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Duo vériste au Metropolitan Opera

jeudi 2 avril 2009 par Pierre Brévignon
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Nuccia Focile
© Marty Sohl/ Metropolitan Opera

A côté des nouvelles productions fastueuses de la saison 2008-2009, dont une Sonnambula par Marie Zimmerman où triomphe Natalie Dessay, le Met exhume aussi quelques mises en scène historiques, au risque d’un grand écart stylistique difficile à assumer.

Ce double bill archi rebattu présentant les deux œuvres fondatrices du vérisme italien est ici présenté dans la production conçue en 1970 par Franco Zeffirelli. Un metteur en scène qui n’a jamais brillé par un imaginaire novateur débridé, mais plutôt par un solide métier théâtral assorti d’un tout aussi solide penchant pour le clinquant et le grand spectacle. Le ténor argentin José Cura, qui avait fait ses débuts au Met dans le rôle de Turiddu voilà dix ans, est la tête d’affiche de cette soirée, accompagné par la Hongroise Ildiko Komlosi dans Cavalleria Rusticana et par Nuccia Focile dans Pagliacci.

L’opéra de Mascagni sied parfaitement à la vision de Zeffirelli : ce parvis d’église d’un village sicilien se peuplant, au fil de la matinée, d’une foule bigarrée permet au Met de placer en un minimum d’espace scénique un maximum de figurants. Le nombre double lorsque s’avance en arrière-plan la somptueuse procession de Pâques, avec ses costumes chatoyants, ses statues dorées, ses bannières diaprées... Et, comme il reste encore un peu de place, pourquoi ne pas caser un cheval ? Sur un plateau aussi surpeuplé, les chanteurs éprouvent une certaine difficulté à se mouvoir et à s’extirper de la masse, au point que les choristes finissent par déclamer, immobiles, face au public…

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© Marty Sohl/ Metropolitan Opera

Tableau tout aussi mitigé du côté des chanteurs : Ildiko Komlosi pousse sa voix de mezzo dans des retranchements périlleux - auxquels, il est vrai, le chant vériste nous a habitués - et outre son jeu sur le mode paroxystique permanent. Comme Jane Bunnell n’est pas en reste, leur duo prend des airs de grande tragédie grecque sans que le chant y trouve son compte… Petite éclaircie vocale avec l’entrée du baryton Alberto Mastromarino qui, pour ses débuts au Met, s’impose par une aisance scénique et par un contrôle vocal irréprochables. En comparaison, José Cura semble curieusement emprunté, et on est surpris de constater que sa voix a parfois du mal à passer la rampe - c‘est particulièrement flagrant dans le brindisi. L’orchestre de Mascagni n’est pourtant pas d’une densité impénétrable, d’autant que la direction de Pietro Rizzo accentue son caractère fragmenté. Hormis un bel intermezzo, la matière musicale demeure bien maigre… (Le Villi, autre opéra en un acte composé par Puccini deux ans plus tôt, offre une partition autrement plus consistante.)

Seul émerge de cette petite heure d’opéra le très beau « Quel vino è generoso » final de Turridu : Cura y trouve enfin le bon dosage entre accents dramatiques et plénitude vocale. La suite de la soirée verra son organe monter en puissance, pour la plus grande joie des spectatrices.

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Alberto Mastromarino
© Marty Sohl/ Metropolitan Opera

Car si Pagliacci joue sur le même type de couleur locale que son éternel binôme, la lecture qu’en propose Zeffirelli paraît, ô surprise, plus nuancée. Cette roulotte de saltimbanques brinquebalante (tirée par son inévitable cheval - à quand une mention « aucun animal n’a été maltraité pour ce spectacle » dans les programmes du Met ?) nous renvoie au Fellini de La Strada voire au Bergman de la Nuit des forains, avec leurs jeux de miroirs entre la vie et le théâtre. Il est vrai aussi que le prologue, superbement enlevé par Mastromarino, installe d’emblée l’œuvre dans une perspective menaçante… La suite du spectacle confirme le retour en voix de Cura, dont le « Un tal gioco » assuré fait pendant au « No, Pagliaccio non son » de la scène finale. Nuccia Focile, en Nedda, joue les coquettes avec un timbre de voix acidulé qui sert joliment son « Stridono lassù » et son duo avec Vasili Ladyuk, comprimario de luxe. Ces petits bonheurs disséminés au gré d’une production satisfaisante sans être inoubliable suffisent pour sauver la soirée. Et, à défaut d’avoir été ébloui par le ténor vedette, on aura eu le plaisir de goûter la double prestation d’un formidable baryton : Alberto Mastromarino.

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- Pietro Mascagni (1863-1945), Cavalleria Rusticana
- José Cura, Turridu ; Ildiko Komlosi, Santuzza ; Jane Bunel, Mamma Lucia ; Alberto Mastromarino, Alfio ; Ginger Costa Jackson, Lola
- Ruggero Leoncavallo (1857-1919), I Pagliacci
- José Cura, Canio ; Nuccia Focile, Nedda ; Tony Stevenson, Beppe ; Alberto Mastromarino, Tonio ; Vasili Ladyuk, Silvio
- Mise en scène, décors et costumes, Franco Zeffirelli
- The Metropolitan Opera Orchestra and Chorus
- Pietro Rizzo, direction.











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