qui pouvait faire sien avec le compositeur « cet état mélancolique que l’on éprouve le soir quand on est fatigué. » Avec lui elle pouvait dire : « Il existe des joies simples mais fortes ! »

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- Nice
- Opéra
- 05 novembre 2011
- Felix Mendelssohn (1809-1847), Symphonie n°4 en la Majeur, op. 90, « Italienne »
- Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Symphonie n°4 en fa mineur, op.36
- Orchestre philharmonique de Nice
- Ion Marin, direction











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