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Elias par Kurt Masur et l’ONF

lundi 19 janvier 2009 par Cyril Brun
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Kurt Masur
DR

Les critères d’appréciation d’une œuvre telle qu’Elias sont aussi divers que complexes. L’histoire personnelle de Mendelssohn, l’histoire culturelle d’une Allemagne qui se cherche, la place même du compositeur, redécouvreur de la Passion de Bach, l’influence hændelienne, son génie musical et enfin le texte biblique, qu’il soit luthérien ou anglican, sont autant de paramètres à prendre en considération avant même d’aborder la partition.

On peut dire sans conteste que l’équilibre proposé par Kurt Masur ce soir, au Théâtre des Champs-Élysées, prenait en compte l’ensemble des données. La dramaturgie était là, accentuée par Alastair Miles qui non seulement chantait mais jouait son rôle d’Élie ; les choix de composition de Mendelssohn se retrouvaient parfaitement à leur place, malgré la complexité de ceux-ci et l’imbrication des contraintes que le compositeur souhaitait intégrer. Il faut dire que la partition n’avait rien laissé au hasard, comme tant de grands compositeurs l’ont signalé. L’équilibre interne des musiciens de l’orchestre servit, avec autant de finesse que de précision, une écriture musicale qui pourrait vite devenir lourde et oppressante sans de telles qualités. Le chœur imposant se mariait bien avec l’orchestre pour rendre à la fois le lyrisme et la pesanteur du drame d’Élie, tandis que le petit chœur, très fin, sut tenir sa place malgré l’imposante machine orchestrale qui le soutenait sans jamais l’écraser.

Pour être juste, il conviendrait de citer chacune des voix solistes, qui s’épousaient avec équilibre et rigueur, mettant à profit une homogénéité appréciable des timbres. Saluons seulement Werner Güra qui, bien qu’atteint par le froid parisien, ne dépareilla pas, malgré un léger manque de puissance bien compréhensible. L’écriture remarquable, et remarquée, fut sans aucun doute l’objet de tous les soins de Kurt Masur et il n’y aurait pas assez d’une chronique pour en présenter la finesse et la précision. Il fallait bien le talent et l’expérience du chef pour réussir à traduire musicalement la richesse d’une partition qui ne souffre pas qu’on en reste à la simple convention des signes. Malgré tout, signalons dans la deuxième partie une certaine lourdeur des cuivres renforcée par la scène, finalement peu adaptée à une œuvre aussi puissante et dense. De fait, la qualité d’interprétation a quelque peu pâti de l’engoncement sur scène du chœur dans un cube ; face à cela, on pouvait noter un léger déséquilibre avec les solistes, Elias en particulier, plus libres sur le devant du plateau. Mais le contraste, à la première écoute, semblait jouer en sa défaveur.

Conquis d’avance par le retour de Kurt Masur, avec lequel s’est tissée au fil des années une véritable histoire d’amour, le public ne s’est pas arrêté à ce qui reste des détails et l’ovation finale sut témoigner de la qualité de la soirée, en même temps que de la joie que le public parisien avait de retrouver le chef allemand.

- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 11 janvier 2009
- Felix Mendelssohn (1809-1847), Elias
- Alastair Miles, basse (Elias) ; Malin Byström, soprano ; Iris Vermillion, mezzo-soprano ; Werner Güra, ténor ; Dorothée Lorthiois, soprano ; Khatouna Gadelia, soprano ; Sophie Pondjiclis, mezzo-soprano ; Blandine Staskiewicz, mezzo-soprano ; Stanislas de Barbeyrac, ténor ; Paolo Fanale, ténor ; Thomas Dolié, baryton ; Nahuel di Pierro, basse
- Maîtrise de Radio France. Sofi Jeannin, chef de chœur
- Choeur de Radio France. Michael Gläser, chef de choeur
- Orchestre National de France
- Kurt Masur, direction


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