ClassiqueInfo.com



Eighth Blackbird à Carnegie Hall : virtuosité et décontraction sans compromis

mardi 1er février 2011 par Thomas Deneuville
JPEG - 76.1 ko
Eigth Blackbird
© Luke Ratray

Entre deux dates nationales, le Sextet de Chicago se produisait ce soir-là dans la salle Zankel de Carnegie Hall, dans un programme varié qui comportait deux pièces de compositeurs français.

Le milieu de la musique de chambre aux Etats Unis est très actif, et vous n’attendiez pas de lire cet article pour l’apprendre. Des formations légendaires, établies depuis des décennies (American Brass Quintet depuis 1960, Juilliard String Quartet depuis 1946, etc.) y côtoient des formations plus jeunes, ambitieuses, et prêtes à « brouiller » les limites, enjamber les barrières (Jack Quartet, etc.). Toutefois, un ensemble y a une place de choix : Eighth Blackbird.

Fondé en 1996, l’ensemble originaire de Chicago tire son nom d’une strophe d’un poème de Wallace Stevens. Ce sextet à la géométrie proche d’un « Quintette Pierrot+1 » (piano, violon, violoncelle, flute, clarinette, et percussions) a déjà commissionné une série impressionnante de compositeurs : Jennifer Higdon (Pulitzer Price en 2010), Steven Mackey, Mark-Antony Turnage, David Lang (Pulitzer Price en 2008), Steve Reich (Pulitzer Price en 2009), ou encore Stephen Hartke dont Meanwhile était jouée ce soir. Eighth Blackbird est célèbre pour son approche décontractée, et son désir de rendre la musique contemporaine plus accessible, sans pour autant sacrifier la musicalité hors pair de ses membres.

Ce désir se traduisait par le programme de cette soirée : un subtil mélange de pièces (relativement) abrasives et d’autres au plaisir plus immédiat. Le concert débutait avec Still Life With Avalanche de Missy Mazzoli. Décrite par la compositrice comme un empilement de mélodies qui s’effondrent, la pièce est une série d’épisodes courts, presque des variations. Le tout était rafraîchissant et on notera les nappes atmosphériques d’harmonica qui ouvrirent et clôturèrent la pièce.

Après cet amuse-bouche, Eighth Blackbird enchainait avec Dérive I de Boulez, admirablement interprété. On a pu y apprécier la clarté des timbres, les contours dynamiques, et le jeu des trilles.

La pièce suivante était d’un autre compositeur français, Philippe Hurel. … à mesure débute comme une série d’explosions soniques, alternées d’unissons, se rapprochant peu à peu. Soudain, l’agitation se déconstruit, les notes se spatialisaient dans l’ensemble, et l’auditeur se retrouve dans un paysage de timbres qui n’est pas sans rappeler un univers spectral—typiquement français lui aussi. Une pièce surprenante.

Dans ce programme intelligemment agencé, les deux plus gros morceaux étaient déjà digérés, et le reste n’était qu’une agréable pente douce. En effet, l’ensemble enchaîna ensuite une pièce de jeunesse de Philip Glass (Music in Similar Motion), une autre pièce de jeunesse et sur la jeunesse, pourrait-on dire, de Thomas Adès (Catch, Op. 4), avant de finir par une dernière commission de Stephen Hartke, Meanwhile.

Matt Albert, violoniste, introduisit Meanwhile en expliquant au public que l’ensemble avait collaboré avec un artiste de théâtre à Chicago pour mettre en scène cette pièce qui s’inspire de musiques de cour asiatiques. Le résultat était une interprétation très vive, tantôt cérémonielle, tantôt ludique, d’une fresque pour marionnettes imaginaires (telle que le suggère le titre complet). Une mention particulière pour Matthew Duvall, le percussionniste, qui clôturera la pièce en apothéose de temple blocks, ces petites percussions de bois utilisées lors de cérémonies religieuses en Asie.

Au-delà de leur éblouissante musicalité et virtuosité, ce que l’on retient de Eighth Blackbird, c’est surtout leur accessibilité, et leur démarche atypique : de nombreuses pièces sont souvent jouées de mémoire, et l’aspect visuel de la performance n’est jamais négligé. Chaque pièce était introduite par un des membres de manière très informelle, confessant parfois, et sans fausse modestie, la difficulté éprouvée lors de l’interprétation d’une d’entre elles. À l’heure où d’aucuns s’interrogent sur l’avenir de la musique classique au XXIe siècle, aux États-Unis comme ailleurs, Eighth Blackbird suggère des réponses à qui sait les entendre.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- New York, USA
- Carnegie Hall, Zankel Hall
- 31 janvier 2011
- Missy Mazzoli (né en 1980), Still life with avalanche
- Pierre Boulez (né en 1925), Dérive 1
- Philip Glass (né en 1937), Music in similar motion
- Philippe Hurel (né en 1955), …à mesure
- Thomas Adès (né en 1971), Catch Op.4
- Stephen Hartke (né en 1952), Meanwhile, incidental music to imaginary puppet plays
- Eighth Blackbird : Tim Munro, Flutes ; Michael J. Maccaferri, Clarinettes ; Matt Albert, Violon et alto ; Nicholas Photinos, Violoncelle ; Lisa Kaplan, Piano ; Matthew Duvall, Percussions











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 803876

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique d’ensemble   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License