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Eh ben Didon ….

jeudi 4 décembre 2008 par Philippe Houbert
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DR Elisabeth Carecchio

Nous ne savons si d’autres institutions musicales parisiennes profiteront, en 2009, du 350ème anniversaire de la naissance de Henry Purcell pour mieux faire connaître la musique de l’Orpheus britannicus, mais il faut espérer que ces éventuelles productions seront d’un autre niveau que ce médiocre Didon et Enée. Cet anniversaire n’était-il pas un événement assez important pour passer commande d’une mise en scène originale au lieu de cette reprise, adaptée nous dit-on, sans nous préciser en quoi consistent ces adaptations, d’un spectacle donné aux Wiener Festwochen en mai 2006 ?

Du point de vue théâtral, la mise en scène de Deborah Warner laisse rêveur. En lisant la biographie de la dame, nous découvrons qu’elle fut metteur en scène en résidence de la Royal Shakespeare Company et associée au Royal National Theater de Londres. Et, effectivement, ça ne démarre plutôt pas mal. Si la musique que Purcell avait composée pour constituer le Prologue de son opéra a disparu, le texte prévu à cet effet par Nahum Tate nous est resté. Cette histoire d’Echo et Narcisse est très bien rendue par l’actrice Fiona Shaw, de façon très décontractée et avec beaucoup d’humour.

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DR Elisabeth Carecchio

Les choses se gâtent malheureusement dès la vraie ouverture musicale, couverte en grande partie par les piétinements d’une bande de charmants bambins que l’on retrouvera tout du long de l’opéra, sans que quoique ce soit dans l’action ne justifie leur présence. Décor quasi unique : fond de scène avec une sorte de forteresse qui sera très peu utilisé, devant, un rideau supposé symboliser la frontière entre monde intime et monde extérieur (tarte à la crème à laquelle seul Johan Simmons, dans sa mise en scène du Simon Boccanegra à Bastille, avait su donner une vraie valeur théâtrale) et, au milieu de la scène, une sorte de plateau sur lequel les principaux personnages montent, le chœur et les personnages secondaires restant sur les côtés et admirant les héros, comme représentants des spectateurs que nous sommes….. Enfin, le genre de grosses ficelles qui ont pu faire illusion il y a 30 ans.

Pour compléter ce tableau théâtral, quelques piailleries des bambins à chaque fois que la sorcière fait son apparition (Didon et Enée transformé en Hänsel et Gretel !), les mêmes enfants exécutant (verbe à comprendre à tous les sens du terme) les intermèdes dansés, et des acrobates (un metteur en scène lambda d’opéra baroque ne sortira jamais sans sa bande d’acrobates) pour mimer l’orage. A côté de cela, la psychologie des personnages est envoyée aux oubliettes et, comble du comble, ce qui fait le génie de cet opéra (la juxtaposition du tragique sublime – des héros déchirés entre devoir et passion – et du grotesque – les sorcières) est complètement mis à plat, les héros devenant de simples pantins pitoyables et les sorcières ramassant la mise. Jamais n’avons-nous été aussi peu ému par la scène finale, où Didon et Enée se disputent et où la reine se donne la mort.

A ce non-sens théâtral, vient malheureusement s’ajouter un quasi-désastre musical. Est-ce bien le même William Christie qui émerveillait le monde musical, il y a 22 ans de cela, dans cette même salle Favart, avec l’Atys de Lully [1] ? Comment peut-on faire sonner aussi pauvrement un orchestre qui regroupe les noms de Myriam Gevers, Mihoko Kimura, Emmanuel Balssa, Anne-Marie Lasla, Sébastien Marq, Pier Luigi Fabretti, Claude Wassmer ? Comment peut-on dénaturer une basse continue en se mettant soi-même au clavecin surélevé et une viole de gambe et un violone enfoncés sous la fosse, donc parfaitement inaudibles ? Comment peut-on ne pas entendre un chœur qui n’est quasiment jamais ensemble (de ce point de vue, le chœur final de déploration tournait au risible) ? Comment peut-on avoir oublié que le baroque est fait de courbes, d’articulations, de discours rhétorique ?

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DR Elisabeth Carecchio

Ce que William Christie nous délivre ici est d’une platitude affligeante. D’autant plus affligeante que le chef semble avoir complètement oublié aussi que le répertoire baroque requiert un certain type de voix, qu’un style de déclamation ne s’improvise pas. Or, les chanteurs rassemblés dans cette production, à la seule exception de la Belinda de Judith van Wanroij, sont absolument dénués de la moindre notion de style, de la moindre capacité à exécuter correctement un ornement. Nous avons donc eu à souffrir une Didon (Malena Ernman) au timbre indifférent, savonnant les ornements, chevrotante dans l’aigu ; un Christopher Maltman (pourtant excellent récitaliste dans les éditions Fauré et Schumann chez Hyperion), peu aidé par la costumière (ah !le fou rire intérieur quand Belinda déclare « How godlike is the form he bears ! »), au vibrato envahissant et confondant quelque peu Masetto et Enée ; une Hillary Summers, en faisant des tonnes en Magicienne mais oubliant toute notion de style, de même que ses assistantes, Céline Ricci et Ana Quintans. Quitte à nous répéter, il faut sauver de ce naufrage Judith van Wanroij, très bonne Belinda à la fois sur le plan vocal et sur le plan théâtral.

Espérons, sans trop y croire, que ce spectacle, vu à la première représentation, pourra progresser dans les jours à venir.

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- Paris
- Opéra Comique
- 3 décembre 2008
- Henry Purcell (1659-1695) : « Dido and Aeneas »
- Mise en scène, Deborah Warner ; Décors et costumes, Chloe Obolensky ; Lumières, Jean Kalman
- Didon , Malena Ernman ; Enée , Christopher Maltman ; Belinda , Judith van Wanroij ; Magicienne/Sorcère , Hillary Summers ; Seconde femme , Lina Markeby ; Première sorcière , Céline Ricci ; Deuxième sorcière , Ana Quintans ; Esprit , Marc Mauillon ; Marin , Ben Davies ; Actrice du prologue , Fiona Shaw ; Acrobates , Sébastien Bruas, Romulo Pelliza, Loïc Reiter, Willy Grassmann, Nicolas Cornicci, Thomas Van Uden
- Chœurs et Orchestre Les Arts Florissants
- William Christie, direction

[1] et dire que l’on parle d’une nouvelle production avec le même pour 2010 !











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