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Emilie-Anne Gendron : un violon sûr

jeudi 15 octobre 2009 par Carlos Tinoco
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Emilie-Anne Gendron
© Mark Rubin

L’ouverture de la saison de musique de chambre s’est faite au Louvre avec Emilie-Anne Gendron, jeune violoniste issue de la Juilliard School. Un programme varié, qui a permis de mesurer l’excellente maîtrise technique de l’interprète. Mais, est-ce parce que le pianiste Takashi Sato peinait à parler la même langue musicale, toujours est-il que le récital n’a jamais vraiment décollé, laissant entrevoir des promesses mais laissant le spectateur sur sa faim. Reste qu’on entend très rarement cette très belle pièce d’Elliott Carter et qu’Emilie-Anne Gendron a su en rendre la poésie. Cela seul suffisait à ce qu’on ait envie de la réentendre différemment accompagnée.

Ce qui frappe chez cette jeune violoniste, c’est sa remarquable sûreté d’archet. Si la main gauche connaît parfois des approximations, la droite en revanche ne s’égare jamais et lui permet de garder un son charnu du pianissimo au fortissimo. Cependant la plénitude du son n’est rien sans une variété de couleurs, et, de ce côté, on reste un peu frustré. Sans doute n’est-ce pas une question de moyens mais de choix interprétatif, comme si elle tenait à constamment faire montre de son beau son, ce qui, à la longue, nuit à la musicalité. Il faut dire, à sa décharge, qu’un duo piano violon se nourrit toujours de l’élan donné par le piano et que, de ce côté, elle n’a pas été aidée. Takashi Sato a un joli toucher, et de l’agilité, mais peu d’assise dans les graves et un jeu sans fougue ni relief.

De la Sonatine de Schubert, nous ne pouvons pas parler, les impondérables du métro parisien nous ayant empêché de l’entendre. C’est donc par le Caprice de Kreisler qu’on a fait connaissance avec Emilie-Anne Gendron. On a parlé ailleurs de ces acrobaties systématiquement insérées dans le programme des jeunes violonistes, celles-ci n’ont pas échappé à la règle. Certes, Emilie-Anne Gendron s’en est très honorablement sortie, et on ne peut lui faire grief d’avoir parfois trébuché là où Kreisler lui-même ne franchissait pas toujours l’obstacle aisément, mais on garde nos doutes sur la nécessité de ce qui ressemblait moins à un impératif musical profond qu’à la volonté d’exhiber un savoir-faire, même si ce fut fait avec une sensibilité indéniable.

Rhapsodic Musings de Carter fut finalement le clou du récital, parce que, n’essayant pas seulement de faire montre de virtuosité, la violoniste est allée en chercher le tragique en une version moins abrupte que ce qu’on peut attendre dans cette œuvre, mais très inspirée.

Sur cet élan, on était en droit de se montrer gourmand avant la sonate de Prokofiev. Malheureusement, si Emilie-Anne Gendron a montré une belle capacité à varier les registres, elle a paru freinée constamment par le piano. Sa fougue dans certains passages des premier et quatrième mouvements ne rencontrait pas d’écho, et l’absence de fantaisie et de motricité de Takashi Sato empêchait totalement le deuxième mouvement de décoller. On en était réduit à louer les intentions esquissées ou avortées et la constante qualité du son.

Restait Gershwin en rappel, mais là, les carences n’étaient pas imputables au seul pianiste. Il y manquait pour les deux instrumentistes le côté canaille et enjôleur sans lequel cette musique tombe à plat. Cela venait confirmer l’impression d’une violoniste possédant un bel instrument à sa disposition mais qui doit désormais apprendre à le faire vivre.

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- Paris
- Auditorium du Louvre
- 24 septembre 2009
- Franz Schubert (1797-1828), Sonatine pour violon et piano n°3 en sol mineur D 408
- Fritz Kreisler (1875-1962), Caprice op. 6
- Elliott Carter (né en 1908), Rhapsodic Musings
- Serge Prokofiev (1891-1953), Sonate pour piano et violon n° 2 en ré majeur, op. 94a
- Emilie-Anne Gendron, violon
- Takashi Sato, piano






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