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Doute(s)

vendredi 25 avril 2008 par Vincent Haegele
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Kurt Masur
DR

Les doutes et les interrogations des compositeurs ont souvent donné lieu à des pages de musique incroyables : que ce soit avec la Cinquième symphonie de Tchaïkovski, peinture d’une crise morale intérieure, ou avec les Shadows of time de Dutilleux, œuvre porteuse des malaises de tout un siècle, la musique a su remplacer les mots, taire les angoisses et exprimer l’indicible. Le couplage proposé par Kurt Masur pour ce concert au Théâtre des Champs-Élysées, s’est révélé bien plus pertinent qu’attendu. Au point de transporter le malaise des compositeurs dans l’esprit des musiciens de l’orchestre…

Shadows of time : le titre de ces cinq épisodes pour grand orchestre est tout un programme. Faisant explicitement référence aux horreurs de la Seconde guerre mondiale, à l’esprit maléfique menaçant l’ordre du Paradis perdu de Milton et à l’immatérialité du temps, Henri Dutilleux met des notes là où le regard se perd et orchestre une lancinante question : « Pourquoi nous ? Pourquoi l’étoile ? ». Une simple note et naît le doute : do dièse, en l’occurrence, dont la couleur particulière vient baigner le premier mouvement, puis sol dièse (une quinte au-dessus), dans l’interlude poignant faisant suite à l’intervention de la soprano. L’orchestration est redoutable, mais ne devrait pas faire sonner étriqué l’Orchestre National de France : et pourtant, c’est le cas. On se perd en conjectures : comment un ensemble habitué à Ravel et Debussy (dont Shadows of time emprunte la palette de couleurs) peut-il sembler aussi perplexe face à une partition qu’il connaît ? Dès les premières mesures, de sérieux problèmes de cohésion, de sonorité et de motivation surgissent ici et là. La percussion fait preuve d’une rigueur proche de la raideur, la justesse des cuivres et de la petite harmonie n’est pas toujours au rendez-vous. La faute au chef ?

Pour cette première partie, Kurt Masur a choisi de céder la baguette à Simon Gaudenz, jeune chef dont il a repéré le talent et qu’il souhaite présenter au public parisien. L’intention est plus que louable et prouve, si cela était encore nécessaire, les immenses qualités humaines du grand chef allemand.

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Simon Gaudenz
DR

Mais pour cette première, Simon Gaudenz a semblé bien intimidé par l’ampleur de la tâche, et les doutes du chef se sont transmis à l’orchestre. On notera par ailleurs que ce n’est pas l’habituelle version pour orchestre et voix d’enfants qui a été choisie, mais celle recourant à une soprano (Amel Brahim-Djelloul, émouvante).

Kurt Masur effectue finalement son entrée pour la Cinquième symphonie de Tchaïkovski, une œuvre qu’il affectionne, qu’il connaît par cœur et qu’il dirige avec fermeté. Mais l’imagination n’est pas toujours au rendez-vous. L’orchestre ronronne un peu durant un premier mouvement au tempo très modéré. Les cuivres manquent de mordant au cours de leurs tonitruantes interventions dans la deuxième partie. Et l’on remarque des détails un peu perturbants pendant la valse (accents « bizarres », rallentandi impromptus, solo de basson étrange…). Toutefois, l’atmosphère de ballet est parfaitement rendue. Il faut attendre le dernier mouvement pour voir l’orchestre donner toute la mesure de ses moyens et se lancer dans une marche triomphale qui sonne bien russe. Le travail des violons mérite par-dessus tout d’être salué. La salle, froide et peu concentrée durant la première partie, apprécie la péroraison finale et le fait savoir… Á croire que certains spectateurs ne se déplacent que pour les quinze dernières mesures des œuvres qu’ils viennent entendre. Vous aviez parlé de doute ?

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 24 avril 2008.
- Henri Dutilleux (1916) Shadows of time ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) Symphonie n°5 en mi mineur Op.64
- Amel Brahim-Djelloul, soprano
- Orchestre national de France
- Simon Gaudenz (Dutilleux), Kurt Masur (Tchaïkovski), direction











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