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Doux carnaval pour l’Orchestre national d’Île-de-France

mardi 27 mars 2012 par Thomas Rigail
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Eric Le Sage
DR

Au début du mois de février, l’Orchestre National d’Île-de-France a tourné dans une région parisienne timidement enneigée avec un programme baptisé, c’est de circonstance, « Carnaval ». Si la défection d’Alberto Veronesi et son remplacement par Paul Meyer, célèbre clarinettiste qui s’est lancé il y a quelques années dans la direction d’orchestre et collaborateur régulier du pianiste Eric Le Sage, fait s’envoler Momoprecoce de Villa Lobos, la pièce la plus rare du programme, au profit d’un plus classique concerto de Mozart, le concert conserve une douce fraîcheur qui n’incarne pas tout à fait son intitulé, mais montre un orchestre en bonne forme.

L’Orchestre National d’Île-de-France a sans doute pour principale qualité de n’avoir aucun défaut rédhibitoire. Ses cordes ont une bonne cohérence, ses bois n’ont guère de personnalité mais ne sont pas asphyxiés au moindre forte, ses cuivres assurent avec discrétion leur partie, sans jamais débrailler. Des orchestres « secondaires » de la région parisienne, il est sans doute le plus solide, avant tout parce qu’il ne laisse passer que peu de ratés purement techniques, et assure en permanence un degré minimal de cohésion. Il manquera de toute évidence l’intensité des phrases, la souplesse dans les pupitres, les saillies des vents, qui font les orchestres supérieurs, mais l’ensemble conserve d’un bout à l’autre du concert un aplomb fondamental et une énergie qui évite les absences trop flagrantes.

Le concert s’ouvre sur Masques et bergamasques de Fauré, œuvre plus rarement donnée que la rebattue suite de Pelléas et Mélisande : pas bien meilleure, cette suite a le mérite d’être sans prétention, mais ouvre les hostilités dans une torpeur que l’acoustique de la salle Malsherbes, avec sa scène basse de plafond qui ferait fuir un musicien claustrophobe, ne fait que renforcer. L’Ondif ne réveille pas l’œuvre : la sonorité est opaque, le geste de direction encore un peu flasque, et l’œuvre se déroule sans heurts mais sans brio. Le charmant Carnaval de Darius Milhaud est plus ensoleillé : les cuivres sont lumineux sans trop en faire dans le débraillé, et les traits instrumentaux ont assez de répondant pour exister. Ils sont il est vrai portés par un Eric Le Sage qui se joue de la partition, croquant les lignes avec facilité, mais la désinvolture élégante et la légèreté impertinente suffisent amplement ici, et le pianiste évite avec naturel toute sortie vers le mauvais goût.

Plus subtil est son rôle dans le Concerto n°17 de Mozart : ce piano raffiné et sans affèterie, conduit avec une élégance jamais appuyée, phrasant avec discrétion, est d’une finesse toute adéquate ici, et maintient l’œuvre dans sa simplicité et son évidence sans avoir à surligner ces caractères. Dans le même esprit mais avec moins d’habileté, Paul Meyer se contente de faire traverser l’œuvre à l’orchestre, entrainant un deuxième mouvement prosaïque sur le plan orchestral et manquant de clarté, mais le fait sans céder à des soulignements inconvenants, et avec une bonne dose de « laisser jouer ». Une belle coda achève le troisième mouvement et par-là cette très aimable performance pianistique.

La Symphonie en Ut de Bizet qui conclut ce programme montrera les mêmes qualités : incisive et sans pesanteur, lumineuse en dépit d’un hautbois un brin timoré, elle semble s’affirmer au fil de son déroulement, avec un sens du rebond bien renouvelé. Nous n’avons guère plus à dire sur l’interprétation d’une telle œuvre : il y a des missions qui dépassent les possibilités des critiques.

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- Maisons-Laffite
- Salle Malsherbes
- 11 février 2012
- Gabriel Fauré (1845-1924), Masques et bergamasques - suite d’orchestre op. 112
- Darius Milhaud (1892-1974), Le Carnaval d’Aix pour piano et orchestre op. 83b
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Concerto n°17 en sol majeur KV453
- Georges Bizet (1838-1875), Symphonie en ut majeur
- Eric Le Sage, piano
- Orchestre National d’Île-de-France
- Paul Meyer, direction






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