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Elisabetta de Rossini

mercredi 30 avril 2008 par Richard Letawe

Le répertoire belcantiste est regrettablement sous représenté à la Monnaie, où on ne lui accorde que quelques versions de concert de temps à autre. La saison prochaine devrait changer la donne avec deux titres en version scénique, malheureusement pas les choix les plus audacieux : la Cenerentola et Lucia di Lamermoor. En attendant, il fallait se contenter cette saison de la rare Elisabetta Regina d’Inghilterra de Rosssini, un concert qui a été donné également à Amsterdam, Paris et Luxembourg.

Il ne faut pas le cacher, cette Elisabetta était programmée essentiellement sur le nom de Anna Caterina Antonacci, qui en déclarant forfait à quelques jours de la première, a radicalement fait baisser l’intérêt artistique de l’entreprise. Sa remplaçante dans le rôle-titre est la valeureuse Marguerite Krull, chanteuse originaire du Michigan, jusqu’à présent essentiellement active outre-Atlantique. Elle a le mérite d’être là, et d’assurer crânement, avec une belle prestance physique, mais le rôle, écrasant, est très au-dessus de ses possibilités. Le chant est scrupuleux, mais très scolaire, le timbre n’a guère d’attraits, et les aigus sont timides et forcés. Barrée par son manque de puissance et de projection, on la devine parfois plus qu’on ne l’entend, ce qui malgré sa bonne volonté et son implication, déséquilibre la distribution.

Le reste de la distribution est pourtant fort satisfaisant, avec d’abord dans le rôle en or du fourbe Norfolc, le ténor Antonino Siragusa. Celui-ci, qui avait déjà été il y a trois ans dans la même salle un splendide Elvino de la Sonnambula, réalise une prestation de toute beauté. Il compense ainsi un timbre un peu sec et une émission légèrement nasale par un chant ensoleillé, à la projection radieuse, et aux aigus sûrs et glorieusement tenus.

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Antonino Siragusa
DR

Ne criant jamais, il remplit pourtant toute la salle de sa voix, transperçant l’orchestre sans faiblir, il fait vivre son personnage, sans avoir besoin de costume ou de mise en scène, et chacun de ses airs est salué par de longues ovations du public, qu’il accueille avec une visible satisfaction. Le rôle de Leicester est confié à Gregory Kunde, remplaçant Dario Schmunk. Dans ce cas, on n’y perd rien au change, car Kunde, pourtant enroué, est un rival de valeur pour Norfolc. Le timbre est certes un peu abîmé, mais la voix est large et corsée, le chant est intègre, juste et puissant, et l’interprète est formidablement généreux. Engagé dans un véritable duel de ténor dans la scène de la prison du second acte, il ne cède rien à son adversaire, et les deux sont copieusement applaudis. Matilde, épouse secrète de Leicester et fille de Mary Stuart est chantée par Anna Maria dell’Oste avec les honneurs. Le registre grave manque de substance, la vocalisation est parfois imprécise, mais les aigus sont sonores et ont de l’éclat, et le personnage est émouvant. Les comprimarii, Enrico et Guglielmo, tenus respectivement par Blandine Staskiewicz et Yves Saelens, sont quant à eux tout à fait corrects.

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Gregory Kunde
DR

Lourde et bruyante, insensible aux nuances, avare en précision et couvrant trop souvent les chanteurs, la direction de Julian Reynolds est un exemple à ne pas suivre. L’orchestre de la Monnaie, dans lequel les décalages sont nombreux, ne brille ni par ses solistes, souvent brouillons, ni par sa sonorité assez râpeuse.

Le niveau orchestral décevant, associé aux faiblesses du rôle-titre fait de cette soirée un demi-échec. Les prestations de Gregory Kunde et d’Antonino Siragusa auraient assurément mérité meilleure compagnie.

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- Bruxelles
- Palais des Beaux Arts
- 22 avril 2008
- Gioacchino Rossini (1792-1868), Elisabetta, Regina d’Inghilterra, Dramma per musica en deux actes, sur un livret de Giovanni Federico Schmidt
- Marguerite Krull, Elisabetta ; Gregory Kunde, Leicester ; Annamaria Dell‘Oste, Matilde ; Blandine Staskiewicz, Enrico ; Antonino Siragusa, Norfolc ; Yves Saelens, Guglielmo
- Chœurs de la Monnaie, chef de chœur Piers Maxim
- Orchestre Symphonique de la Monnaie
- Julian Reynolds, direction











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