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Du temps de Mozart …

mercredi 19 octobre 2011 par Philippe Houbert
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Marie Kalinine
DR

Deux ans après Grétry, c’est à Antoine Dauvergne que le Centre de Musique baroque de Versailles a décidé de consacrer ses traditionnelles Grandes Journées d’automne. On se dispensera d’ergoter sur l’appartenance de Dauvergne à la sphère baroque pour savourer pleinement le plaisir de la découverte d’une musique trop rarement donnée. Mais la surprise fut réelle de voir que le premier concert de ces Journées ne comportait pas une note de celui qui dirigea l’Académie royale de musique, ancêtre de l’Opéra de Paris, de 1780 à 1790, mais était consacré à de larges extraits d’œuvres de deux des compositeurs majeurs de cette décennie : Sacchini et Grétry.

Antonio Sacchini, né à Florence en 1730, étudia à Naples auprès de Durante, puis fit carrière à Venise et à Rome, où il multiplia les compositions de style seria et buffa. Ce sont ensuite l’Allemagne et l’Angleterre qui l’accueillirent. Il devint le roi du King’s Theater, avec dix opéras donnés mais une vie passagèrement dissolue l’obligea à s’installer à Paris en 1781. Il y fut choyé par la coterie italienne qui entourait Marie-Antoinette, dont il devint le professeur de chant. Quatre tragédies lyriques verront le jour à l’Académie royale, dont ce Renaud ou la suite d’Armide, datant de 1783, dont de larges extraits nous étaient proposés. Bien que l’œuvre soit encore répertoriée comme tragédie lyrique, on est ici très loin des grands drames que le XVIIIème siècle produisit dans ce genre. Quelques contrariétés passagères seront assez vite balayées et l’œuvre se termine dans un happy end entre Renaud et Armide. Ce dernier rôle fut donné par la célèbre Rosalie Levasseur (la créatrice de l’Alceste, de l’Armide et d’Iphigénie en Tauride de Gluck) mais celle-ci dut déclarer forfait au bout de trois représentations, ce qui mit quasiment fin à sa brillante carrière. Ici, c’est Marie Kalinine qui incarnait la princesse guerrière. Très beau timbre, très prenant, superbe ligne de chant, mais, malheureusement, diction souvent problématique, ce d’autant que nous avons pris la triste habitude de nous référer à des sur-titres, mêmes pour des opéras que nous connaissons pas cœur, ce qui n’était évidemment pas le cas ici. Jeffrey Thompson fut un admirable Renaud, châtié et à la technique d’ornementation hors pair. Aimery Lefèvre, en père d’Armide, confirma tous les espoirs que les mélomanes mettent en lui : voix d’une grande noblesse, style parfait et diction exemplaire. Nous fûmes moins captivé par Benoît Capt dans le petit rôle d’une divinité infernale. Enfin, Julia Fuchs fut une jolie Mélise, à la belle technique même si le timbre apparait, ici ou là, un peu acidulé. Nous allions oublier de préciser que la musique de Sacchini fut une splendide découverte, faisant mieux comprendre l’enthousiasme des contemporains. L’introduction orchestrale au grand air d’Armide n’est pas très loin de l’Idoménée d’un certain Wolfgang. Les airs et ensembles de belle qualité sont dans un style très proche de Gluck, le génie en moins. Il est juste dommage que Hervé Niquet ait dirigé tout cela à un train d’enfer (avait-il peur que l’on s’ennuie ?), sans beaucoup de nuance et de façon très droite. Regret accentué par le fait que le Concert Spirituel était dans une forme royale.

En seconde partie de concert, ce sont des extraits d’une comédie-lyrique de Grétry, Panurge dans l’île des Lanternes, qui étaient donnés. Pièce qui fit corps avec deux autres du même genre, l’Embarras des richesses et la Caravane du Caire, Panurge n’a rien à voir avec l’univers rabelaisien. Ce Panurge-là est un mari volage qui se trouve, bien malgré lui, obligé d’arbitrer entre diverses beautés et qui, ne sachant comment s’en sortir car ne comprenant pas le rôle qu’on essaie de lui faire jouer, s’en remet à une Pythonisse qui s’avère être …. la femme qu’il a abandonnée. Tout rentrera évidemment dans l’ordre. Ne connaissant pas l’œuvre dans son intégralité, il est difficile de dire si les nombreux ensembles proposés sont caractéristiques de la pièce. En tout cas, le tout est vivace, galant, sans grande portée il faut bien l’avouer, mais complétant délicieusement la soirée. Aimery Lefèvre en Panurge et surtout Katia Vellétaz en Clymène, la femme-pythonisse, furent absolument remarquables d’humour, de style et de technique. Les deux sœurs, Julie Fuchs et Jennifer Borghi, assurèrent leur partie avec fougue et gaité. Mathias Vidal, Jeffrey Thompson et Benoit Capt complétaient une jolie distribution. Mais, comme dans Sacchini, on regrette la précipitation mise par Hervé Niquet à enlever le tout à vitesse grand V, même si ça pouvait mieux se justifier ici que dans l’œuvre donnée en première partie.

Une très jolie soirée à laquelle il est dommage que l’Opéra de Paris ne se soit pas associé. On rêve d’autres concerts nous faisant découvrir de nouveaux trésors cachés.

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- Versailles
- Opéra royal du château de Versailles
- 04 octobre 2011
- Antonio Sacchini (1730-1786), Renaud ou la suite d’Armide, tragédie lyrique sur un livret de Pellegrin (extraits)
- Mélise, Julie Fuchs ; Doris, Katia Vellétaz ; Iphise, une Divinité, Jenniger Borghi ; Armide, Marie Kalinine ; Une divinité, un suivant, Mathias Vidal ; Renaud, Jeffrey Thomson ; Hidraot, Aimery Lefèvre ; une divinité, Benoît Capt
- André Ernest Modeste Grétry (1741-1813), Panurge dans l’ïle des Lanternes, comdéie lyrique sur un livret de Morel de Chédeville (extraits)
- Zénire, Julie Fuchs ; Clymène, Katia Vellétaz ; Agarène, Jennifer Borghi ; une Lanternoise, Marie Kalinine ; Acaste, Mathias Vidal ; un Lanternois, Jeffrey Thomson ; Panurge, Aimery Lefèvre ; Zirphile, Benoît Capt
- Le Concert Spirituel
- Hervé Niquet, direction











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