ClassiqueInfo.com




Elektra à Strasbourg

vendredi 1er février 2008 par Bertrand Balmitgère
JPEG - 17.3 ko
Janice Baird
Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

Commençons notre voyage aux frontières de la folie en parlant de la production. Celle-ci est une reprise de la mise en scène du strasbourgeois Stéphane Braunschweig, créée en 2002, qui était restée dans toutes les mémoires comme un excellent cru. Il n’y avait donc que peu de risque que le spectacle soit un échec, mais il fallait oser tenter braver l’éternel goût du public pour la nouveauté et surtout disposer d’une distribution à la hauteur.

JPEG - 16.5 ko
Janice Baird, Nancy Weissbach
Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

La scénographie que l’on peut qualifier d’économe se résume sobrement à la présence au centre de la scène d’une baignoire symbolisant l’assassinat d’Agamemnon. Nous sommes là dans le monde d’Elektra, celui de la vengeance poussé à son extrême. En arrière fond se dresse la chambre à coucher de couleur pourpre des conjurés, sa mère Klytämnestra et son beau-père Egisthe avec pour seul décor une porte en hauteur et le lit en désordre, reflet des infidélités du couple tant honni. Ces deux plans, toujours en oppositions ayant pour but permanent de rappeler la trame de fond du drame qui se joue nous nos yeux, avec pour thème la vengeance teintée de folie. Effet accentué par les lumières de Marion Hewlett : des couleurs oscillant entre le sombre et le clair obscur, comme pour dessiner l’incertitude du destin des Atrides, marqués par le sceau de leur crime et de leurs démons intérieurs, qui à terme causeront leur perte. La réussite de cette mise en scène tient donc surtout à sa simplicité, et à son jeu d’acteur dépouillé à bon escient qui permet une plus grande intimité avec le spectateur.

JPEG - 22.1 ko
Janice Baird, Jadwiga Rappé
Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

La principale découverte de la soirée est l’Elektra de Janice Baird qui avait déjà endossé ce rôle à Toulouse et à Nantes avec grand succès. Pour ceux qui ne la connaissaient pas encore, il y a fort à parier qu’après la démonstration vocale et scénique qu’elle a offerte ce soir, rares seront ceux qui dans l’assistance seront prêt d’oublier sa voix et encore moins son visage. Jancie Baird n’est pas une chanteuse sur scène qui interprète Electre, elle est Electre, et de mémoire strasbourgeoise, on avait rarement vu une chanteuse, mais on peut parler aussi d’actrice tellement ce fut fort, réussir à investir son rôle de la sorte.
La prestation de Baird est tellement éclatante que l’on en aurait presque oublié le reste de la distribution, et pourtant que de talent là aussi. La Chrysothemis de Nancy Weissbach est également superbe, ses aigus, sa blondeur font merveille. La Klytämnestra de Jadwiga Rappé est tout aussi éclatante vocalement, compensant ainsi une composition scénique assez convenue, et un peu caricaturale.

JPEG - 21.4 ko
Janice Baird, Jason Howard
Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

A coté de ce trio féminin de grande classe, l’Egisthe de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, dont la voix rappelle celle de Heinz Zednik, est tout à fait correct, mais il ne restera pas dans la légende vu la brièveté et l’ingratitude de son rôle. C’est l’Oreste de Jason Howard qui focalise l’attention, grâce à sa présence scénique. Howard a un physique d’acteur, sculptural, imposant dans le bon sens du terme. Avec Baird, il écrase la scène de sa présence, et le final de l’œuvre qui leur fait la part belle restera sans doute gravé dans de nombreuses mémoires. Jason Howard est donc encore une découverte pour le public strasbourgeois, une de plus, dont soyons-en sûr beaucoup se sont félicités.

JPEG - 31.7 ko
Janice Baird, Nancy Weissbach
Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

Enfin concluons en évoquant l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, qui par expérience reconnaissons-le a souvent eu du mal dans ses prestations à l’opéra. Et bien il faut croire que toute la distribution était touchée ce soir-là par la grâce, car l’orchestre fut très bon. Très inspiré, le chef Daniel Klajner a obtenu tout ce qu’il voulait de la phalange strasbourgeoise, aux cordes magnifiques, et qui a su se mettre au diapason du plateau vocal.
Nous attendons maintenant la prochaine production de l’opéra du Rhin, prévue en mars : Die Walküre de Richard Wagner.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Strasbourg
- Opéra National du Rhin
- 20 janvier 2008
- Richard Strauss (1864-1949), Elektra
- Mise en scène et scénographie, Stéphane Braunschweig ; Reprise de la mise en scène, Georges Gagneré ; Costumes, Thibault Vancraenenbrœck ; Lumières, Marion Hewlett.
- Janice Baird, Elektra ; Nancy Weissbach, Chrysothemis ; Jadwiga Rappé, Klytämnestra ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Aegisth ; Jason Howard, Orest ; Yves Ernst, Der Pfleger von Orest ; Sophie Angebault, Die Aufseherin ; Agnieszka Slawinska, Die Vertraute ; Mayuko Yasuda, Die Schleppträgerin ; Edmundas Seilius, Ein junger Diener ; Jesús de Burgos, Ein alter Diener ; Marie-Noëlle Vidal, Erste Magd ; Ciara Hendrick, Zweite Magd ; Karine Motyka, Dritte Magd ; Laure Delcampe, Vierte Magd ; Marie-Paule Dotti, Fünfte Magd.
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Daniel Klajner, direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 812897

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License