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Du Bourgeois à Cadmus : Lully roi à Versailles

jeudi 4 décembre 2008 par Philippe Houbert
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Il était très tentant pour Vincent Dumestre et son Poème Harmonique de clôturer les Grandes Journées Lully organisées par le Centre de Musique Baroque de Versailles, par un concert établissant un lien entre les deux formidables projets menés musicalement par ce chef et cet ensemble au cours des dernières années.

Ce lien était d’autant plus évident que les deux œuvres, la musique de scène pour le Bourgeois gentilhomme et Cadmus et Hermione, sont voisines chronologiquement – 1670 pour le première, 1673 pour la seconde et qu’elles illustrent le passage de la « comédie-ballet », genre porté à son summum par le duo Molière-Lully, à la tragédie en musique, que le tandem Lully-Quinault mènera très rapidement à son premier apogée.

Ce que Benjamin Lazar (mise en scène), Cécile Roussat (chorégraphie) et Vincent Dumestre (direction musicale) ont fait du Bourgeois gentilhomme, un large public le sait désormais, et pas qu’en France. L’aventure débuta au Festival d’Utrecht à la fin de l’été 2004 pour s’étendre à toute la France, en passant par le Festival baroque de Pontoise et les représentations au théâtre Trianon de Paris, où le spectacle fut immortalisé pour donner les DVD parus chez Alpha. Ensuite, le spectacle fut donné dans de nombreux pays européens et même au Japon.

Samedi soir, Vincent Dumestre avait sélectionné la partie musicale la plus étendue dans la continuité, à savoir le Ballet des Nations qui clôt le spectacle, une fois que l’intrigue théâtrale est terminée. S’il est évident que qui a vu ce spectacle plusieurs fois à l’époque, puis connaît le DVD par cœur, peut se montrer immédiatement déçu de ne pas retrouver la splendeur des costumes et de la gestuelle baroque, il ne faut tout de même pas bouder le plaisir de retrouver ces pièces dans une interprétation vocale où la truculence de Serge Goubioud et d’Arnaud Marzorati rivalisent avec le lyrisme d’André Morsch, Claire Lefilliâtre et Isabelle Druet.

L’ensemble instrumental du Poème Harmonique est à son meilleur avec l’apport du très beau violon de Mira Glodeanu. Petites réserves néanmoins quant à l’absence de l’entrée des Français, assez inexplicable si ce n’est pour des questions de durée du spectacle, et sur Jean-François Lombard dont la voix de haute-contre ne saurait rivaliser avec celle de François-Nicolas Geslot, interprète de la création. Goubioud et Marzorati brillèrent de même dans la trop courte scène extraite de Monsieur de Pourceaugnac, autre comédie-ballet de Lully et Molière.

Pour illustrer la première tragédie lyrique de l’histoire, le premier opéra français, Cadmus et Hermione, Vincent Dumestre avait savamment choisi deux facettes : une comique, avec les trois premières scènes de l’acte 2, qui voient Arbas, personnage préfigurant Papageno, faire ses adieux à son amoureuse Charite, puis fuir les récriminations de la nourrice qui le désire ; l’autre, lyrique, avec la scène suivante où Hermione et Cadmus se font leurs adieux, et la première scène de l’acte 5 dans laquelle Cadmus croit avoir perdu sa belle. Là encore, les interprètes, et surtout Arnaud Marzorati et André Morsch, font merveille.

En bis, le Poème harmonique nous ramena au « tube « du Bourgeois, la cérémonie turque, véritable numéro de bravoure pour un Marzorati menant la folle farandole, musique baroque à tous les sens du terme. Décidément, une année 2008 bien servie par Vincent Dumestre, amorcée en janvier avec les premières représentations depuis plus de 3 siècles de Cadmus et Hermione à l’Opéra-comique, poursuivie par quelques belles réussites comme le disque Firenze 1616 et le formidable concert Nova Metamorfosi donné au Festival baroque de Pontoise, puis la sortie du DVD de Cadmus il y a quelques semaines (Alpha).

Un bien bel ensemble qui fait honneur à la nouvelle école française d’interprétation du répertoire baroque.

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- « Monsieur de Pourceaugnac » de Molière-Lully – second divertissement de l’acte 1
- « Cadmus et Hermione » de Lully-Quinault : Acte 2, scènes 1 à 4 – Acte 5, scènes 1 et 3
- Le Poème Harmonique :
- Claire Lefilliâtre, dessus
- Isabelle Druet, bas dessus
- Jean-François Lombard, haute-contre
- Serge Goubioud, taille
- Arnaud Marzorati, basse-taille
- André Morsch, basse
- Mira Glodeanu, dessus de violon
- Bénédicte Pernet, dessus et haute-contre de violon
- Géraldine Roux, taille de violon
- Françoise Rojat, quinte de violon
- James Munro, basse de violon
- Elsa Franck, hautbois et flûtes
- Béatrice Delpierre, hautbois et flûtes
- Stéphane Tamby, basson et flûtes
- Lucas Guimaraes, viole de gambe
- Massimo Moscardo, théorbe
- Michèle Claude, percussions
- Frédéric Rivoal, clavecin
- Vincent Dumestre, direction











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