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Elégance de la musique française

jeudi 25 octobre 2012 par Nicolas Mesnier-Nature
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Damien Petitjean
DR

Ce concert de rentrée marquait l’ouverture de la première saison de la nouvelle Scène Nationale de Besançon. Thématiquement français, le programme de ce soir mettait particulièrement en avant les qualités des solistes de la petite harmonie de l’ex Orchestre Besançon Montbéliard Franche-Comté nouvellement nommé Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, volonté politique de rattacher, si besoin est, l’écrivain français le plus connu au monde à sa ville natale, et par là même à entourer d’une aura culturellement reconnue le travail de fond exécuté par cet orchestre depuis l’arrivée à sa tête en 2010 du polyvalent et talentueux Jean-François Verdier.

Des quatre mouvements de Pelléas et Mélisande de Gabriel Fauré, n’est bien connu que le numéro trois, la Sicilienne, un de ses morceaux les plus populaires, comportant une partie soliste importante pour la flûte traversière. Mais on se doutait d’avance que la fraîcheur méthodique, la légèreté de l’instrumentation seraient bien rendues tant la délicatesse transparente des cordes entamant le premier mouvement rompait le silence qui émanait d’un public immédiatement attentif (la qualité du silence de la salle sert de jauge à la qualité d’un concert). Flûte, basson, hautbois, clarinette interviendront chacun à leur tour et parfaitement intégrés au tapis finement tressé des cordes.

Le Concerto pour marimba de Jean-Luc Rimey-Meille est une commande de la Scène nationale de Besançon (2012) et une création mondiale ce soir. Une occasion de faire connaissance et d’apprécier cet instrument emblématique de l’Amérique centrale mais peu travaillé dans nos contrées. L’œuvre est classique dans la forme et dans l’écriture, toute notre attention étant portée sur le soliste, qui donnera un aperçu en solo des multiples possibilités de ce piano aux touches en bois qui peuvent être frappées avec des baguettes de toutes sortes ou avec les mains, multipliant de ce fait les couleurs sonores. L’improvisation brève ouvre sur des mondes musicaux percussivo-mélodiques d’une grande richesse.

Une autre virtuosité est attendue dans le Tombeau de Couperin de Maurice Ravel. Presque hors sujet dans le rapport entre ce que l’on entend et le lien très étroit établi par Ravel avec des victimes de la première guerre mondiale dont les pièces sont dédiées chacune à une victime-amie de compositeurs, cette version orchestrale met particulièrement en avant le hautbois. Le but est dans cette oeuvre de savoir jongler entre l’aspect classique nettement affirmé par le titre, et le modernisme de certaines mesures franchement dissonantes. Jean-François Verdier joue davantage la carte du consensus plutôt que celle de la provocation : ce qui aurait pu être mis ostensiblement en avant, le modernisme mais aussi l’ironie de Forlane par exemple, est en fait fusionné dans un tout bien homogène, ce qui ne porte aucunement tort à l’esprit de l’œuvre et reste comme une des interprétations possibles.

Jouer le Bœuf sur le toit de Darius Milhaud relève du défi rythmique et unitaire. Le risque de patchwork thématique est bien réel dans cet amoncellement de danses sud-américaines, et on aurait du mal à trouver un sens à cette fantaisie sans le retour d’un thème facilement identifiable en guise de refrain. Aussi, les presque vingt minutes déroulées qui nous font voyager musicalement outre-Atlantique peuvent ne représenter qu’un amoncellement superficiel de gaieté forcée et de vulgarité populaire. Heureusement, l’écueil fut évité par un engagement de chaque seconde rendu crédible par une maîtrise constante des transitions et enchaînements qui font de cette musique dont la tendance est de partir dans tous les sens, un bloc unitaire cohérent. Aucune relâche, aucune « facilité » laissant un orchestre de solistes face à lui-même. La direction souple et dansante du chef y était pour beaucoup.

En guise de rappels – visiblement prévus – la dernière pièce de Ma Mère l’Oye -, un Jardin Féérique qui porte très bien son nom, et une Pavane qui sait faire oublier sa très grande renommée par une interprétation « de la première fois », comme une première mondiale, simple et naturelle, sans connotations superflues.

Un concert d’ouverture parfaitement réussi qui augure de belles soirées en perspective.

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- Besançon
- Grand Kursaal
- 09 octobre 2012
- Gabriel Fauré (1848-1924), Pelléas et Mélisande op.80
- Maurice Ravel (1875-1937), le Tombeau de Couperin, version pour orchestre
- Jean-Luc Rimey-Meille (né en 1960), Sampling, concerto pour marimba et orchestre
- Darius Milhaud (1892-1974), le Bœuf sur le toit
- Damien Petitjean, marimba
- Orchestre Victor Hugo Franche-Comté
- Jean-François Verdier, direction











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